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Saint Julien du Mans, patron du Maine

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Fred de Noyelle / Godong

Saint Julien.

Anne Bernet - publié le 20/08/22

Il était têtu, expert en droit celtique et défenseur des faibles. Au IVe siècle, le prêtre missionnaire Julien évangélise la campagne mancelle. Ses reliques reposent toujours dans la cathédrale du Mans.

Au début du Moyen Âge, chaque diocèse français cherche à se parer des origines les plus lointaines et les plus glorieuses ; cela flatte les vanités locales mais nuit sérieusement à la vérité, tant et si bien que, sous ce fatras de légendes invraisemblables, il devient très difficile de retrouver la trace exacte et l’histoire des premiers évangélisateurs, devenus le plus souvent les protecteurs des contrées auxquelles ils portèrent la bonne nouvelle. C’est le cas de saint Julien du Mans, dont l’existence et le rôle épiscopal sont pourtant incontestables. Dans une surenchère pieuse visant à ancrer la chrétienté locale dans les temps apostoliques, les moines manceaux identifieront, c’est une mode médiévale, Julien à un personnage secondaire des évangiles, Simon le Lépreux qui aurait suivi Pierre à Rome et serait, à sa demande, parti prêcher le Christ dans l’ouest de la Gaule. Il faut définitivement écarter cette version aberrante, et pareillement celle qui ferait de lui un patricien romain converti expédié par le pape saint Clément à l’aube du IIe siècle convertir des contrées celtes.

À l’assaut des bastions celtiques

En fait, la christianisation de l’Ouest de la France, à peine amorcée aux alentours de 250 avec l’installation de saint Gatien à Tours, sera entravée et ralentie de mille façons, d’abord par le martyre précoce du premier évêque tourangeau, puis par les révoltes continuelles des Bagaudes. Un refus tenace de la culture de l’occupant romain, une fidélité cachée aux dieux ancestraux empêcheront très longtemps la conversion de l’Armorique et de ses limites. Au IVe siècle, alors que l’édit de Milan reconnaît le catholicisme et en favorise grandement l’expansion, quelques prêtres soucieux du bien des âmes décident de se lancer à l’assaut de ces bastions celtiques réfractaires au vrai Dieu. Parmi eux, un missionnaire nommé Julien, Julianus en latin, un patronyme hélas d’une rare banalité en Gaule car nombre de familles désireuses de se romaniser ont obtenu, trois cents ans plus tôt, le droit de se rattacher à la lignée de Jules César et d’en adopter le nom. Les racines gauloises de Julien ne font d’ailleurs guère de doute, à le voir recourir, pour obtenir ce qu’il veut, à de vieux usages de droit celte.

À quelle date sommes-nous ? Difficile à dire mais, à en juger par le contexte passablement agité de son arrivée au Mans, ce pourrait être dans les années 340, alors que les querelles dynastiques entre les fils de Constantin pour s’emparer du pouvoir tournent à la guerre fratricide, et favorisent, les troupes étant occupées à défendre les intérêts d’un prince contre un autre, les incursions barbares bien au-delà du Rhin. Ce qui est sûr, c’est que Le Mans, à l’époque, est solidement remparé et ses portes closes, preuve que la tranquillité de la « paix romaine » n’est plus qu’un lointain souvenir. 

Le miracle de la fontaine

Que craignent les Manceaux ? Sans doute moins un raid germanique que de se trouver pris dans le conflit opposant férocement les trois fils de Constantin peu désireux de se partager l’Empire. En tout cas, lorsque Julien, accompagné de deux autres missionnaires, Thuribe et Pavace, qui lui succéderont sur le siège épiscopal, se présente devant la cité, par un été caniculaire, on lui en refuse l’entrée, par peur d’un piège ou d’une traîtrise. Julien est têtu, il ne s’éloigne pas, prêche l’évangile aux abords de la ville obstinément fermée. Rien là que de légal, puisque l’Empire est chrétien. Est-ce cette attitude inoffensive ou, comme le dit la Tradition, la nécessité de se ravitailler et, surtout, de trouver de l’eau car la chaleur a fait tarir les puits et les fontaines du Mans ? En tout cas, les habitants finissent par entrouvrir leurs portes et s’aventurer à l’extérieur des remparts, en quête d’eau ; mais de l’eau, il n’y en a pas davantage hors les murs. C’est alors que Julien, devant la désolation des femmes venues remplir leurs cruches à des sources taries, frappe le sol et fait pour elles jaillir une fontaine dont aucune sécheresse n’aura plus jamais raison. Curieusement, à l’époque moderne, toutes les tentatives pour trouver de l’eau en cet endroit s’avéreront infructueuses… et la source Saint-Julien, sur la place de l’Éperon, semblera narguer la science des ingénieurs.

La conversion de l’empereur a poussé au baptême bon nombre d’opportunistes mais les païens sincères n’ont pas suivi le mouvement.

