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Comme Jean-Baptiste, soyons des serviteurs de la Parole de Dieu

SAINT JOHN BAPSTIST

Domaine Public

Jean-Thomas de Beauregard, op - publié le 23/06/22

Le frère dominicain Jean-Thomas de Beauregard commente l’évangile de la solennité de la Nativité de saint Jean-Baptiste (Lc 1, 57-66.80). Comme Jean-Baptiste, accueillons en tressaillant de joie la présence de Dieu, c’est elle qui donne la Parole.

Parce que Dieu se souvient, Dieu fait grâce, pour que Dieu sauve. C’est ainsi qu’on pourrait résumer le récit de la nativité de Jean-Baptiste et son rôle dans l’histoire sainte, à la charnière de l’Ancien et du Nouveau Testament. C’est aussi ce que nous enseigne l’étymologie des noms des trois principaux protagonistes : Zacharie (Dieu-se-souvient), Jean (Dieu-fait-grâce) et Jésus (Dieu-sauve).

En un temps où Israël désespérait parce qu’il n’y avait plus de prophètes, Dieu se souvient et choisit un prêtre, Zacharie, et son épouse stérile et déjà âgée, Élisabeth, pour manifester le mystère de la vie qui jaillit et de la parole retrouvée. Le précurseur de ce mystère, c’est le fils du miracle, Jean qu’on connaîtra plus tard comme le Baptiste, par qui le don inouï de la grâce est anticipé. Sans être encore la Parole de Dieu, il est déjà la voix qui depuis le désert appelle à la conversion et à la pénitence. Mais le mystère lui-même, la Parole de Dieu incarnée, est une personne, Jésus, en qui Dieu qui se souvient fait grâce et sauve tous les hommes.

Zacharie retrouve le don de la Parole

La mécanique du récit de la nativité de Jean-Baptiste semble donc parfaitement huilée et théologiquement cohérente. Toutefois, il y a un grain de sable dans ce récit parfait. Pour comprendre le problème, il faut se souvenir d’une célèbre métaphore littéraire : « Il avait les mains froides comme celles d’un serpent. » C’est ainsi qu’Alexandre Dumas — ou bien Ponson du Terrail, l’anecdote est incertaine — aurait décrit, dans un de ses romans, un personnage particulièrement antipathique. « Il avait les mains froides comme celles d’un serpent. » L’auteur est génial, et l’image est suggestive : en la lisant, on croit presque sentir le contact froid et visqueux de ces mains… Oui mais voilà ! En relisant cette phrase plus attentivement, on s’aperçoit que cette phrase n’a aucun sens : les serpents n’ont pas de mains ! L’image est incohérente.

Celui qui, comme Zacharie, refuse d’entendre la Parole de Dieu, n’a plus rien de valable à dire.

Pourquoi ce détour littéraire ? Parce que le récit de la nativité de Jean-Baptiste comporte une incongruité tout à fait comparable. Là aussi, le récit frappe l’imagination, on voit bien la scène : Zacharie, rendu muet par le Seigneur pour avoir refusé de croire à la fécondité retrouvée de son épouse, à qui on est obligé de faire des signes pour lui demander quel nom il veut pour son enfant. Et le voilà qui retrouve miraculeusement la parole pour affirmer : « Jean est son nom. » Merveilleux ! Oui, mais voilà ! Ça ne colle pas ! L’image est belle, l’auteur est génial puisque c’est saint Luc lui-même, bien aidé par l’Esprit-Saint, mais enfin, ça ne fonctionne pas ! La punition de Zacharie, c’était d’être devenu muet, pas d’être devenu sourd… Pourquoi a-t-on besoin de communiquer avec lui par signes pour lui demander le prénom de l’enfant ?

L’Esprit-Saint n’a pas l’habitude de se tromper lorsqu’il inspire les évangélistes, alors pourquoi cette incohérence ? Il doit y avoir autre chose. Ce que l’Esprit-Saint veut nous faire comprendre, c’est qu’il y a un lien mystérieux entre le fait d’être sourd et le fait d’être muet. Celui qui, comme Zacharie, refuse d’entendre la Parole de Dieu, n’a plus rien de valable à dire. Même s’il pouvait parler, il n’y aurait que des mots creux à sortir de sa bouche. Ici, par grâce, Zacharie retrouve l’usage de la parole. Sa dernière parole avant son châtiment avait été pour nier que la vie soit possible ; sa première parole, une fois guéri, est pour attester que la vie, grâce à Dieu, triomphe. Et le nom de cette vie encore balbutiante est Jean.

Serviteurs de la Parole

Face au miracle de la vie qui a les apparences d’un petit enfant, les gens des environs se demandaient : « Que sera donc cet enfant ? » Entre émerveillement et angoisse, c’est la question de tous les parents à la naissance d’un enfant. Mais ce devrait être la question que chaque baptisé se pose à tout instant pour lui-même, en tant qu’il est et demeurera toujours un enfant de Dieu. Quelle que soit la réponse, qui est forcément personnelle, soyons, comme Jean-Baptiste, des serviteurs de la Parole de Dieu. Elle ne nous décevra pas.

Souvent, la Parole de Dieu nous relève de nos peines, et c’est merveilleux ! Souvent aussi, la Parole de Dieu nous juge, et c’est plus merveilleux encore : en faisant la lumière sur notre péché, sur notre médiocrité résignée, elle nous fait voir de quel abîme l’amour sauveur de Jésus vient nous tirer. Que la Parole de Dieu soit la norme et la mesure de notre existence ! Qu’elle soit l’âme de notre vie intérieure !

Cette Parole de Dieu, Jean-Baptiste n’a pas refusé de l’écouter, il l’a même accueillie dès le sein de sa mère en tressaillant de joie. Marqué par cette proximité inouïe avec le Verbe fait chair, Jean-Baptiste n’a eu de cesse que de l’annoncer, à temps et à contretemps, affirmant que la vie allait se manifester, qu’elle allait triompher en la personne de Jésus mort et ressuscité pour que nous ayons la vie, et la vie en abondance. Ses mots à lui ne sont pas un bruit supplémentaire au milieu du vacarme du monde ; ils sont une parole de vie, plus tranchante qu’un glaive.

Être la bouche de Dieu

On dit parfois d’un orateur qu’il « prend » la parole. « Prendre » la parole, on dirait un kidnapping ! Quand ce n’est pas l’auditoire qui est pris en otage… Prions pour que les prédicateurs et tous ceux qui dans l’Église ont charge d’exhorter et d’enseigner, à la suite de Jean-Baptiste, ne « prennent » pas la Parole, mais qu’ils la reçoivent, la méditent, en vivent, pour mieux la donner. Pour un religieux ou un prêtre, donner la Parole de Dieu, comme donner les sacrements, c’est donner la vie, d’une manière autre que le monde, mais aussi vraie.

Prions tous pour ne pas avoir les mains froides comme celles du serpent de la Genèse, qui prend la Parole de Dieu pour la tordre. Le serpent, le démon, n’a pas de mains, d’ailleurs : il ment sur ce point comme sur tout le reste. Il n’a pas de mains, c’est pour ça qu’ultimement, il est impuissant. Les seules mains dont le démon, le serpent, dispose, ce sont les mains d’Ève lorsqu’elle s’empare du fruit défendu parce qu’elle a écouté une autre voix que celle de Dieu. Les seules mains dont le démon dispose, ce sont nos mains lorsque nous sommes sourds à la Parole du seul vrai Dieu. Ne soyons donc pas les mains du serpent, mais la bouche de Dieu pour proclamer que son Royaume est proche.

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