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À l’Ascension, Jésus monte au ciel et descend en nous 

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"L’Ascension" de Rembrandt.

Jean-Thomas de Beauregard, op - publié le 25/05/22

Le frère dominicain Jean-Thomas de Beauregard, dominicain du couvent de Bordeaux, commente l’évangile de l’Ascension. "Est-il vrai le proverbe qui affirme : "Loin des yeux, loin du cœur" ? Non, mille fois non ! Avec l’Ascension, Jésus s’éloigne et pourtant se fait plus proche qu’il n’a jamais été."

Le poète latin Properce écrivait : « L’amitié est loin quand elle échappe aux regards » (Élégies, III, 21). La sagesse populaire qui s’exprime dans les magazines féminins en a fait un proverbe : « Loin des yeux, loin du cœur. » Autrement dit, l’éloignement physique produit l’éloignement spirituel. La distance affaiblit progressivement l’amour, la tristesse le cède insensiblement à l’indifférence, et bientôt la relation qu’on croyait si forte n’est plus qu’un souvenir. Or la fête de l’Ascension proclame le contraire ! Quelle est la réaction des disciples lorsque Jésus ressuscité s’élève depuis le milieu des apôtres et disparaît au ciel dans la nuée ? Ils reviennent à Jérusalem « en grande joie » (Lc 24, 52). La dernière fois qu’une « grande joie » avait été rapportée par l’évangéliste Luc, c’était lors de la naissance du Christ (Lc 2, 10). Autrement dit, Jésus qui disparaît à l’Ascension cause autant sinon plus de joie aux hommes que Jésus qui apparaît à Noël ! Et si Jésus disparaît aux yeux des apôtres, l’amour qui les unit ne semble pas s’évanouir à mesure que le temps passe. Au contraire, l’amour que les apôtres éprouvent pour le Christ explose à la face du monde, et se répand sur toutes les nations.

Désormais, terre et ciel communiquent

Les apôtres pourraient-ils fredonner les mots de la rengaine sentimentale du chanteur grec Demis Roussos : « Loin des yeux, loin du cœur, ça n’existe pas, loin des yeux loin du cœur, moi je pense à toi » ? Oui, un peu, mais si ce n’était que cela, leur relation avec Jésus finirait par s’éteindre malgré tout. Penser à quelqu’un ne suffit pas à fonder une relation. L’amitié et l’amour réclament une véritable vie commune. Si donc les Actes des Apôtres rapportent une explosion d’amour des disciples à l’égard du Christ, entre eux, et envers le monde entier, c’est que leur vie commune avec le Christ a franchi un palier décisif. Mais quelle vie commune peut-on espérer lorsque l’être aimé disparaît pour toujours dans la nuée ? C’est là qu’il faut être précis. Avec l’Ascension du Christ, les cieux se sont ouverts pour que Jésus y pénètre en son corps glorieux et soit exalté à la droite du Père. Mais en déchirant le ciel, Jésus a ouvert un passage qui demeure. Désormais, ciel et terre communiquent et ne sont plus étrangers l’un à l’autre.

En songeant à l’intime connexion des mystères de Noël et de l’Ascension, saint Augustin affirmait : « De même que le Christ ne s’est pas éloigné du ciel quand il en est descendu auprès de nous, de même il ne s’est pas éloigné de nous quand il est monté à nouveau au ciel. » Pour mieux comprendre cela, observons Jésus qui s’élève au ciel. Dans l’évangile de Luc, c’est la première fois que Jésus, levant les mains, bénit ses disciples. L’Ascension est une liturgie. Et les apôtres, alors, se prosternent en l’adorant, reconnaissant en lui leur Seigneur et leur Dieu. Un instant auparavant, Jésus leur avait assuré : « Je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis […] une puissance venue d’en-haut » (Lc 24, 49). L’Esprit-Saint n’est pas nommé, il est seulement suggéré. Comme si le don de l’Esprit-Saint ne pouvait pas être compris par les apôtres avant que lui, Jésus, ne soit entré définitivement dans la gloire du Père.