Le miracle est aussitôt rapporté au Défenseur, autre preuve de la date tardive de la mission de Julien car ce titre de Defensor civitatis, défenseur de la Cité, n’apparaît qu’avec l’empire chrétien, quand il s’agit de protéger les populations contre les empiétements tyranniques d’un pouvoir qui, baptisé ou pas, se croit et s’arroge tous les droits au détriment des pauvres et des humbles. Ce haut dignitaire n’est pas chrétien, ce qui n’a rien d’étonnant. La conversion de l’empereur a poussé au baptême bon nombre d’opportunistes mais les païens sincères n’ont pas suivi le mouvement. Cela ne l’empêche pas de faire bon accueil aux missionnaires qui prêchent la foi quasi officielle. 

L’évangélisation du Mans progresse

Non loin de la demeure du Défenseur, comme chaque jour, un aveugle mendie. Julien lui rend la vue. Ce miracle entraîne la conversion du défenseur et de sa famille. Une première communauté chrétienne voit le jour dans la résidence officielle dont une partie, sur laquelle s’élèvera plus tard la cathédrale Saint-Julien, est transformée en église. L’évangélisation du Mans progresse et les baptêmes sont nombreux puisque, rapidement, il faut envisager la création d’un cimetière chrétien à l’extérieur des remparts, selon l’usage romain, là où sera ensuite bâtie Notre-Dame du Pré. Mais certains habitants païens résistent encore à la prédication du saint, dont un certain Anastase, homme important. Or voilà que le malheur frappe sa maison : son fils unique, adolescent, meurt. Tandis que l’on conduit le garçon à sa dernière demeure, Julien arrête le cortège funéraire et, renouvelant le miracle de la résurrection du fils de la veuve de Naïm, rend l’enfant unique à ses parents éplorés qui, évidemment, se convertissent, et la majorité du voisinage avec eux.

Le baptême ne change pas les cœurs et les mœurs en un instant.

Désormais, Le Mans est une ville chrétienne. En principe du moins… Le baptême ne change pas les cœurs et les mœurs en un instant. Bien des injustices subsistent, souvent liées à une fiscalité devenue insupportable et qui envoie, pour dettes envers l’État, beaucoup d’honnêtes pères de famille en prison. C’est d’ailleurs le rôle du Défenseur d’intervenir en leur faveur mais, et cela semble être le cas au Mans, le magistrat, par crainte de se mettre les autorités impériales à dos, n’a pas le courage d’assumer ses fonctions comme il le faudrait, raison pour laquelle, peu à peu, le rôle sera transféré aux évêques. 

Il fait abattre les arbres sacrés

Donc, dans les prisons du Mans, croupissent six parfaits innocents dont la détention est un scandale. Assumant son rôle de protecteur des faibles, Julien, lui, intervient et réclame aux autorités leur libération immédiate. Et ne l’obtient pas. Alors, le saint recourt à l’argument le plus décisif du vieux droit gaulois : il s’installe en face de la prison et entame une grève de la faim. En même temps, et c’est plus efficace, quoique moins spectaculaire, il prie sans discontinuer. Miracle, comme l’affirme la légende qui raconte l’intervention d’un ange faisant tomber les fers des captifs et leur ouvrant les portes des cachots, ou crainte des ennuis avec un personnage dont l’influence ne cesse de grandir, les six hommes recouvrent leur liberté.

Ayant obtenu justice, Julien peut se consacrer à l’évangélisation des campagnes mancelles ; il parcourt le haut et le bas Maine jusqu’à Jublains en Mayenne, capitale ancestrale des Diablinthes, et jusqu’à Argentan, fait abattre, comme saint Martin le fera, lui aussi, dans quelques décennies, des arbres sacrés, des pierres druidiques, ou supposées telles, exorcise et christianise des sources consacrées aux anciennes déesses mères, guérit, baptise et chasse en masse les démons. La Tradition lui prête, et c’est sans doute vrai car c’est un don auquel les Gaulois sont sensibles, une grande éloquence. De ces sermons, Julien aurait tiré plusieurs traités consacrés aux grandeurs divines et aux mystères du christianisme, textes malheureusement détruits lors du sac du Mans pendant les guerres de Religion.

La vénération des Plantagenêt

Le premier évêque du Mans, accablé de fatigue, malade, meurt, un 27 janvier d’une année indéterminée, dans l’ermitage du village de Saint-Marceau où il s’était retiré. Son corps sera tardivement transféré dans la cathédrale du Mans, qui, d’abord dédiée aux martyrs milanais Protais et Gervais, prendra son nom. La dynastie angevine des Plantagenêt, à l’origine des embellissements du sanctuaire, contribuera, quand elle montera sur le trône d’Angleterre, à donner à saint Julien, qu’elle vénère, une réputation nouvelle. En dépit des pillages protestants puis des violences révolutionnaires, les reliques du premier évêque manceau reposent toujours dans la cathédrale mancelle. Très longtemps, elles ont multiplié les miracles…

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