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Massacre au Nigeria : le glaçant témoignage du prêtre de l’église d’Owo

église St Francis Xavier à Owo, dans l'État d'Ondo, au Nigeria

Aid to the Church in Need

L'église St Francis Xavier à Owo, dans l'État d'Ondo, au Nigeria.

Patience Ibile - AED - publié le 19/06/22 - mis à jour le 20/06/22

Le père Andrew Adeniyi Abayomi, pasteur adjoint de l'église St Francis Xavier à Owo, revient sur l'attentat qui a fait 41 morts et des dizaines de blessés le 5 juin 2022 au Nigeria.

Un véritable bain de sang. Quarante-et-une personnes ont été tuées et des dizaines ont été blessées lors de l’attaque d’une église située dans le sud-ouest du Nigeria, à Owo, dimanche 5 juin 2022. Des hommes armés munis d’explosifs ont attaqués l’église lors de la messe de la Pentecôte. Le père Andrew Adeniyi Abayomi, pasteur adjoint de l’église St Francis Xavier à Owo, était présent ce jour-là. Il se souvient avec émotion de l’attaque et évoque l’Église locale qui est passée à l’action pour soigner les blessés et aider les gens qui pleurent la perte d’êtres chers.

Combien y avait-il d’attaquants?
Andrew Adeniyi Abayomi: Je ne les ai pas vus, mais certains témoins oculaires disent qu’il y en avait quatre, tandis que d’autres ont dit que, en plus de ces quatre, il y en avait parmi nous à l’église. Certains disent six, au total, mais le nombre réel est inconnu.

Où étiez-vous quand l’attaque s’est produite ?
J’étais encore dans le sanctuaire. J’avais fini la messe et j’étais en train de mettre l’encens dans l’encensoir pour préparer la procession devant l’église. C’est alors que j’ai entendu un bruit. J’ai cru que c’était une porte qui claquait, ou que quelqu’un était tombé, ou avait vu un serpent, parce que c’était déjà arrivé.

Je les ai protégés comme une poule protège ses poussins.

Mais ensuite j’ai entendu un deuxième grand bruit et j’ai vu des paroissiens courir dans différentes directions dans l’église. Je suis resté là, sous le choc, me demandant ce qui se passait, quand quelqu’un a couru vers moi en criant : « Père, des inconnus armés ! »

Avez-vous craint pour votre vie ?
À ce moment-là, je ne craignais pas pour ma vie. Je pensais plutôt à sauver mes paroissiens. Certains d’entre eux ont trouvé le courage de verrouiller la porte d’entrée. J’ai exhorté les gens à se déplacer à travers le sanctuaire jusqu’à la sacristie. Certains paroissiens se sont échappés par là. Je suis resté dans la partie intérieure de la sacristie. Je ne pouvais pas bouger, car j’étais entouré d’enfants, tandis que des adultes se cramponnaient à moi, certains même à l’intérieur de ma chasuble. Je les ai protégés comme une poule protège ses poussins.

Père Andrew Adeniyi Abayomi Nigeria
Père Andrew Adeniyi Abayomi : « Je ne craignais pas pour ma vie. Je pensais plutôt à sauver mes paroissiens »

J’ai entendu les voix de mes paroissiens : « Père, s’il vous plaît, sauvez-nous ; père, priez ! » Je les ai encouragés et calmés et je leur ai dit qu’ils ne devaient pas s’inquiéter, que j’étais en train de prier et que Dieu ferait quelque chose. J’ai entendu trois à quatre explosions, l’une après l’autre. Toute l’attaque était bien planifiée et a duré environ 20 à 25 minutes.

Que s’est-il passé ensuite ?
Enfin, nous avons reçu un message indiquant que les assaillants étaient partis. Nous avons quitté la sacristie et j’ai vu que certains paroissiens étaient morts, tandis que beaucoup étaient blessés. Mon esprit était troublé. J’ai supplié les gens de conduire nos frères et nos sœurs blessés à l’hôpital. J’ai commencé à déplacer certains des blessés à l’hôpital St. Louis et au centre médical fédéral (Federal Medical Centre) avec l’aide de paroissiens qui pouvaient conduire. Nous avons laissé les cadavres à l’église, tout en essayant de sauver les blessés.

L’État d’Ondo était calme, en particulier par rapport au nord du Nigéria et à la Middle Belt, bien qu’il y ait eu des tensions entre les bergers peuls et les agriculteurs chrétiens. Comment expliquez-vous ce soudain déchaînement de violence ?
On a entendu dire que des groupes militants sont en train de mobiliser des gens dans le sud-ouest et dans d’autres régions du pays. On ne sait pas à quelle tribu, ou race ou groupe appartiennent les agresseurs. Même si pendant l’attaque, certains les ont vus, ils n’ont pas pu les identifier, car ils ne parlaient pas. Certains des agresseurs se sont déguisés en simples paroissiens pendant la messe. Ils ont prié avec nous pendant la messe jusqu’au début de l’attaque.

Comment comptez-vous prendre soin des paroissiens blessés et endeuillés ?

Nous avons déjà commencé à le faire en leur offrant des soins pastoraux, en leur rendant visite, en priant avec eux, en administrant le sacrement des malades et en les encourageant à garder vivante l’espérance. Nous sommes engagés davantage pour prendre soin de leurs familles et des personnes endeuillées.

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Bénédiction des blessés à l’hôpital.

Le diocèse a fait appel à d’autres paroisses pour avoir du soutien. Des organisations gouvernementales et non gouvernementales, comme la Croix-Rouge, et d’autres groupes, même des groupes musulmans et des imams, nous aident matériellement et financièrement. La Croix-Rouge a été la plus active, faisant appel au grand public pour des dons de sang et du soutien matériel.

Quels sont les plus grands besoins en ce moment ?

Nous avons besoin d’un soutien matériel et financier pour prendre soin des victimes et des survivants. Nous avons également besoin de notre propre stratégie de sécurité. Pas très loin, il y avait du personnel de sécurité et la police, qui ne nous ont pas prêté secours, même si l’attaque a duré 20 minutes et que quatre artefacts ont explosé. Nous avons besoin de notre propre dispositif de sécurité.

La foi des paroissiens s’est renforcée.

Après une expérience comme celle-ci, les gens se sentiront-ils en sécurité quand ils retourneront à l’église ?

La peur s’est installée dans l’esprit de certains paroissiens. Cela dit, nous sommes déterminés à les aider à se remettre debout, à les garder forts dans la foi et à les réconforter en nous rapprochant de chacun, pas seulement de ceux et celles qui ont été directement touchés. Le but est d’établir un contact personnel avec eux, de les rendre plus forts et de leur rappeler que lorsque nous professons notre foi en Dieu, cela signifie que nous avons renoncé à toute notre vie. Cette vie n’est qu’un passage vers l’éternité – et l’éternité devrait être notre point focal.

L’attaque a-t-elle renforcé ou affaibli leur foi ?

Lors de ma rencontre avec mes paroissiens, j’ai vu que leur foi s’est renforcée, pas affaiblie.  Ils sont prêts et résolus. Je continue de prier pour eux, tous les jours, et la messe est offerte aux intentions de ceux qui sont encore à l’hôpital, pour les aider à se rétablir rapidement. La messe est également dite pour les âmes de ceux qui sont morts, qu’ils reposent en paix. Enfin, des messes sont offertes aux intentions de tous les membres de la paroisse afin qu’ils demeurent fermes dans la foi et vivants dans l’espérance.

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