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L’Église, le pouvoir et le sexe : le maintien des différences 

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Jean Duchesne - publié le 26/08/22

L’essayiste Jean Duchesne, cofondateur de l’édition française de la revue “Communio”, poursuit sa réflexion sur la différence de modèle entre l’Église et le monde à propos du sexe et du pouvoir. Comment comprendre que le prêtre configuré à Dieu est masculin, mais "non sexué" ? La mission apostolique du clergé célibataire laisse aux femmes la place indispensable que le Christ leur a reconnue (2/2).

Les problèmes qui, dans l’opinion publique, affectent l’Église ces temps-ci se situent pour une bonne part dans les domaines du pouvoir et du sexe : le principal accusé est le cléricalisme. Il permet la domination des prêtres, mâles célibataires, au détriment des simples baptisés et spécialement des femmes. Dans une société égalitaire, cette autorité reçue d’« en-haut » et réservée à des hommes, passe mal. D’autre part, il est reproché à l’Église de promouvoir une morale pessimiste et restrictive en matière sexuelle. Et les abus de toutes sortes commis en son sein, notamment par des clercs, n’arrangent évidemment rien.

Ce qui a changé, et ce qui reste

À vrai dire, il n’y a pourtant là rien de nouveau. Ce qui a changé, ce sont les normes publiques de l’acceptable et du réprouvé. L’adultère, le divorce, la contraception, l’avortement, l’homosexualité, et même les variations de « genre » ont été banalisées. Mais, s’il y a moins d’hypocrisie, cela ne veut pas dire une absence totale de contraintes et de répression. Car des interdits demeurent : viol, pédophilie, inceste…, et on criminalise jusqu’aux avances jugées trop appuyées ou remarques « sexistes ». De fait, la dialectique entre désir d’un côté et consentement de l’autre est toujours incertaine. Et il reste à mesurer jusqu’à quel point la permissivité ambiante conditionne les individus et entraîne des addictions. Il apparaît enfin que tout cela n’est pas que jeux innocents et sans conséquences, mais peut susciter des traumatismes psychologiques parfois durables, sinon irréversibles.

Ce qui, cependant, est peut-être plus généralement perturbant est un brouillage des identités sexuées. Dans bien des domaines de la vie courante, l’égalité peut parfaitement se traduire en indifférenciation. Ce ne peut toutefois pas être universel. Hommes et femmes ne sont pas complètement interchangeables. En débouchant sur le besoin d’avoir et d’élever ensemble des enfants, le mariage entre personnes de même sexe garde comme référence l’union stable et féconde entre un homme et une femme. L’abolition socio-culturelle de toute distinction entre les sexes, leur séparation, ainsi que l’inversion de domination où peut basculer le féminisme ne contribueraient certainement pas à instituer le paradis sur terre.

Masculin et féminin

Face à ces tendances et tentations, l’Église maintient un sacerdoce masculin, tout en réclamant de ses prêtres la continence. C’est un paradoxe : il est demandé à ces hommes de ne pas se comporter comme des mâles ! On peut voir là une conformation à Dieu de ceux qu’il charge de le représenter et d’agir en son nom, lui qui n’est pas sexuellement déterminé. La question est dès lors : pourquoi cette mission n’est-elle pas confiée aussi à des femmes restant chastes ? La réponse pourrait être que ce qu’est Dieu vis-à-vis des créatures « à son image » est transposable en termes humains à travers les figures de Père et d’Époux, et non d’épouse et mère qui accueille, nourrit et laisse grandir en elle la semence de vie qu’elle reçoit.

Dans cette perspective, comme l’ont perçu certains Pères de l’Église et théologiens contemporains (notamment Louis Bouyer dans Mystère et Ministères de la femme, réédité chez Ad Solem en 2019), l’humanité tout entière est, vis-à-vis de Dieu, dans une situation pratiquement féminine. Et son prototype n’est pas le Christ, qui se fait homme sans renoncer à sa condition divine, mais celle qui lui donne naissance dans la chair : la Vierge « conçue sans péché » et qui elle-même conçoit « sans connaître d’homme » (Lc 1, 34). On constate que, si du masculin et du féminin bien identifiables se manifestent dans tout cela (jusqu’au Christ époux de l’Église : Mt 9, 15 ; Ép 5, 29-32), il n’y a pas de relations sexuelles.

