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Marie Lussignol, la comédienne qui joue les saintes

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Marie Lussignol

courtesy of Marie Lussignol / Julie Reggiani

Marzena Devoud - publié le 06/07/22

Comédienne, Marie Lussignol confie à Aleteia comment les rôles de saintes qu'elle a incarnés l'ont transformée intérieurement. Rencontre avec une artiste lumineuse, qui a vécu une conversion spirituelle inattendue à l’âge de 18 ans, au hasard d’une halte dans une église de Paris.

On se retrouve au pied de l’église Saint-Étienne-du-Mont, pour aller s’installer juste à côté, à la terrasse d’un café-librairie, un lieu plein de charme au cœur du cinquième arrondissement de Paris, tout près du Panthéon. C’est ici que nous a donné rendez-vous Marie Lussignol, cette comédienne remarquée très tôt par Michael Lonsdale et qui a multiplié les rôles de grandes figures chrétiennes : sœur Faustine, Jeanne d’Arc, Thérèse de l’Enfant-Jésus… Elle a aussi joué des rôles premiers dans des pièces de théâtre aux noms évocateurs : « La Boutique de l’orfèvre » de Karol Wojtyla ou encore « L’Annonce faite à Marie » de Paul Claudel…
À la veille de son départ pour le Festival Off d’Avignon (qui débute ce jeudi 7 juillet, ndlr), un grand sourire, le regard très vif et attentif à la fois, Marie se met à l’écoute de nos questions. Après un rire pour toute première réponse, très vite, chacun de ses mots éclaire et donne un relief étonnant à cet échange.

Aleteia :Vous habitez rue de la Montagne-Sainte-Geneviève à Paris et le clocher de l’église Saint-Étienne-du-Mont vous sert de paysage. C’est d’ailleurs au pied de cette magnifique église que nous nous retrouvons… Est-ce un hasard ?
Marie Lussignol : Quand je cherchais un appartement, j’ai écrit une lettre à saint Joseph pour avoir une vue sur l’église. Le vœu a été exaucé au delà de mes espérances : de chez moi, je vois non seulement le clocher de l’église, mais j’entends aussi les cloches sonner. Cela me permet d’être en relation avec la voix divine. Les cloches sont rassurantes aussi, elles nous invitent à la spiritualité.

La dimension spirituelle a toujours existé dans votre vie ?
La quête a toujours été présente en moi. Maman était une catholique pratiquante, alors que mon père était athée. Quand mes parents se sont séparés, je râlais quand ma mère m’emmenait à la messe le dimanche. Mais quand je n’y allais pas le dimanche suivant parce que j’étais chez mon père, je me disais qu’il manquait quelque chose. Mais c’est à l’âge de 18 ans, à mon arrivée à Paris, que j’ai vécu une vraie rencontre personnelle avec le Christ. Etudiante, j’habitais dans une chambre de bonne, il y avait des moments où je me se sentais déprimée et parfois très seule. Je venais d’une petite ville de province, Paris, c’était un peu comme la jungle pour moi. C’était difficile de vivre dans cette immensité, perdue dans cette foule. Je me posais beaucoup de questions, je ressentais aussi le besoin de trouver du sens, j’avais tendance à chercher à pousser le Seigneur dans ses retranchements.

Dans tout mon corps, j’ai ressenti une présence réelle. Comme si quelqu’un me tenait dans ses bras. Je n’avais rien calculé, il n’y avait personne d’autre, j’étais seule avec Jésus.

Un soir en marchant dans les rues, je suis entrée dans l’église Saint-Ferdinand des Ternes (XVIIe arrondissement). Sur le côté, dans la chapelle de l’Agneau, il y avait une lumière allumée et attirante. Je me suis trouvée nez à nez avec le Saint-Sacrement. Dans tout mon corps, j’ai ressenti une présence réelle. Comme si quelqu’un me tenait dans ses bras. Un flot d’amour. Je n’avais rien calculé, il n’y avait personne d’autre, j’étais seule avec Jésus. C’était étonnant. Une vraie rencontre.

Marie Lussignol
Dans le rôle de sainte Faustine, « Faustine » mise en scène par Michael Lonsdale, 2017.

