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La « gangue fonctionnelle » du système de santé

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Hans Lucas via AFP

Hôpital parisien.

Bertrand Galichon - publié le 07/07/22

Pour le docteur Bertrand Galichon, la crise de l’hôpital et du système de santé est d’abord une crise de la société tout entière, qui refuse la vulnérabilité. Le soin porté à autrui est enfermé dans un système normalisé, une "gangue fonctionnelle" déshumanisée et déshumanisante.

Depuis plusieurs mois, les tribunes qui dénoncent la faillite de l’hôpital, vaisseau amiral de notre système de soins, se répètent. Toutes apportent les raisons de la fragilisation de la clef de voûte de notre organisation sanitaire. Et le Covid a bon dos. Cette « loupe virale », décrite par le philosophe Jean-Luc Nancy, met bien en exergue les failles de l’institution, connues depuis des années. Nous voyons bien que l’ensemble des acteurs, qu’ils soient hospitaliers ou non, publiques ou libéraux, infirmiers ou médecins, sont en difficulté. Les patients, leurs familles en sont chaque jour les témoins. Les professionnels essaient de « faire avec » grâce à des stratégies diverses, des « bricolages » à court terme. Effectivement, demain est pour eux incertain. De quoi sera-t-il fait ? Sont-ils cependant les seuls aujourd’hui à devoir naviguer dans cette incertitude politique, au sens premier du terme ? 

Les raisons de l’effondrement

Si nous voulons connaître les raisons premières de ce qui est vécu par beaucoup de soignants comme un effondrement, il faut aller les chercher plus profondément au-delà de notre système sanitaire. Regardons autour de nous, les « métiers de l’humain » sont tous dans la tourmente. L’enseignant ne sait plus quelle est sa mission entre éducation et instruction. La police est exposée à une violence gratuite pour laquelle les réponses sont de plus en plus contraintes. Tout le système judiciaire s’essouffle. L’autorité du troisième pilier de notre démocratie s’en trouve affaiblie. Ainsi, l’hôpital, notre système de soins ne sont pas sanctuarisés. N’est-ce pas notre altérité qui se trouve malade, blessée, étouffée ? Pouvons-nous exprimer notre humanité en toute liberté, en toute responsabilité ? C’est bien à ce niveau qu’il faut rechercher l’effritement des clefs de voûtes régaliennes de notre démocratie, du soin porté à autrui. 

Prendre soin c’est accepter le risque inhérent à notre vulnérabilité.

Prendre soin c’est accepter le risque inhérent à notre vulnérabilité. Mais notre avenir radieux n’est-il pas l’homme augmenté, l’alpha et l’oméga de notre compétition ? L’invulnérabilité est un Graal. Quel peut être l’avenir pour l’homme vulnérable ? Il doit accepter d’être conditionné par une gangue fonctionnelle. Cette humaine vulnérabilité doit être sous contrôle, masquée, empêchée de s’exprimer. Par cette volonté de normalisation, l’autorité passe à côté de sa mission. N’est-elle pas bien là au contraire pour autoriser ?

Un glaçant indifférentisme

Cette « gangue fonctionnelle » décrite par le philosophe Jean-Philippe Pierron dans le numéro de juin de la revue Études, nous enferme, transforme nos égoïsmes, nos individualismes naturels en un glaçant indifférentisme. Notre mission, notre raison d’être est d’accomplir ce pourquoi je suis rémunéré. Ma fonction ne se limite-t-elle pas à justifier, à faire vivre cette gangue, ce silo ? Je finis par m’y identifier. Ainsi l’autre se limite à une maladie, un fait plus ou moins divers, un jugement, un devoir de classe. Il n’est plus considéré comme une histoire. Il est devenu un individu et non une personne pourvue d’une unique humanité ou dignité. L’hôpital doit soigner ? Son service d’urgences doit se limiter au soin stricto sensu et ne plus accueillir le pauvre hère voulant se mettre à l’abri le temps d’une nuit.

La réponse à ce tsunami systémique n’est pas dans l’organisationnel, le fonctionnel, la normalisation numérisée égalitariste. Il nous faut la chercher au niveau de la respiration de l’intime de chacun. Les métiers de l’humain n’acceptent plus que leur vertu soit le seul « plus » de leur rémunération. En effet, leur vertu n’a plus d’espace de liberté donc de responsabilité pour s’exprimer. Elle se trouve contrainte dans l’opposable, l’évaluable.

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