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Les artistes, tous fascinés par la Vierge Marie ? 

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Photomontage Aleteia/Marcoville/AFP

Marzena Devoud - publié le 13/05/22

Célébrée et honorée particulièrement au mois de mai, la Vierge Marie a toujours inspiré les artistes. Mais que recherchent-ils en elle ? Pourquoi sont-ils si fascinés par elle ? Réponses dignes d’un thriller.

Majestueuses, éclatantes de lumière, grandeur nature… 60 vierges ont investi depuis un mois la chapelle des Jésuites à Cambrai (Hauts-de-France). L’artiste français Marcoville y a installé ses Madones parmi des milliers d’autres sculptures en verre : 600 anges, 30.000 poissons, quelques arbres géants du jardin d’Eden… Toutes sont en verre, matériau privilégié de l’artiste, parce qu’il symbolise pour lui « la transparence, la lumière et l’éclat. »

Exposition de Marcoville
Exposition « Lumières célestes » de Marcoville dans la chapelle des Jésuites à Cambrai.

« Beaucoup de personnes me disent que mes madones les bouleversent, parfois même qu’elles les rendent joyeuses, certains reconnaissent qu’elles les font pleurer sans savoir pourquoi. C’est un mystère pour eux, mais aussi pour moi », confie-t-il à Aleteia.

La figure de la Vierge Marie a toujours inspiré et inspire toujours les artistes. On pourrait dire qu’ils en sont presque « fous ». Comme Marcoville, Christian Lacroix, le grand couturier arlésien, a voulu présenter une figure de la Madone réinterprétée par une robe de mariée baroque. Issue de sa collection automne/hiver 2009-2010, cette création était l’un des clous de l’exposition du Metropolitan Museum of Art Heavenly Bodies : Fashion and the Catholic imagination. Rien d’étonnant : la plus grande exposition en date, inaugurée en 2018 à l’occasion du MET Gala, a été construite comme un pèlerinage à travers les 25 galeries du musée, explorant l’influence catholique sur l’univers de la mode.

MET "Heavenly Bodies: Fashion and the Catholic Lacroix
La Vierge réinterprétée par Christian Lacroix lors de l’exposition au Metropolitan Museum of Art en 2018.

Quand on regarde la Madone de Lacroix, on comprend que c’est sous le regard bienveillant d’une Vierge, offerte par le brodeur François Lesage, que le créateur à l’habitude de travailler. « Mon élue de toujours est celle que j’ai placée au-dessus de mon lit », confie-t-il au quotidien Le Monde. « Il s’agit d’un collage de gravures du XVIIIe siècle, rebrodées, ornées de tissus anciens, entourées de fleurs, de faveurs et d’oiseaux », décrit-il enthousiaste. Source d’inspiration de bien des costumes de scène dessinés par l’artiste, cette Vierge « indulgente, douce et accueillante » demeure au cœur de sa « très personnelle » quête spirituelle.

La Vierge Marie et « le suspense de dingue »

Il y a quelques années, un autre grand nom de la haute couture, Jean-Charles de Castelbajac, a offert une robe impressionnante à la Vierge noire de la basilique de la Daurade à Toulouse. C’est, certes, une histoire de la mode contemporaine assez surprenante. Pourtant, pendant des siècles, des statues de la Vierge ont possédé une véritable garde-robe, composée de robes majestueuses, scintillantes de pierreries et de perles, offertes autant par les souverains que par les fidèles. Pour Notre-Dame-de-la-Daurade, Jean-Charles de Castelbajac a confectionné une robe « battle-dress », aux motifs qui rappellent la tenue de camouflage « des soldats de la paix dont la Vierge est la protectrice ».

Robe de la Vierge noire de Daurade
Robe haute couture offerte par Jean-Charles de Castelbajac à la Vierge noire de la basilique de la Daurade, à Toulouse.

La partie inférieure de sa création est ornée de paillettes, évoquant les écailles d’un serpent. C’est une reprise de l’iconographie de l’Immaculée Conception, où la Vierge écrase le serpent sous son talon. Pour ce couturier, qui dessine depuis des années des anges sur les murs parisiens et qui a créé les chasubles du pape Jean Paul II pour les JMJ de Paris en 1997, une partie de son inspiration vient de la « verticalité qu’il aime » et de la symbolique de l’art sacré. 

Les artistes pressentent quelque chose, ce suspense « de dingue ». Marie leur permet de sentir et de voir.

