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Un chrétien a-t-il le droit de se désintéresser de la politique?

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Ludovic MARIN / AFP

L'Assemblée nationale

Xavier Patier - publié le 06/06/22

La politique est une tentation, tout comme le refus ou le mépris de la politique. Comment résoudre cet attrait contradictoire ? L’écrivain Xavier Patier observe que dans l’action ou la contemplation, le chrétien a toujours un destin politique.

La tentation est grande pour chacun de nous, en certaines heures, de renoncer à entendre ce « caquetage éternel », comme dit Chateaubriand, caquetage à quoi se résume la politique française. Ce fut le cas même aux époques les plus grandes, du temps de Saint-Simon aussi bien qu’aujourd’hui, à présent que les blogueurs ont remplacé les mémorialistes : la langue s’est déglinguée, mais la nature humaine est remarquablement constante dans sa désespérante médiocrité. Le Grand Siècle a eu ses mesquineries ; le nôtre a sa noblesse. 

La politique passera

Que faire ? Voter, sans doute, lorsqu’il y a des élections. Et voter en conscience. Élire un député. Aimer le temps et le lieu qui sont les nôtres, car ils sont le temps et le lieu que Dieu a voulu comme cadre de notre sainteté. Au lieu de dénigrer notre époque, aimons-la. Mais l’amour de notre époque ne saurait être une passion. Participer à la vie politique ne signifie pas pour un chrétien y mettre de de la fureur. La terre et le ciel passeront, la politique passera : ne l’oublions pas, en temps de campagne électorale. 

Sur cette question, Armand de Rancé, réformateur de la Trappe, a écrit des lignes décisives que plus personne ne lit car elles semblent destinées à d’autres, aux moines retirés dans le désert. Elles méritent pourtant d’être citées. Il nous rappelle que les religieux sont « des anges qui protègent les États par leur prière ». Ils sont ainsi au cœur de la cité. Mais Armand de Rancé affirme aussi que nous devons tous être à l’égard du monde « comme si nous n’y étions plus » et qu’à un certain degré, il nous revient d’ignorer ce qui s’y passe, et de faire que « ses événements et ses révolutions les plus importantes ne viennent point jusqu’à nous ». Nous devons être capables de nous passer de lire les nouvelles, capables de renoncer à notre addiction à l’actualité. Devons-nous retenir le nom des ministres ? Nullement, affirme l’abbé Rancé : le nom de ceux qui nous gouvernent ne doit nous être connu que lorsqu’il s’agira de prier Dieu pour eux.

Aussi longtemps que je consens encore au désir d’être connu, le Seigneur ne peut rien entreprendre avec moi. André Louf

Une double tentation

Armand de Rancé, donc, a renoncé au monde afin de prier pour le monde. Et pourtant y a-t-il vraiment renoncé ? Il avait juré de ne jamais publier aucun livre, car l’édition d’un livre est un exercice de vanité. Mais son ami Bossuet, ayant eu entre les mains les textes de ses conférences, le supplia de les regrouper et de les publier. Rancé résista mais le livre fut composé. Rancé avait jeté l’ouvrage dans le feu, puis finalement l’avait récupéré à moitié calciné, et se prit à le retoucher, à le parfaire, pour donner enfin son De la sainteté et des devoirs de la vie monastique que l’évêque de Meaux fit publier le 10 mai 1685, ce qui me permet de le citer aujourd’hui.

Éternel conflit entre la tentation de la vie publique et la tentation de la vie retirée. Regardons dom André Louf : il a hésité entre la promotion de sa revue et le désert de la Chartreuse. Il a été habité par la hantise du rayonnement et la tentation du retrait, ou si l’on préfère par la tentation du rayonnement et la hantise du retrait. « Aussi longtemps que je consens encore au désir d’être connu, le Seigneur ne peut rien entreprendre avec moi », écrit-il. Et aussi : « Mon désir d’expérience solitaire est sincère, mais je me sens trop attaché au rayonnement que me donne les Collectana [sa revue] pour tendre sérieusement à l’obtenir. » André Louf sort de cette contradiction, ou plus exactement Dieu sort André Louf de cette contradiction en le faisant élire abbé de la Trappe du Mont-des-Cats. Abbé : solitude et gouvernement. Dieu s’arrange toujours pour mettre notre destin politique sur le chemin que nous avions emprunté dans le but de l’éviter.

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