Depuis que la Cour suprême américaine a décidé, vendredi 24 juin, d’annuler l’arrêt qui garantissait une liberté fédérale, certains en France proposent d’inscrire un “droit à l’avortement” dans la Constitution. Aleteia a interrogé Guillaume Drago, professeur de droit constitutionnel à Paris II Panthéon-Assas. Décryptage.
"La Constitution ne prend pas parti sur la question de l’avortement", a prévenu le juge de la Cour suprême Brett Kavanaugh vendredi 24 juin. Alors que la plus haute instance judiciaire des États-Unis venait d’annuler l’arrêt Roe vs Wade de 1973, il ajoutait : "La Constitution est neutre et laisse au peuple et à ses représentants élus le soin de résoudre cette question par le biais du processus démocratique au sein des États ou du Congrès." Cette problématique constitutionnelle, apparemment états-unienne, est désormais arrivée en France. Dès le lendemain de la décision, la chef des députés de la majorité présidentielle proposait que le “droit à l’avortement” soit inscrit dans la loi fondamentale française. Une proposition qui n’est pas certaine d’aboutir étant donné la procédure rappelée par Guillaume Drago. Interrogé par Aleteia, le professeur de droit constitutionnel estime aussi que "ce n’est pas parce qu’un droit est inscrit dans la Constitution que sa protection est garantie." Sans compter que la société a besoin de stabilité, laquelle est l’objet de ce texte déjà modifié plusieurs fois depuis 1958.
Aleteia : Aurore Bergé, présidente du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale, veut inscrire le "droit à l’avortement" dans la Constitution quelle serait la procédure nécessaire ? Un droit est-il mieux garanti s’il est gravé dans la loi fondamentale ?
Guillaume Drago : Si vous le permettez, voici un petit rappel de procédure constitutionnelle : la proposition de loi constitutionnelle, d’origine parlementaire, propose une modification de la Constitution en inscrivant ce "droit" dans notre bloc de constitutionnalité. Elle devra être votée dans les mêmes termes par l’Assemblée nationale et par le Sénat puis être soumise nécessairement au peuple français qui est le constituant souverain. C’est un acte majeur et grave, du point de vue juridique et plus encore, du point de vue de la cohésion nationale. La Constitution est-elle le bon "vecteur" pour cette reconnaissance ? C’est une question préalable qu’il faut poser. Ce n’est pas parce qu’un "droit" ou une "liberté" est inscrit dans la Constitution que sa protection est nécessairement garantie. Cela signifie plutôt qu’il va s’imposer à tous, et au législateur en premier. Seule la volonté du peuple souverain peut le décider.