Qu’est-ce qui a changé dans votre vie depuis cette expérience d’il y a vingt ans ?
Ce jour-là, je suis née une deuxième fois, ce qui veut dire que j’ai à peine 20 ans d’âge spirituel ! Je ressens que le temps pour moi est venu d’avoir une foi adulte, mais le cap n’est pas facile : je suis un peu en colère contre l’Église que j’aime et qui est ma famille. Blessée comme beaucoup par ce qu’on entend sur les abus, je n’ai pas envie d’être comme une première de la classe, mais plutôt d’être authentique. Dieu sait tout ça, il est au courant. Ce qui a changé en moi avec ces dernières années ? Je suis aujourd’hui beaucoup plus à l’écoute de la Providence, de ce que la vie m’apporte, de ce que Dieu m’envoie. Il comprend que je boude (un peu), mais il me dit qu’il a besoin de moi. Il est toujours venu me chercher en me disant que tel ou tel rôle pouvait toucher les cœurs.

Marie Lussignol
Dans le rôle de sainte Thérèse de Lisieux, pièce mise en scène par Michel Pascal, 2014.

Vous avez joué sainte Faustine, sainte Jeanne d’Arc ou encore sainte Thérèse de Lisieux…Qui sont toutes ces saintes pour vous ?
Jouer la petite Thérèse ou sainte Faustine, ça crée une véritable proximité. Elles deviennent plus humaines, plus proches, des amies. Un comédien défend son personnage, il en est l’avocat. C’est pourquoi pour le rôle de sainte Thérèse, je lui demandais de m’aider, je me sentais tellement loin d’elle ! Mais un jour j’ai entendu dans le cœur cette phrase du Seigneur : Tu as besoin de moi, mais moi j’ai besoin de toi, de ta vision de la sainteté, de ce que tu ressens de ce que je peux t’apprendre. C’était un vrai appel à interpréter en toute liberté. Ça a changé mon regard sur elle. Ce qui n’a pas empêché à chaque fois le combat. Jouer un rôle, c’est toujours entrer dans un personnage plus ou moins fort. Quand il s’agit d’une sainte, il s’agit de quelqu’un d’exceptionnel. S’y mesurer ne va pas sans combat intérieur…

En jouant les deux saintes, j’ai compris que la perfection ne venait pas d’elles mais de Dieu, qu’il fallait juste se laisser traverser par Dieu.

Une fois, je devais jouer mon rôle de Thérèse alors que j’étais tombée malade. On était quelques heures seulement avant la représentation, c’était trop tard pour être remplacée. Je ne savais pas quoi faire, le public m’attendait, comment pourrai-je jouer, en serai-je capable sans le décevoir ? C’est alors qu’il y a eu comme un déclic. J’ai compris l’enseignement de la petite Thérèse, celui de la confiance : « Commence par sauter d’une petite marche d’un trottoir jusqu’à sauter ensuite d’une falaise ». Etais-je prête à faire confiance ? J’ai en tout cas lâché prise, j’ai joué et tout s’est merveilleusement bien passé ! Certains spectateurs m’ont dit qu’ils avaient été particulièrement touchés par mon jeu ce soir-là.

Marie Lussignol
Répétition de « Thérèse d’Avila » avec Michael Lonsdale, octobre 2015.

Avec le rôle de sainte Faustine avez-vous vécu des moments très forts ?
Oh oui ! C’était une expérience forte et un enseignement décapant pour moi. Comme sainte Thérèse, Faustine, elle aussi, elle a galéré ! Elle frappait aux portes pour devenir religieuse et on la refusait, parce qu’elle venait d’une famille pauvre. Au sein du couvent, elle se faisait maltraiter par les autres sœurs à cause de ses visions, on la traitait de folle… En la jouant, j’ai compris que la perfection ne venait pas d’elles mais de Dieu, qu’il fallait juste se laisser traverser par Dieu. J’ai essayé de le faire. J’avais la chance d’être dirigée par Michael Lonsdale, un immense acteur pour qui j’ai beaucoup d’admiration.

