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L’écologie est-elle devenue le royaume de la peur ?

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© Caroline

Jeanne Larghero - publié le 10/06/22

La crainte est le début de la sagesse, mais est-il humain de fonder une responsabilité morale sur la peur, comme la peur inspirée par les conséquences de la pollution ou du dérèglement climatique ? Le respect de la nature, dit la philosophe Jeanne Larghero, n’est pas une question de peur ou de devoir, mais d’amour.

Les défis écologiques semblent avoir pris la première place dans les préoccupations des enfants, des petits et grands adolescents. Or de nombreux parents témoignent du sentiment de déprime, de tristesse profonde qui habitent leurs enfants face à l’ampleur des dégâts, face à leur aspect apparemment irréversible, et face au caractère dérisoire des efforts engagés. Les amener à s’émerveiller devant la beauté et les richesses actuelles de la nature ne suffit pas : ils en perçoivent la fragilité, et considèrent alors la présence humaine comme un danger potentiel, une réalité intrusive. Comment faire pour les sortir de cette écolo-déprime, parfois mâtinée d’agressivité envers ceux qu’ils estiment coupables du réchauffement climatique ?

La peur du danger

Tout d’abord il faut savoir que cet état de fait est la résultante directe d’une politique inspirée de la pensée visionnaire du philosophe Hans Jonas, dans son œuvre de 1979 : Le Principe responsabilité. Quel est le constat ? Il est désormais possible que les techniques actuelles mettent en jeu l’existence et les conditions de survie de l’humanité future. C’est la leçon d’Hiroshima. Nous ne savons pas toujours ce que nous faisons, ni quelles seront les conséquences de nos inventions. Il est alors nécessaire, et c’est même une obligation morale, d’anticiper la menace, d’imaginer les scénarios catastrophes susceptibles de se produire.

Pourquoi ? Parce que notre peur du danger peut nous apprendre quelque chose : elle va nous indiquer exactement quelle est la valeur menacée par le danger, et que sans lui nous ne connaîtrions pas. Penser la destruction future nous réveille, nous fait ouvrir les yeux sur ce qui est à protéger. Cette « heuristique de la peur » a inspiré le discours dominant, alarmiste par souci d’efficacité. C’est une politique certes efficace, mais dont on voit les effets déprimants.

Une dépendance mutuelle

Quel antidote ? Comment susciter l’engagement autrement que par la peur ? Il y a tout d’abord une première piste, pratique. Là où les gens s’engagent, agissent, la tristesse recule. La tristesse est souvent le corollaire du sentiment d’impuissance. C’est pourquoi on la retrouve souvent chez les très jeunes, ou les personnes très âgées, qui se sentent privés de leur capacité d’agir.

Nous payons aujourd’hui l’irresponsabilité de ceux qui ont cru pouvoir exploiter leur terre jusqu’à épuisement, puisque c’était rentable.

La deuxième piste est plus profonde et consiste à renouveler complètement le regard posé sur la place de l’humanité dans la nature. C’est ce que propose l’affirmation de la destination universelle des biens, promue par la doctrine sociale de l’Église. De quoi s’agit-il ? L’affirmation est la suivante : Dieu a confié la terre et ses ressources à la gérance commune de l’humanité pour qu’elle en prenne soin, pour qu’elle la maîtrise par son travail, et jouisse de ses fruits. La Terre porte du fruit grâce au travail de l’homme, et l’humanité elle-même vit des fruits de son travail de la terre.

On peut parler d’une dépendance mutuelle qui est de l’ordre de la charité. Nous avons à nous soucier de ce qui nous a été confié pour notre bien et le sien. Ni intrus, ni consommateurs : nous ne préservons pas la « planète », nous protégeons la terre. Cependant la Terre est répartie entre les hommes pour assumer la sécurité de leur vie, exposée à la pénurie et à la violence : l’appropriation des biens est légitime pour garantir la liberté et la dignité des personnes, pour aider chacun à subvenir à ses besoins fondamentaux et aux besoins de ceux dont il a la charge. Le droit à la propriété privée, on en connaît les excès : nous payons aujourd’hui l’irresponsabilité de ceux qui ont cru pouvoir exploiter leur terre jusqu’à épuisement, puisque c’était rentable.

Une affaire d’amour

Quelle est la juste attitude ? « L’homme, dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes : en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais aussi aux autres » (Gaudium et Spes, 69 ; CEC, n. 2404). Ainsi ceux qui possèdent des biens ont à en prendre soin afin qu’ils profitent au plus grand nombre. Notre place sur la terre qui nous est confiée n’est pas celle d’une domination absolue : elle est mesurée par le souci de la qualité de vie du prochain, du plus fragile, et de ceux qui ne sont pas encore nés, c’est-à-dire les générations à venir. 

Par conséquent, la préservation de la nature n’est pas une affaire sèche abstraite de devoir moral, de respect de normes, elle ne peut être motivée uniquement par la peur : en réalité, elle procède de l’amour. Elle procède de l’amour du prochain, dont les conditions de vie dépendent de la façon dont nous produisons, dont nous consommons, dont nous préservons notre « maison commune ». Elle est affaire de justice portée par la charité. Alors que la peur attriste, l’amour réjouit et donne de l’énergie. L’amour n’accuse pas, il ne ressasse pas, il prend le présent tel qu’il est, il voit l’avenir avec espérance, et donne le dynamisme pour l’action. L’engagement envers la création ne doit pas être issu de la peur ; il est en réalité une extension de l’amour du prochain. 

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