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Martial et Léonard, patrons des prisonniers… et du Limousin !

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Leemage via AFP

Saint Martial de Limoges (gauche) et saint Léonard de Noblat

Anne Bernet - publié le 22/08/22

Après Quitterie, Julien et Lubin, Aleteia poursuit son tour de France estival des saints patrons de nos régions. Un Romain et un Gaulois, un évêque et un ermite, sont les patrons du Limousin. Martial fut le premier évêque de Limoges et Léonard est connu comme le patron des prisonniers.

« Dieu garde la ville et saint Martial ses gens » a-t-on longtemps dit à Limoges, signe de l’immense dévotion entourant le premier évêque du Limousin. Pourtant, il s’en est fallu de peu que le personnage soit réduit à l’état de pieuse légende et banni du calendrier ! La faute à une trop belle histoire faisant de lui un personnage de l’évangile et l’envoyé spécial de saint Pierre en Gaule ! Pourtant, même s’il faut la retarder de deux siècles, la mission de Martial est authentique.

Nous sommes en 249. Cela fait alors deux siècles que l’évangile a abordé en Gaule par la Provence. Dans les années 170, deux communautés chrétiennes importantes existent à Vienne dans l’Isère et à Lyon, cette cité possédant son premier évêque, Pothin. La persécution de 177 ne parvient pas à les détruire mais, en poussant tous les chrétiens qui le peuvent à quitter la région lyonnaise, elle provoque l’essaimage de la foi qu’elle a voulu éradiquer. Sous leur influence, des petites communautés chrétiennes se sont spontanément créées en Auvergne, Aquitaine, Bourgogne, Touraine, dans le Jura et le Bassin parisien. Comment vivent-elles, sans prêtre ni sacrements ? Quel enseignement y dispense-t-on ? On l’ignore et cela préoccupe Rome, alors que les sectes hérétiques se multiplient.

Dans sa trop belle légende, Martial naît en Judée, contemporain du Christ, dans une famille de la tribu de Benjamin.

Ces chrétientés gauloises « sauvages » doivent être prises en main, protégées des faux prophètes et des mauvais pasteurs ; vite. Telle est la conviction du pape Fabien, qui a décidé de s’occuper sérieusement de l’évangélisation des Gaules, en y expédiant des évangélisateurs de confiance, formés par ses soins, auxquels il conférera l’épiscopat. Ils seront sept, comme les diacres régionnaires romains qui forment le collège cardinalice et élisent le Pape. Ils se nomment Paul, Trophime, Saturnin, Gatien, Denis, Austremoine, et Martial. En 250, ils franchissent les Alpes et se dispersent à travers la Gaule.

L’arrivée de Martial à Limoges

Dans sa trop belle légende, Martial naît en Judée, contemporain du Christ, dans une famille de la tribu de Benjamin ; on l’identifie tour à tour, voire simultanément, au petit garçon que Jésus prend sur ses genoux en disant : « Laissez venir à moi les petits enfants » et à l’adolescent qui possède sept pains d’orge et trois poissons lors de la multiplication des pains. En fait, comme son nom l’indique, Martial est romain et le latin sa langue maternelle. Si Paul et Trophime restent en Provence, si Saturnin gagne Toulouse, Gatien Tours et Denis Paris, Austremoine le Massif central, Martial, lui, arrive à Limoges. Y existe-t-il une communauté chrétienne ? L’accueil fait à Martial chez une dame de la bonne société locale pourrait le laisser supposer, à moins qu’il s’agisse simplement d’un réseau de relations typique d’un temps où les voyageurs trouvent toujours un ami d’un ami d’un ami… pour leur épargner le séjour dans des auberges de mauvaise réputation. Cette maison devient le cœur d’où rayonne l’apostolat de Martial, bien au-delà du Limousin puisque Bordeaux, Rodez, Cahors, entre autres, le tiennent pour leur évangélisateur. C’est là aussi que Martial baptise la fille de son hôtesse, Valérie, martyrisée en 251. L’évêque, quant à lui, survit longtemps à cette flambée de violence et sera, selon l’usage, enterré ad sanctos, près des saints, autrement dit à côté des martyrs, en l’occurrence près de Valérie, sa convertie. Les fouilles entreprises dans les années 1960 sur leurs sépultures attesteront de la réalité historique de l’existence de saint Martial, et par ricochet de l’historicité de la mission des évêques envoyés en Gaule par Fabien. Le Limousin n’avait pas besoin de ces recherches archéologiques pour savoir ce qu’il doit à son saint patron !

