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Sept clefs pour comprendre la situation de l’Église au Nicaragua

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Jaime Septién - Agnès Pinard Legry - publié le 25/08/22

Les persécutions contre l’Église au Nicaragua semblent s’accélérer ces derniers mois et ces dernières semaines. Mais les tensions entre le gouvernement de Daniel Ortega et l’Église catholique existent depuis plus longtemps. Décryptage.

Exil des missionnaires de la charité, fermeture d’une radio catholique, interdiction d’une procession mariale, arrestation d’un évêque… L’Église catholique au Nicaragua semble être devenue ces dernières semaines l’institution à abattre par le gouvernement de Daniel Ortega. Des événements loin d’être isolés qui s’inscrivent dans une action globale du gouvernement depuis plusieurs années. Voici sept clefs à avoir en tête pour comprendre la situation de l’Église au Nicaragua.

1979L’ARRIVÉE DU SANDINISME AU POUVOIR

NICARAGUA

En 1979, après de nombreuses années de lutte contre la dictature de la famille Somoza qui dirigeait le pays d’une main de fer depuis plusieurs décennies, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN), fondé en 1961, arrive au pouvoir. Les sandinistes y resteront jusqu’en 1990 « pour réformer la société et l’économie du pays ». Leur arrivée au pouvoir a été en grande partie permise grâce au travail de médiation effectué par l’Église catholique, notamment par l’ancien cardinal de Managua, Miguel Obando y Bravo. Les sandinistes – avec Daniel Ortega en tête – étaient à l’origine assez proches l’Église catholique. Mais la rupture entre l’Église et les sandinistes est rapidement intervenue. Alors qu’il avait été médiateur entre la guérilla sandiniste et le gouvernement du dictateur Anastasio Somoza Debayle, Mgr Miguel Obando y Bravo devient dans les années qui suivent l’un des leaders de l’opposition à la Révolution Populaire Sandiniste (1979-1990) et de « L’Église Populaire », composée de religieux et religieuses ainsi que de laïcs engagés dans le processus révolutionnaire. C’est le cas du père Ernesto Cardenal, également promoteur de la théologie de la libération, qui est nommé ministre de la Culture dans le gouvernement du FSLN. Son frère Fernando Cardenal, également prêtre catholique est quant à lui nommé ministre de l’Éducation. 

Lorsque Jean Paul II s’est rendu au Nicaragua pour la première fois en mars 1983, deux événements ont favorisé l’éloignement du sandinisme et de l’Église catholique. Il y a d’abord eu l’avertissement public du Pape à peine arrivé à l’aéroport au père Ernesto Cardenal lui intimant à deux reprises de « régulariser sa situation ». Refusant de quitter la vie politique, par la suite suspendu a divinis par le Saint-Siège, ce qui lui interdit de célébrer la messe et d’administrer les sacrements. Et puis il y a eu cette messe célébrée par Jean Paul II et perturbé par les commandants sandinistes qui ont manifesté en plein office religieux. Au cours de cette messe célébrée à Managua, plusieurs manifestants ont scandé : « Nous voulons la paix ! ». Le Pape a répondu à la répondant : « L’Église est la première à vouloir la paix ». Mais alors que les cris et slogans se sont multipliés, Jean Paul II a pris le micro afin de réclamer le silence pour prononcer les mots de la consécration, c’est-à-dire le moment le plus solennel de la messe. Mais il n’a pas pu. Jean Paul II confiera d’ailleurs par la suite à ses proches son « amertume d’alors devant la messe profanée ». À cette époque, plusieurs prêtres accusés de « terrorisme » par le gouvernement (comprendre en désaccord avec la politique sandiniste) étaient déjà chassés.

1986LA PREMIÈRE EXPULSION D’UN ÉVÊQUE

Toujours au pouvoir, le gouvernement sandiniste a voulu se venger des positions de l’Église catholiques et du rejet des théologiens de la libération par le pape Jean Paul II, considérant qu’il s’agissait d’une opposition à la révolution populaire. L’assignation à résidence puis l’arrestation récente de Mgr Rolando Álvarez n’est ainsi pas sans rappeler la persécution et l’exil auxquels le régime a soumis l’évêque de Juigalpa, Mgr Pablo Vega, en 1986. L’invitant pour une réunion fictive, il a été embarqué dans un hélicoptère puis laissé de l’autre côté de la frontière, au Honduras. L’accusation d’hier, comme celle d’aujourd’hui : « Trahison contre la patrie ».

