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Vladimir Poutine : un discours mais pas d’avancée

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Kirill KUDRYAVTSEV / AFP

Vladimir Poutine, lors du défilé militaire du Jour de la victoire, sur la place Rouge, dans le centre de Moscou, le 9 mai 2022.

Jean-Baptiste Noé - publié le 12/05/22

Pour son discours du 9 mai, beaucoup s’attendaient à des annonces majeures de Vladimir Poutine. Rien de tel. Le géopoliticien Jean-Baptiste Noé a lu ce discours sobre et sans concession, où le maître du Kremlin a resitué l’attaque de l’Ukraine dans l’histoire russe et l’a de nouveau justifiée comme une opération défensive.

Aucune annonce marquante dans le discours de Vladimir Poutine pour le défilé célébrant la victoire de 1945 : ni accélération de la guerre, ni mobilisation générale, ni présentation d’une quelconque victoire. Face aux vétérans et à leurs descendants, devant la parade de matériels militaires, avec le Kremlin en toile de fond, Vladimir Poutine est resté dans la commémoration de la fin de la Seconde Guerre mondiale, en dressant un parallèle entre les combattants soviétiques de 1945 et les combattants russes de 2022. L’intérêt de ce discours réside dans l’image que Poutine donne de lui-même et les raisons expliquées pour l’intervention en Ukraine. Il replace cette guerre dans la longue histoire russe, celle d’une défense de la Patrie et de la lutte contre les envahisseurs. 

Pour Vladimir Poutine, « l’opération spéciale » en Ukraine est une guerre préventive et défensive, visant à se protéger d’une attaque jugée imminente des troupes de l’OTAN. Comme auparavant dans l’histoire, la Russie s’est défendue contre Napoléon puis contre Hitler : « La défense de la patrie, lorsque son sort a été en jeu, a toujours été sacrée. Avec un patriotisme véritable, les miliciens de Minine et de Pojarski se sont levés pour la Patrie, sont partis à l’attaque sur le champ de bataille de Borodino, ont combattu contre l’ennemi près de Moscou et Léningrad, de Kiev et Minsk, de Stalingrad et Koursk, de Sébastopol et de Kharkov. » Cette patrie qui pour Poutine passe par le Donbass et la Crimée, là où se concentrent désormais les activités militaires. Le président russe a réaffirmé sa volonté de lutter contre le nazisme, hier en Allemagne, aujourd’hui en Ukraine. Si le parallèle choque les Occidentaux et paraît mensonger, c’est dans cette disposition d’esprit-là que Vladimir Poutine et son entourage situent le combat qu’ils mènent.

La faute de l’OTAN

C’est l’OTAN seule que Vladimir Poutine juge responsable de la guerre. Il l’accuse d’avoir armée l’Ukraine et d’avoir préparé une attaque contre le Donbass. Retournant l’argument de l’agresseur, Poutine se présente comme l’agressé et le défenseur des opprimés : 

« Des préparations étaient en cours ouvertement pour une nouvelle opération punitive dans le Donbass, pour une invasion de nos terres historiques, y compris la Crimée. À Kiev, ils ont annoncé l’acquisition possible d’armes nucléaires. L’OTAN a commencé à développer militairement les territoires qui nous sont adjacents. Ainsi, une menace absolument inacceptable pour nous a émergé, directement à nos frontières. Tout indiquait qu’un affrontement contre les néo-nazis, les bandérites, soutenus par les États-Unis et ses partenaires mineurs, serait inévitable. Je le répète, nous avons vu comment une infrastructure militaire se développait, comment des centaines de conseillers militaires étrangers ont commencé à s’activer, des livraisons régulières des armes les plus modernes de l’OTAN avaient lieu. Le danger grandissait de jour en jour. La Russie a repoussé de façon préventive une agression. C’était une décision forcée, en temps opportun et juste. La décision d’un pays souverain, fort et indépendant. »

Difficile dans ces conditions de négocier avec la Russie si celle-ci est persuadée d’être la victime et si pour elle le camp d’en face est l’agresseur. Poutine semble oublier que si l’Allemagne nazie a pu attaquer la Pologne, c’est parce que son pays avait conclu quelques semaines plus tôt le pacte Molotov-Ribbentrop, et qu’Hitler et Staline s’étaient mis d’accord pour attaquer Varsovie afin de dépecer et se partager le territoire. Pacte qui permettait également à l’URSS d’envahir la Finlande, ce qu’elle fit, avec l’assentiment de l’Allemagne. Certes, l’URSS a fourni un lourd tribut humain à la victoire finale, mais sans l’accord de 1939, la guerre n’eut pas éclaté. Des morts qui par ailleurs sont dus tout autant à la pugnacité de l’Allemagne qu’à l’incompétence des Soviétiques. Entre les purges de 1937 qui ont liquidé les meilleurs officiers de l’Armée rouge, le manque de matériel et de stratégie, la répression orchestrée par le NKVD, les soldats russes ont autant eu à souffrir de leur ennemi extérieur que de l’administration communiste. Mais dans la représentation politique de l’histoire russe tout cela est bien sûr passé sous silence. 

L’unité de la Russie

Poutine a également insisté sur l’unité de son pays, notamment sa cohésion multiethnique : 

« En ce moment sur la place Rouge, se trouvent côte à côte des soldats et officiers de nombreuses régions de notre immense patrie, y compris certains qui sont arrivés directement du Donbass, directement de la zone de combat. Nous nous souvenons comment les ennemis de la Russie ont essayé d’utiliser des bandes de terroristes internationaux contre nous, ont tenté de semer la discorde nationale et religieuse afin de nous affaiblir et de nous diviser de l’intérieur. Rien n’a réussi. […] Aujourd’hui, nos combattants de différentes ethnies sont ensemble dans la bataille, se couvrant de balles et d’éclats d’obus comme des frères. Et c’est la force de la Russie, la grande force indestructible de notre peuple multiethnique uni. »

Le président russe fait ici référence aux guerres de Tchétchénie et aux actes terroristes que le pays subit au cours des années 2000, comme la prise d’otage au théâtre de Moscou et dans une école de Beslan. Des vagues d’attentats qui ont été particulièrement meurtrières et qui ont profondément marquées la population russe. Pays multiethnique, la Russie a jusqu’à présent réussi à tenir cette unité, forgée dans les conflits et les guerres des siècles passés. 

Le « Régiment des Immortels »

La cérémonie s’est conclue par le défilé du « Régiment des Immortels » : défilent côte à côte les derniers vétérans de la « Grande Guerre Patriotique », comme les Russes nomment la Seconde Guerre mondiale, et les descendants de ceux-ci, enfants, petits-enfants et désormais arrière-petit-enfants, portant la photo du portrait de leur ancêtre. Ce sont des milliers de personnes qui participent chaque année à ce défilé, avec cette fois-ci Vladimir Poutine à sa tête. 

Quoi que l’on pense des falsifications de l’histoire, des interprétations erronées, des reprises politiques, de la part de propagande, il est essentiel de comprendre le discours russe, comprendre ne signifiant pas adhérer. Mais entendre et comprendre le discours des belligérants est un préalable indispensable aux négociations et aux solutions de sortie de crise. Après bientôt trois mois de guerre, il est temps, pour les Européens comme pour les Russes, de penser aux portes de sortie de cette guerre civile européenne.

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