Léonard : une légende trop romanesque ?

Non moins compliquée à démêler se révèle l’histoire de l’autre patron de la province, Léonard de Noblat, que certains prétendront même un saint inventé de toutes pièces à des fins mercantiles ! Le malheur de Léonard, aux yeux de l’historien, est que la première « Vie » que l’on possède de lui est un document du XIe siècle, une chronique d’Adémar de Chabannes postérieure de six cents ans à son existence, à ce titre soupçonnable d’avoir été fabriquée pour répondre aux demandes des pèlerins qui se pressaient à l’époque en Limousin sur la tombe du saint homme. Notons tout de même que, s’il existait un pèlerinage ancien et fréquenté en ce bourg de Noblat, bâti sur des terres données à Léonard par des bienfaiteurs reconnaissants, et où il reposait, il fallait que l’endroit exerce une certaine attraction sur des foules pas plus crédules que celles d’aujourd’hui. Car, si la piété des fidèles a pu, sous le coup de l’émotion, canoniser trop vite certains défunts réputés morts en odeur de sainteté, l’Église a toujours su laisser retomber dans l’oubli des cultes injustifiés qui, d’ailleurs, faute de miracles, s’éteignent d’eux-mêmes. Cela n’a jamais été le cas s’agissant de Léonard de Noblat, ce qui incite à chercher, sous une légende trop romanesque, les faits crédibles.

Si les sanctuaires médiévaux ne créent pas de faux saints ni de faux miracles, ils savent très bien mettre en valeur leurs dévotions locales, respectables mais qui n’ont pas toujours le côté clinquant.

Si les sanctuaires médiévaux ne créent pas de faux saints ni de faux miracles, ils savent très bien mettre en valeur leurs dévotions locales, respectables mais qui n’ont pas toujours le côté clinquant qui pourraient inciter les pèlerins, en des temps où la concurrence est forte, à venir vénérer le bienheureux. Pour dire les choses, tous comme nos contemporains amateurs de « people », nos ancêtres aiment les histoires de princes et de princesses : une tête couronnée s’avère plus « vendeuse » qu’un berger. L’on va donc faire de Léonard un membre de la famille royale mérovingienne et le filleul de Clovis.

Catholique et gaulois

Que faut-il en garder ? Une date, le tournant des Ve-VIe siècles où un ermite nommé Léonard serait venu s’établir dans la forêt limousine. Ce prénom, que les étymologistes rattachent au dieu solaire gaulois, Lugd, prouve que l’ermite ne descend pas de Mérovée, les patronymes guerriers germaniques de la dynastie étant très identifiables ; il n’est pas franc mais celte. Oublions donc le noble seigneur salien appartenant à l’entourage royal baptisé avec Clovis le soir de Noël 496 et si violemment touché par les grâces du sacrement qu’il aurait embrassé la vie consacrée. Léonard est gaulois, catholique. La tradition qui affirme qu’il aurait vécu un temps à l’abbaye fondée par saint Mesmin près d’Orléans n’est pas à rejeter.