Mais au fond, pourquoi la Vierge fascine autant les artistes ? Paradoxalement, c’est souvent avec réticence et balbutiements qu’ils répondent. S’ils savent leurs œuvres destinées à être vues, ils sont pourtant bien en peine quand il s’agit de mettre des mots sur leur création.  Pour Marie-Elizabeth van Rickjevorsel, guide conférencière des musées, beaucoup d’artistes esquivent les questions du pourquoi, pour abonder dans des réponses sur le comment : « Il est parfois plus simple d’évoquer les techniques, les formes, les matières que de se risquer à ouvrir la question du pourquoi. Comme l’évoque dans un de ses ouvrages François Cassingena (moine bénédictin, maître de chœur et émailleur sur cuivre, ndlr) sans doute l’artiste sait un peu comment il fait. Mais il ne sait pas du tout comment cela se fait… Je pense que pour les artistes, il y a quelque chose d’archétypal dans la figure de Marie. Il ne s’agit pas du tout d’une jeune fille jolie avec un bébé dans ses bras. Universelle, maternelle, la Vierge est une femme idéale qui nous donne accès à l’éternité, un être entre la terre et le ciel. Les artistes pressentent quelque chose, ce suspense « de dingue ». Marie leur permet de sentir et de voir », résume Marie-Elizabeth van Rickjevorsel.

 Un être qui rapproche du ciel

Cette expérience des artistes, celle de pressentir quelque chose en s’inspirant de la Vierge Marie, s’éclaire à la lumière de la Lettre aux artistes de Jean Paul II :

« C’est une expérience partagée par tous les artistes que celle de l’écart irrémédiable qui existe entre l’œuvre de leurs mains, quelque réussie qu’elle soit, et la perfection fulgurante de la beauté perçue dans la ferveur du moment créateur : ce qu’ils réussissent à exprimer dans ce qu’ils peignent, ce qu’ils sculptent, ce qu’ils créent, n’est qu’une lueur de la splendeur qui leur a traversé l’esprit pendant quelques instants. »

Il s’agirait alors d’une forme de manifestation divine au cœur du réel, de l’indéfini inscrit dans le défini. « C’est comme si la figure de la Vierge Marie voulait rapprocher l’artiste le plus près du ciel », confie à Aleteia Augustin Frison-Roche, peintre et sculpteur qui expose actuellement à la Galerie Guillaume à Paris. Son immense fresque sur bois installée depuis l’été 2020 dans le transept sud de la cathédrale de Saint-Malo, représente des scènes du livre de l’Apocalypse.

La fresque d'Augustin Frison-Roche à Saint Malo
Fresque du peintre Augustin Frison-Roche installée dans la cathédrale de Saint-Malo.

La Vierge de sa fresque est peinte selon la technique des primitifs flamands du XVe siècle : la couleur définitive est alors obtenue par une superposition de plusieurs couches de peinture transparente. Chacun des glacis ajoute une nuance et de la profondeur. « Cela permet d’obtenir des couleurs intenses sans qu’elles soient pour autant criardes. Pensez aux magnifiques manteaux des vierges flamandes ! », s’exclame le peintre. Et lorsqu’on lui demande de mettre des mots sur son travail, il parle de la beauté qui « quelle qu’elle soit, parle toujours de Dieu. » Pour lui, l’art est par ailleurs un très bon moyen de voir le ciel d’un peu plus près, de susciter ce petit quelque chose, « cette émotion qui sera le début d’un questionnement un peu plus profond. »

La Vierge et l’artiste : l’histoire de l’incarnation

Quant à François Cassingena, il ose le rapprochement entre la Vierge et l’artiste. Il met dans la bouche de l’artiste la question que Marie pose à l’ange. « Avant de se mettre à l’ouvrage, et mesurant soudain la précarité de ses ressources, l’artiste pourra se demander un instant à lui-même : « Comment cela se fera-t-il ? » Et il lui sera répondu, sans qu’il entende rien, sans qu’il sache rien, parfois, de l’annonciation qui lui est faite : « l’Esprit saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. Car les artistes les plus paillards, les poètes les plus maudits sont certainement en état de virginité lorsque, à travers ce qu’ils font du matériau minéral, verbal, sonore qui leur est familier, il se fait quelque chose de l’ordre du cela, je veux dire une sorte d’épiphanie, une espèce d’incarnation. »

Ce parallèle avec le récit de l’Annonciation éclaire ou plutôt contribue à conserver la part d’ombre des artistes puisque, « comme sur la Vierge, écrit Cassingena dans son ouvrage De
l’apparaître à l’envol
(Cerf), sur tout artiste il y a une ombre qui passe. En toute œuvre d’art, il y a une ombre qui demeure ».

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