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Russie, Turquie, Iran : le nouveau triangle diplomatique

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AFP

Rencontre du 19 juillet à Téhéran entre Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan et Ebrahim Raisi.

Jean-Baptiste Noé - publié le 28/07/22

Signature d’un accord sur le blé en Turquie, sommet de Poutine et d’Erdogan en Iran, la guerre en Ukraine dessine un triangle diplomatique qui échappe aux Occidentaux. Le géopoliticien Jean-Baptiste Noé explique comment se dessinent de nouveaux rapports de force dans le monde.

Depuis le déclenchement de la guerre en février, la question alimentaire est l’une des questions prioritaires du conflit et le blé une arme alimentaire non prévue de la guerre. Le monde a découvert l’interaction des chaînes alimentaires et des échanges mondiaux. Des silos bloqués en Ukraine et c’est l’Égypte et l’Afrique qui souffrent et qui sont menacées de disettes et de violences politiques. L’accord conclu entre l’Ukraine et la Russie afin de permettre l’acheminement des céréales est un soulagement pour tous les pays dépendants des blés russes et ukrainiens. Mais c’était aussi une nécessité pour les deux pays en guerre : il y a une urgente nécessité à vider les silos afin de pouvoir les remplir avec les récoltes qui sont en cours de moisson. Sinon, ce sont deux récoltes qui sont perdues, celle de l’année passée, non acheminée, et celle de l’année en cours, qui menaçait de périr faute de silos pour la réceptionner. Or le blé est une source de revenus importante pour les deux pays dont ni Moscou ni Kiev ne peuvent se passer. 

Cet accord est aussi la manifestation d’une désescalade dans la guerre en cours. C’est la première fois que les belligérants trouvent un terrain commun d’entente et arrivent à parvenir à un accord. C’est certes un premier pas, incomplet, mais un pas nécessaire pour trouver d’autres solutions à la guerre en cours. Après cinq mois de guerre, il y a incontestablement une lassitude, tant chez les Ukrainiens que chez les Occidentaux. Certes l’Occident fournit des munitions et des canons à l’Ukraine, mais les stocks ne sont pas illimités ; les usines de production ne suivent pas et l’on ne peut sans risque déshabiller nos armées pour habiller l’armée de Kiev. Certes l’Ukraine a tenu et ne s’est pas effondrée, mais la Russie contrôle plus de 20% du territoire et il sera difficile de l’en déloger. Kiev a beau promettre une grande offensive en août, il n’est pas certain que celle-ci aboutisse. 

Retour du gaz russe

En dépit des demandes de Kiev auprès du Canada pour ne pas rendre les turbines en maintenance chez Siemens, à Montréal, celles-ci ont bien été livrées à l’Allemagne. Le gazoduc North Stream 1 a été arrêté début juillet pour travaux de maintenance, notamment pour rénover les turbines. Il devait reprendre ses exportations mi-juillet, à condition que les fameuses turbines, en réparation au Canada, soient prêtes et livrées. Les États-Unis ont fait pression sur le Canada pour que celles-ci soient bien livrées à temps, ce qui a permis à Berlin de recevoir de nouveau du gaz russe, un tiers du gaz reçu par l’Union européenne transitant par North Stream 1 avant le début de la guerre. La nécessité énergétique a fait loi.

Les États européens peuvent bien afficher leur solidarité à l’égard de l’Ukraine quand leur survie est remise en cause par l’absence d’énergie, ils font prévaloir d’abord leurs intérêts. L’Allemagne a besoin de ce gaz, tout comme la Belgique, qui vient d’annoncer que son objectif de sortie du nucléaire prévue en 2025 était reporté. Les appels de l’Ukraine à accroître les sanctions n’ont pas été suivis par des Européens qui commencent à s’inquiéter des conséquences pour leurs pays. 

Triangle stratégique

La rencontre du 19 juillet à Téhéran entre Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan et Ebrahim Raisi a révélé l’existence d’un triangle stratégique qui contourne les Occidentaux. La Turquie a beau être membre de l’OTAN, elle discute et négocie avec l’Iran et la Russie, en fonction de ses intérêts. Accord sur l’énergie, sur la Syrie, où Ankara souhaite pouvoir intervenir, accord aussi sur la délimitation d’un nouvel ordre du monde qui passe à côté de l’ordre occidental. Si la Russie est condamnée en Europe, elle démontre par cet accord qu’elle conserve des alliés et des leviers d’influence ailleurs dans le monde. Ce qui n’empêche pas la Turquie et l’Iran de jouer sur les deux tableaux et de se montrer proches de l’Occident tout en créant et développant un triangle diplomatique qui passe au dehors de lui.

Si la situation militaire évolue peu, les deux armées restant bloquées le long d’un front de près de 1.000 kilomètres, le front diplomatique et économique bouge beaucoup. Et dans ces négociations et ces accords, les Européens comme les pays du Moyen-Orient écoutent de moins en moins l’Ukraine. La guerre s’inscrit dans la durée, donc dans une certaine lassitude, ce qui n’est pas à l’avantage de Kiev. Si la grande offensive estivale n’aboutit pas, les Européens seront alors tentés de réviser leurs positions à l’égard de leur allié.  

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diplomatieguerreRussieTurquieUkraine
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