Dieu se fait plus intérieur à l’homme

Au moment où Jésus est enlevé au ciel, il lève les mains et bénit ses disciples. La formulation de Luc évoque irrésistiblement l’Eucharistie. Et c’est sans doute intentionnel. Car l’Eucharistie est avec le don de l’Esprit-Saint la clé de compréhension de l’Ascension. Dans l’Eucharistie comme dans le don de l’Esprit-Saint, l’union entre Dieu et chaque chrétien n’est plus marquée par l’extériorité réciproque : au contraire, Dieu se fait plus intérieur à l’homme qu’il ne l’a jamais été. En assimilant le corps eucharistique du Christ, en recevant l’Esprit-Saint comme hôte permanent de son âme, le chrétien est uni à Dieu plus qu’aucun apôtre ne pouvait l’être durant la vie terrestre de Jésus. Ou pour le dire avec les mots de Hans-Urs von Balthasar : « Le retrait de son “être-à-nos-côtés” a rendu possible son “être-en-nous” » et « il y a abolition de la distance qui, sur terre, sépare toujours deux personnes, chacune dans son corps, même dans l’amitié et l’amour ». 

L’Ascension est donc simultanément la promesse de l’Eucharistie et du don de l’Esprit-Saint.

L’Ascension est donc simultanément la promesse de l’Eucharistie et du don de l’Esprit-Saint, c’est-à-dire les deux modalités par lesquelles la vie commune entre Dieu et l’homme est rendue plus intime que jamais. Bède le Vénérable que nous fêtions en cette veille de l’Ascension l’avait bien compris : « Montant au ciel, le Seigneur laissa à ses disciples, ou plutôt à toute l’Église, les sacrements de l’humanité qu’il avait assumée, pour qu’elle soit sanctifiée, et que sa charité soit plus ardente. » C’est donc à l’Ascension que Jésus devient le « prêtre par excellence » (Hb 10, 21) « entré dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu » (Hb 9, 24). Parce qu’il conserve dans l’éternité du ciel à la fois sa divinité — qu’il n’a jamais quittée — et son humanité — jusque dans son corps glorieux —, Jésus est le médiateur par excellence entre Dieu et les hommes. Jésus exalté et glorifié assume toujours un corps — c’est le « matérialisme sublime » dont Karl Rahner parlait au sujet de l’Ascension — mais il n’est plus entravé par les limites mondaines de la vie terrestre. Parce qu’il n’est plus fixé en un temps et un lieu donné, Jésus se rend accessible à tous les temps et tous les lieux.

L’ascension du Christ avant la nôtre

Enfin et peut-être surtout, l’Ascension du Christ est le prélude de la nôtre. Ainsi que l’écrivait Léon le Grand qui a inspiré la collecte de la messe : « Là où a précédé la gloire de la Tête, là aussi est appelée l’espérance du corps. » Cela ne se fera pas grâce à nos forces naturelles, mais cela se fera très certainement. En réalité, c’est ce qui se commence à chaque fois que nous recevons un sacrement ou que, sous la motion de l’Esprit-Saint, nous posons un acte de foi, d’espérance ou de charité. Ainsi que l’écrivait Rupert de Deutz : « Nous ne sommes certes pas capables de monter au ciel, mais parce qu’il est, Lui, notre tête, et que nous sommes ses membres, nous sommes élevés et portés par sa puissance divine. »

Alors, est-il vrai le proverbe qui affirme : « Loin des yeux, loin du cœur » ? Non, mille fois non ! Avec l’Ascension, Jésus s’éloigne et pourtant se fait plus proche qu’il n’a jamais été. Avec l’Ascension, la vie commune entre Dieu et les hommes est plus intense qu’elle ne l’a jamais été. Avec l’Ascension, l’Eucharistie et le don du Saint-Esprit rendent l’union entre Dieu et les hommes plus intérieure qu’elle ne l’a jamais été. Avec l’Ascension, les hommes commencent d’entrer dans la béatitude éternelle en leur âme et en leur corps glorifié pour que l’Église ne soit pas séparée de sa tête qui est le Christ. Tout est là ! C’est peut-être ce que le Catéchisme du concile de Trente avait en vue lorsqu’il enseignait en 1566 que « tous les autres mystères de Jésus-Christ se rapportent à l’Ascension comme à leur fin, et qu’ils y trouvent leur perfection et leur complet achèvement ». 

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