Je crois qu’il vous a beaucoup soutenu alors qu’il ne le faisait pas d’habitude…
Je lui dois tant ! Nous nous sommes rencontrés au festival Anuncio pour faire ensemble des lectures sur sainte Thérèse. Michael Lonsdale était un peu comme un « ours sauvage ». Il n’avait pas trop envie de faire cette lecture avec une petite jeune. Mais avant de s’y préparer, nous avons déjeuné ensemble. Nous avons alors découvert notre passion commune pour… le chocolat. Cela l’a complètement amadoué. J’ai été très simple avec lui, un peu comme si c’était mon grand-père. Et lui, il s’est ouvert, il m’a finalement adopté. Michael était plutôt quelqu’un de timide, il s’exprimait peu en public, il entrait vite dans son monde intérieur si riche. C’est son regard de l’intérieur qui m’a donné confiance en moi et qui m’a beaucoup rassuré. Je me souviens, tant j’avais l’ambition de bien faire à ses côtés. Quand je lui ai demandé « Pour les lectures on fait comment ? », il m’a juste répondu : « Oh, on verra bien ! » Vous avez compris : ce soir-là, nous avons improvisé…

Marie Lussignol
Dans « Juliette, Victor Hugo mon fol amour » actuellement au Festival Off Avignon.

Quelque temps plus tard, il vous a dirigé dans la pièce sur sainte Faustine mise en scène par lui-même. Comment était-il avec vous ?
Comme toujours, il parlait peu. Et comme il était déjà assez âgé, il s’endormait parfois pendant les répétitions, c’était drôle ! Pourtant, sa manière de diriger était très fine, il partait de qui on est, et cherchait dans mon cas à faire coopérer l’actrice et la sainte. Je lui ai confié un jour que je ne saurais pas incarner le désespoir de Faustine. Il m’a répondu qu’il fallait se mouiller parce qu’ »aimer c’est tout donner ». Il m’a demandé ensuite si j’avais déjà été déçue, trahie, abandonnée un jour ? Je lui ai répondu. « Oui ? Un peu ? Donc tu sais ! », a-t-il conclu. À partir de ce moment, il y a eu un autre déclic. J’ai pu rejoindre le personnage de Faustine en creusant dans ma « cuisine intérieure ». Quand j’y repense je suis très émue.

Vous ne jouez pas que des saintes, vous allez bientôt incarner Juliette Drouet, la muse de Victor Hugo, au Festival d’Avignon
Juliette est un grand personnage féminin du XIXe siècle, formidablement mise en valeur par l’écrivain Patrick Tudoret, qui a écrit un roman sur elle avant de l’adapter en pièce de théâtre. Je suis très heureuse d’aller bientôt sur les planches du festival pour incarner un personnage très fort qui, à certains égards, a la grandeur et la générosité des grandes saintes.

Ces saintes que vous avez incarnées, justement, vous ont-elles transformée ?
Je m’en suis faite des amies ! Elles sont fidèles, je peux compter sur elles. Elles sont devenues mes alliées dans la vie personnelle, ça m’aide à mieux me supporter. Parfois, je me dis que je ne suis pas parfaite en tant que chrétienne, c’est parfois un peu limite. Alors, grâce à elles j’arrive à dédramatiser. Ce sont des amitiés à vie, pour toute ma vie…

Vous vous adressez à elles dans vos prières ?
Saint Augustin disait que « chanter c’est prier deux fois », moi je dis « jouer, c’est prier trois fois ! » Sinon, je ne suis pas très rituelle dans ma façon de prier. Je dialogue avec mes amies saintes comme tout simplement avec Dieu. Je rends grâce de plus en plus pour ce que le Seigneur m’apporte, pour ses cadeaux. C’est vrai que je suis gâtée aujourd’hui, mais j’ai aussi vécu des périodes dures où il était plus difficile de rendre grâce. Si je peux être absente plusieurs jours, je reviens vers Lui, on repart alors dans un dialogue. Je sens toujours qu’il y une bonté et une miséricorde infinie derrière toutes choses… C’est Lui, cela vient de Lui. Il faut s’appeler Dieu pour pouvoir faire ça, non ?

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