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Sri Lanka, l’heure de vérité

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Tharaka Basnayaka / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Manifestation au Sri Lanka, 13 juillet 2022.

Sylvain Dorient - publié le 22/07/22

La terrible crise économique et politique que connaît actuellement le Sri Lanka met à nu les secrets de l’ancien gouvernement. Pourrait-il avoir été complice des terribles attentats de Pâques 2019, qui causèrent la mort de 258 personnes ?

Le nouveau président Ranil Wickremesinghe prend les commandes d’un navire sur le point de sombrer. Dans l’interview qu’il a donnée à CNN le 13 juillet, immédiatement après sa prise de fonction, il dénonçait le capitaine précédent, le président Gotabaya Rajapaksa. Ce dernier aurait « caché des faits » à propos de la crise financière qui frappe le pays. En effet, le pays soumis à une inflation galopante, souffrant d’une balance commerciale déficitaire, s’est effondré économiquement, jetant des millions de paysans pauvres dans la misère. 

Dans une scène digne d’une jacquerie médiévale, des manifestants en colère ont envahi la luxueuse résidence du président honni, la mettant à sac ou se baignant dans sa piscine. L’ancien chef de l’État s’était exilé, après avoir démissionné le 9 juillet. Le mouvement de révolte ne s’arrêtera probablement pas là, car le successeur de Gotabaya Rajapaksa est loin de faire l’unanimité. Il était Premier ministre sous l’administration précédente, et peu de Sri Lankais croient qu’il incarne le changement dont le pays a besoin. La décision de faire de Ranil Wickremesinghe le Président par intérim a d’ailleurs provoqué l’envahissement du siège du gouvernement par les protestataires. Le nouveau chef de l’État a alors décrété l’état d’urgence et un couvre-feu, appelant les forces de sécurité à « faire le nécessaire pour rétablir l’ordre » afin de ne pas « permettre aux fascistes de prendre le pouvoir ».

Le clan Rajapaksa

De leur côté, les manifestants dénoncent la corruption d’un pouvoir dominé par le clan Rajapaksa depuis deux décennies. Car Gotabaya n’est que l’un des membres de cette famille puissante. Son frère aîné Mahinda a été Premier ministre de 2004 à 2005 puis président de la République de 2005 à 2015. Ses autres frères, Chamal Rajapaksa et Basil Rajapaksa, sont députés au Parlement du Sri Lanka. Ensemble, ils ont lancé un programme de grands travaux financés par des emprunts d’État et, surtout, par la Chine. La modernisation des infrastructures de transport s’est accompagnée de détournements massifs de fonds, selon l’opposition. À présent que ces chantiers sont arrêtés et que les Sri Lankais doivent attendre des jours pour faire le plein d’essence avant de pouvoir utiliser leur routes toutes neuves, mais inachevées, la révolte gronde contre cette incurie. 

Depuis la chute du clan, le pays semble découvrir l’escroquerie dont il a été victime. 

Les anciennes recettes de la popularité du clan Rajapaksa ne fonctionnent plus. Ils s’étaient fait les champions du radicalisme religieux bouddhiste. Dans un pays déchiré par la guerre civile opposant la majorité cinghalaise bouddhiste et les Tigres de libération de l’Eelam Tamoul (LTTE), de 1983 à 2009, leurs discours populistes dénonçant les minorités trouvaient un auditoire parmi la population exaspérée. Un peu à la façon d’un Narendra Modi en Inde, le clan Rajapaksa, une fois parvenu au pouvoir, a mené une politique dure à l’encontre des minorités. En particulier celles qui composaient les rangs des « Tigres », les hindouistes et les musulmans tamouls. Depuis la chute du clan, le pays semble découvrir l’escroquerie dont il a été victime. 

Un cardinal accuse le gouvernement de son pays

Puisque les masques tombent, la minorité chrétienne du pays, 9% d’une population de 21 millions d’habitants, peut espérer que toute la vérité soit enfin faite sur les attentats qui l’ont frappée il y a trois ans. C’est l’espoir du cardinal Malcolm Ranjith, archevêque de Colombo qui n’a eu de cesse de réclamer justice pour ces attentats de Pâques 2019 revendiqués par l’État islamique.

En mars 2022, alors que des jugements allaient être prononcés contre certains des auteurs des attentats, il accusait une partie de son gouvernement. S’appuyant sur le rapport de la commission spéciale parlementaire, il dénonçait : « En fait, le gouvernement semble avoir fait tout son possible pour empêcher l’arrestation des terroristes et certains éléments indiquent que les autorités souhaitaient même que les attentats aient lieu ».

Si l’administration du pays s’est montrée complice, comme le craint ouvertement le cardinal Ranjith, on peut espérer que la crise actuelle permette que justice soit enfin intégralement rendue aux centaines de familles endeuillées par les attentats de Pâques 2019. 

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CrisediplomatiePolitiqueSri Lanka
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