Le célibat apostolique

Cette vision de foi aide à comprendre pourquoi le Messie est un homme et pourquoi il confie à des hommes la mission de poursuivre son œuvre. Il n’a même pas besoin de leur demander de renoncer à se comporter en mâles, car ils saisissent d’eux-mêmes que cette abstinence est requise pour que leur masculinité ne soit pas charnelle ou animale, mais modelée sur celle de Dieu, dont la toute-puissance n’est pas possessive ni dominatrice et bien plutôt fondée sur le don total de soi sans crainte de rien perdre.

La chasteté de Jésus est incontestée aujourd’hui par les exégètes les plus « pointus » et indépendants.

La chasteté de Jésus est incontestée aujourd’hui par les exégètes les plus « pointus » et indépendants (en particulier l’américain John P. Meier). De même, si saint Pierre a bien été marié (il avait une belle-mère : Mc 1, 30-31), rien n’autorise à le supposer suivi d’une famille dans sa prédication après la Pentecôte, et ceci vaut pour tous les apôtres. Ainsi, c’est l’apostolicité de l’Église qui est en jeu dans le célibat sacerdotal, avec sa dimension de paternité toute spirituelle. Jusqu’à la Réforme, il est tenu pour inhérent à l’épiscopat, et l’extension du XIe siècle aux « simples prêtres » que les évêques s’associent peut tout à fait être vue comme une promotion. Dans les Églises protestantes, le mariage des ministres est allé de pair avec une dévaluation de leur fonction sacerdotale et sacramentelle. 

Jésus et le sexe

Il n’en découle aucune ignorance ni dépréciation de la sexualité, même si celle-ci est marginale dans l’Évangile. Ses débordements ne sont qu’une variante mineure de ce à quoi le Christ s’en prend avant tout : la séduction des richesses, la dureté de cœur, le souci du paraître… Jésus est réaliste et « sait ce qu’il y a dans l’homme » (Jn 2, 25). Il sait que le regard suffit pour alimenter la convoitise (Mt 5, 28). Mais il n’en fait pas un drame : qu’il y ait six hommes dans la vie de la Samaritaine ne le rebute pas (Jn 4, 15-17). Il ne condamne ni la prostituée qui le vénère (Lc 7, 36-50), ni la femme adultère (Jn 8, 11). Il est cependant ferme sur la sainteté du mariage (Mc 10, 2-12) : reflet, effet et avant-goût de l’union de l’homme à Dieu, tout en insistant qu’il est lié à la condition terrestre (Mc 12, 25). 

Le Christ est finalement conscient que la fidélité et l’abstinence ne sont ni évidentes ni toujours spontanées : « Seuls l’entendent ceux à qui cela est donné », et : « Comprenne qui pourra ! » (Mt 19, 11-12). Mais « rien n’est impossible à Dieu ». Il est significatif que cette affirmation se trouve deux fois chez saint Luc (1, 37 et 18, 27). D’abord lors de l’Annonciation à Marie, où est transgressée la loi « naturelle » de la conception sexuée. Puis à propos des richesses qui peuvent interdire l’accès au Royaume des cieux : à l’instar des autres biens en ce monde, les amours humaines ne sont pas mauvaises en soi, mais deviennent tyranniques l’on ne reçoit pas de Dieu la grâce d’aimer autrement et plus que sexuellement.

Femmes indispensables

Reste à persuader que la vision chrétienne de la dualité sexuée de l’humanité n’implique aucune infériorité des femmes. Il leur est même reconnu un rôle spécifique et indispensable. Jésus non seulement écoute celles qui s’adressent à lui, mais encore envoie celles qui l’ont suivi annoncer sa résurrection aux apôtres (Mt 28, 5-10). Pareillement aujourd’hui, des femmes ont leur place dans les institutions ecclésiales sans que cela empiète sur la mission des successeurs des apôtres et de leurs coopérateurs. Ce peut être bien sûr pour tout ce qui, dans la vie de l’Église, n’est pas d’ordre sacerdotal et paternel. Et ce peut aussi être des fonctions prophétiques : aux côtés du vieillard Syméon, il y avait Anne, qui avait été mariée et, veuve depuis des lustres, ne quittait plus le Temple. C’est elle qui, non contente de louer Dieu, « parlait de l’enfant [Jésus] à tous ceux qui attendaient la délivrance » (Lc 2, 36-38).

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