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Pourquoi faut-il réinventer le travail ?

COLLEGUES DE TRAVAIL

© Shutterstock - izkes

Benoist de Sinety - publié le 24/07/22

La perspective d’une individualisation extrême du travail pose bien des questions, observe le père Benoist de Sinety, curé de la paroisse Saint-Eubert de Lille. Les chrétiens sont attendus pour montrer que le travail orienté vers le bien commun devient un lieu où le Créateur se dévoile à l’humanité.

L’histoire se passe dans un petit village au bord de la mer, au Mexique. Un Américain avise un pêcheur mexicain en train de faire la sieste et lui demande pourquoi il ne travaille pas davantage : « J’ai assez pour nourrir ma famille. 

— Qu’est-ce que vous faites le reste du temps ?
— Je fais la grasse matinée, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme et le soir je vais voir mes amis, nous buvons du vin et jouons de la guitare. J’ai une vie bien remplie.
— Écoutez-moi. Commencez par pêcher plus longtemps. Avec les bénéfices vous achèterez un plus gros bateau, vous ouvrirez votre propre usine, vous quitterez votre village pour Mexico puis New York, d’où vous dirigerez toutes vos affaires.
— New York ? Et après ?
— Après ? Vous introduirez votre société en bourse et vous gagnerez des millions.
— Des millions ? Et après ?
— Après ? vous pourrez prendre votre retraite, habiter un petit village au bord de la mer, faire la grasse matinée, pêcher un peu, jouer avec vos enfants, faire la sieste avec votre femme, et le soir, vous irez voir vos amis, boire du vin et jouer de la guitare avec eux. »

Un record de démissions

Le sketch du comédien belge Dominique Rongvaux circule beaucoup sur les réseaux sociaux. Sans doute parce qu’il « épouse » l’air du temps. Ce trait d’humour révèle bien notre époque, au moment où l’on parle de la Grande Démission, du Big Quit ou de la Great Resignation comme disent les analystes américains qui observent dans leur pays le nombre record de démissions (20 millions depuis le printemps 2021) et le nombre spectaculaire de postes non-pourvus dans des secteurs variés : du service à l’ingénierie. 

Le travail est-il ou non un élément indissociable de la vie humaine ou n’est-il que le moyen de s’offrir des loisirs ?

L’autre jour, un débat radiodiffusé dont nos médias ont le secret, rassemblant des journalistes qui dissertent de sujets variés sans avoir la moindre connaissance technique des dossiers abordés, évoquait ce phénomène qui gagne notre continent à la faveur des confinements de ces deux dernières années. De plus en plus de jeunes diplômés refusent de travailler et cherchent des jobs d’appoint qui leur permettent, avec le RSA et les APL, d’assurer un niveau de revenu suffisant pour leurs besoins quotidiens. Dans les générations plus âgées, on voit se développer un désir de télétravail de plus en plus grand chez les cadres notamment, qui se voient volontiers travailler depuis leurs résidences secondaires et venir le moins souvent possible à leurs bureaux où ils passaient il y a encore deux ans, le plus clair de leurs journées. 

Profiter de la vie

En plus de creuser le fossé séparant les cadres des salariés « d’exécution » qui, eux ne peuvent s’émanciper d’une présence physique, la perspective d’une individualisation extrême du travail pose bien des questions. Le travail est-il ou non un élément indissociable de la vie humaine ou n’est-il que le moyen de s’offrir des loisirs ? Le loisir est-il le but de l’existence ? Au bout du compte, sommes-nous parvenus à l’accomplissement de la prophétie soixante-huitarde du « jouir sans entrave » dont le travail n’est plus que le moyen d’obtenir le plaisir rêvé ?

Il faut sans doute réinventer le travail, mais pour cela il faut d’abord réfléchir à son sens, sa finalité.

Mais alors quel regard sur le monde ? Et pour nous, chrétiens, comment entendons-nous cet appel à manifester le Royaume qui est là parmi nous, si nous ne pensons plus qu’à édifier nos petites citadelles où nous nous pensons à l’abri avec nos familles et nos semblables ? Car ne nous y trompons pas, l’Américain comme le Mexicain de l’histoire n’ont d’autre but que de profiter de la vie selon leurs perspectives. Nul altruisme, nulle gratuité : tout effort est concentré sur la recherche de bien-être, que ce soit par l’accumulation de richesse ou par un hédonisme paisible…

Réinventer le travail

L’Église semble devenue institutionnellement incapable de se sortir, chez nous, des marécages de ses guerres picrocholines où l’on prend position en fonction du rite ou des tenues ecclésiastiques… Étonnant paradoxe en un moment où l’on aurait tant besoin de baptisés qui cherchent à annoncer au cœur du monde l’importance, l’urgence du bien commun comme lieu où Dieu se dévoile à l’humanité, plutôt que de se repaître de querelles de sacristies…

Il faut sans doute réinventer le travail, mais pour cela il faut d’abord réfléchir à son sens, sa finalité. Qui ne peut se réduire ni à l’accomplissement personnel ni à un simple moyen d’assurer la survie quotidienne. Pour le croyant, il est participation à l’acte créateur de Dieu lui-même. « Qui enverrais-je ? » (Is 6,8) : cette question devrait être la seule qui vaille la peine de se tracasser, dans un monde qui ne sait plus où rechercher la source de la lumière.

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