1990LES ANNÉES SANS LE POUVOIR DU SANDINISME

ORTEGA
Le président du Nicaragua Daniel Ortega (droite) accompagné de la vice-présidente, Rosario Murillo (gauche).

En 1990, des élections démocratiques se tiennent et voient l’élection de l’Unión Nacional Opositora (Union nationale d’opposition, une coalition de partis opposés à Ortega, ndlr), présidée par Violeta Barrios de Chamorro, obtenir plus de 50% des voix, contraignant le FSLN à quitter le pouvoir. Jusqu’en 2006, Daniel Ortega et son parti sont ainsi restés dans les rangs de l’opposition avec trois tentatives infructueuses de retour au pouvoir. Dans le même temps, peut-être séduit par l’image positive dont bénéficie l’Église catholique dans le pays, Daniel Ortega tente de se racheter et se « faire bien voir » de cette dernière. À tel point que c’est le cardinal Obando y Bravo lui-même qui célèbre la messe de de Daniel Ortega et Rosario Murillo, qui vivaient ensemble depuis 25 ans. Il ira même jusqu’à s’excuser pour « les erreurs et les abus contre des personnalités de l’Église commises dans le passé ».

1996« LE VIBORAZO » DU CARDINAL

NICARAGUA
À droite le cardinal Obando y Bravo.

En 1996, alors que Daniel Ortega cherche à revenir au pouvoir, un événement se produit qui va durablement le marquer ainsi que sa femme. Lors d’une homélie, la veille des élections, le cardinal Obando y Bravo prononce une homélie qui sera par la suite appelée « la parabole de la vipère » ou « le viborazo ». Il y avertit les électeurs qu’ils ne devraient pas accueillir une « vipère mourante » car, si elle se rétablissait, « elle tuerait son sauveur ». Les analystes ont été unanimes à déclarer par la suite que la vipère n’était autre que… Daniel Ortega. Au final, lors de ces élections, le vainqueur fut Arnoldo Alemán, leader de l’Alliance libérale, qui l’emporte. Ce ne sera que dix ans plus tard, en 2006, que Daniel Ortega reviendra au pouvoir. Un pouvoir qu’il n’a pas lâché depuis.

2006-2018PREMIERS AVERTISSEMENTS

NICARAGUA
Mgr Silvio José Báez.

Les années 2006 à 2018 ont été des années de tensions croissantes entre le gouvernement Ortega-Murillo et l’Église catholique. L’un de ses opposants, l’évêque auxiliaire de Managua, Mgr Silvio José Báez se trouve aujourd’hui en exil à Miami (Floride) à la demande du pape François (il avait reçu des menaces de mort, ndlr). Il avait déclaré en 2011 que le Nicaragua se dirigeait vers un totalitarisme « déclaré ou caché ». Depuis, plusieurs évêques ont été harcelés, dont l’évêque de Matagalpa, qui n’a jamais caché son opposition au régime sandiniste. Dans sa jeunesse, il avait refusé d’accomplir le service militaire « patriotique » auquel il a été « contraint » par le gouvernement révolutionnaire.

Depuis 2018LA GRANDE DÉBÂCLE

NICARAGUA
Mgr Rolando Álvarez.

Les relations entre l’Église catholique et le gouvernement sont tendues depuis 2018 lorsque des manifestants qui réclamaient la démission du président nicaraguayen ont trouvé refuge dans des églises. Alors que l’ Église catholique a été la première à protéger ceux qui manifestaient librement et tentaient de négocier un dialogue national pour la paix, La réponse d’Ortega a été de traiter les évêques et les prêtres de terroristes et de putschistes, et celle de Rosario Murillo de les traiter de « diables en soutane  » . Le président Ortega accuse le clergé catholique de complicité de tentative de coup d’État ourdie par Washington. La crise a même mené à l’expulsion en mars du nonce apostolique, Mgr Waldemar Sommertag. En s’attaquant à l’Église catholique, après avoir fait taire tous ses opposants, Daniel Ortega, réélu en 2021 pour un quatrième mandat consécutif lors d’un scrutin d’où étaient absents tous ses adversaires potentiels de poids, arrêtés ou contraints à l’exil, poursuit sa quête du pouvoir absolu au Nicaragua.

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