Orléans est la ville natale de Clovis qui y venu au monde en 466. En 511, quelques mois avant sa mort, il y organisera un concile afin de réformer une Église et une société peu exemplaires. En mauvaise santé, bien qu’il n’ait que 45 ans, Clovis compte davantage sur les secours divins que sur ceux des médecins pour guérir, poursuivre et assurer son œuvre de réunification de la Gaule autour du catholicisme. Quelques années plus tôt, il a fait venir de Suisse à son chevet l’ermite Séverin dont les prières ont été exaucées, lui permettant de partir en guerre contre les Wisigoths adeptes de l’hérésie arienne qui régnaient au sud de la Loire et en Espagne, et de les vaincre, libérant les populations catholiques méridionales de leurs persécutions. Clovis pourrait avoir recouru à l’intercession de Léonard et s’en être assez bien porté, quelques mois, pour lui être reconnaissant. Cela expliquerait « la spécialité » du saint qui assurera sa renommée : la libération des prisonniers.

L’époque mérovingienne est brutale et le pouvoir sévère : pour maintenir l’ordre dans un pays où cohabitent des gens d’origines, de mœurs et de religions différentes auxquels l’on veut imposer une loi et une foi communes, il faut se montrer rude. Les peines de prison tombent pour des broutilles parfois, surtout lorsque l’on est un autochtone pauvre alors que les envahisseurs germaniques, en application de leur propre code pénal, réussissent toujours, même pour un meurtre ou un viol, à trouver une compensation financière pour échapper aux geôles. Il y a donc beaucoup de quasi innocents dans les cachots et qui ont peu d’espoir d’en sortir. En guise de récompense pour ses prières, Léonard aurait demandé à Clovis de libérer les prisonniers incarcérés à tort ou sous de faibles motifs, et le Ciel se serait chargé de faire le tri, les fers tombant spontanément des mains des détenus dignes de bénéficier de la grâce royale. 

Le patron des prisonniers

À une date indéterminée, Léonard quitte son monastère pour aller vivre en ermite dans les forêts du Limousin, en surplomb de la Vienne. Très vite, le voisinage lui attribue des dons de thaumaturge. La tradition veut qu’il ait permis l’heureuse délivrance d’une grande dame, la légende dira d’une « reine » et citera, à tort, Clotilde, l’épouse de Clovis, dont l’accouchement se passait mal, sauvant la mère et l’enfant. Le père et mari, éperdu de reconnaissance, offre alors au solitaire de vastes terres sur lesquelles s’élèvera le bourg de Saint-Léonard-de-Noblat et, comme l’ermite ne peut les cultiver seul, il aurait demandé la libération de nombreux prisonniers des environs, installés sur son domaine transformé en centre de réinsertion pénitentiaire. Léonard est mort paisiblement parmi eux des années plus tard et les miracles ont commencé à se produire sur sa tombe, donnant naissance au pèlerinage, attirant les couples stériles et les femmes à la grossesse difficile, ainsi que les prisonniers, plus spécialement les prisonniers de guerre, dont Léonard est le patron, qui, l’ayant invoqué dans leur cachot, lui attribuent leur libération ou le succès de leur évasion, à charge pour eux d’apporter au sanctuaire les fers dont ils ont été délivrés.

Lorsque, à compter du IXe siècle, se développe le pèlerinage à Compostelle, Saint-Léonard-de-Noblat a la chance de se trouver sur le chemin de Saint-Jacques qui va des pays de l’est en Espagne, ce qui lui vaut bientôt une immense réputation dans les régions de langue allemande. La libération inespérée de grands seigneurs, pris par les musulmans durant les Croisades après qu’ils aient invoqué l’ermite finit d’asseoir sa réputation et, lorsque les Plantagenêt, qui ont hérité le Limousin de leur mère, Aliénor d’Aquitaine, instaurent leur domination sur l’Ouest et le Sud-Ouest de la France en même temps que sur l’Angleterre, la dévotion envers Léonard prend de nouvelles dimensions, quitte à réécrire sous des couleurs plus glorieuses l’histoire du solitaire qui tirait les pauvres de prison.

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