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« Déployons la société du bien commun ! »

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Shutterstock I Stefano Garau

Philippe Royer - publié le 07/05/22

Une économie du bien commun est-elle possible ? Oui, répond le chef d’entreprise Philippe Royer, quand chacun "entreprend" sa vie en agissant avec cohérence et liberté. Il donne à Aleteia ses raisons d’espérer.

Ancien président du mouvement Entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC), Philippe Royer a dirigé un groupe coopératif dans le secteur agricole. Il accompagne depuis des dirigeants et leurs équipes en vue de catalyser leur leadership authentique dans la perspective d’une transformation durable de leur entreprise et leur écosystème. Dans son livre S’engager pour le bien commun (Éditions de l’Emmanuel), il analyse les causes du désenchantement actuel de la société, en proposant plusieurs pistes pour devenir acteurs du bien commun. À l’appui de son expérience personnelle et professionnelle, Philippe Royer explique les raisons de son engagement, et pourquoi chacun peut apporter sa contribution à un monde plus juste et plus respectueux de la Création.  

Aleteia : « Notre monde a besoin de changer de paradigme » dites-vous en introduction de votre livre. Comment analysez-vous l’évolution du monde ?
Philippe Royer :
À la chute du mur de Berlin, le modèle d’économie de marché qui a présenté beaucoup de points positifs a basculé au fil des années dans une forme de globalisation ultralibérale. L’enjeu est devenu de produire au moins cher et de concentrer l’industrie dans des pays où le coût de la main-d’œuvre était le plus faible. Depuis les années 2000, se sont enchaînées les crises financières, environnementales, sanitaires, mais aussi une insécurité grandissante liée à la violence, au terrorisme voire à la guerre. La Chine sans faire de bruit déploie ses atouts pour imposer sa puissance économique : elle est devenue un acteur du monde très stratégique. Du communisme, les Chinois ont gardé la gouvernance dictatorielle mais sont devenus les champions du marché. Nous sentons qu’en France nous avons atteint des limites et que notre pays a besoin d’arrêter d’être naïf et doit changer de paradigme. L’Europe qui a pourtant une place importante à occuper a perdu une part de l’âme d’un Schuman soucieux d’être pragmatique pour se centrer sur des sujets stratégiques et géopolitiques créateurs de valeurs. Quand 20 à 30 milliardaires les plus riches détiennent autant de richesse que 50% de la population mondiale la plus pauvre, il est nécessaire de revoir son modèle.

Dans un monde fracturé et divisé est-il encore possible de porter un regard d’espérance ?
Les dernières élections présidentielles sont venues confirmer le manque d’élan. Jamais autant de personnes ont voté blanc ou ont choisi un vote par défaut, soit pour éviter l’élection de la présidente du Rassemblement national soit pour éviter de reconduire le président de la République. C’est la première fois qu’il n’y a pas d’état de grâce, ceux qui avaient appelé à voter pour le président sortant ont dès 20 heures appelé à ne pas lui donner de majorité. Continuer à traiter les effets sans comprendre les causes comme nous le faisons depuis trente ans nous conduit dans une impasse car l’augmentation des fractures sociales, territoriales, scolaires, environnementales devient insupportable. C’est le résultat de plusieurs décennies de politique où les responsables qui se sont succédés ont cru que développement et la somme des individualismes génèrerait implicitement le bien commun. Désormais, nous avons la preuve que cela ne marche pas car nous avons généré des consommateurs insatisfaits, des inégalités, de l’insécurité et de la jalousie.

Il ne faut pas sombrer dans le « tout est foutu » et exercer son devoir d’espérance, passer de spectateur à commentateur intéressé, puis à acteur. Trop souvent nous aimerions que ce soient les autres qui changent.

Un autre modèle est-il possible ? Quelles sont les priorités ?
Amplifié par des mutations technologique, digitale, sociétale et environnementale, nous sommes rentrés dans la décennie de tous les chaos et de toutes les opportunités. Mais il ne faut pas sombrer dans le « tout est foutu » et exercer son devoir d’espérance, passer de spectateur à commentateur intéressé, puis à acteur. Trop souvent nous aimerions que ce soient les autres qui changent. Le monde deviendra meilleur quand chacun aura compris qu’il doit changer et agir là où il est. N’oublions pas que nous avons la responsabilité de préparer un terreau fertile pour les générations à venir. Trois défis doivent être relevés : celui de l’inclusion sociale, celui de l’environnemental mais cela nécessite au préalable de relever le défi entrepreneurial. L’être humain devenu un individualiste consommateur en soif de « toujours plus » doit redevenir une vraie personne humaine qui décide d’agir pour le bien commun. Il faut quitter la peur de perdre pour retrouver la joie de partager. Oui, il est réaliste de bâtir une société du bien commun ou chacun redevient acteur de sa vie pour réconcilier modernité, progrès, inclusion sociale et soin de la planète. 

Comment puis-je y apporter ma contribution ?
Il convient me semble-t-il de s’arrêter et de lever la tête pour s’interroger sur ce qui fait sens dans sa vie, ce que j’aurais aimé avoir fait à la fin de sa vie. Cela ne fait pas mourir mais cela aide à se poser les questions essentielles. À titre personnel, j’ai pu identifier que la part de gratuité de ma vie était beaucoup plus centrale que ce que j’avais imaginé : j’ai reçu gratuitement la vie, l’amour, l’amitié… Prendre du recul, c’est aussi arrêter de chercher à conquérir les biens du monde mais c’est consentir à identifier ses talents, sa vocation professionnelle afin d’exercer au bon endroit, celui où l’on crée de la valeur avec fluidité et naturel, celui où par notre rayonnement nous donnons envie aux autres de nous rejoindre et de nous suivre. Il est souvent nécessaire de s’arrêter de s’épuiser à faire des choses qui n’ont plus de sens afin de déployer son leadership authentique. La meilleure contribution à apporter au monde est celle qui m’amène à valoriser mes talents pour donner du sens, faire grandir les autres et inspirer confiance. 

Je fais mienne l’idée de Martin Luther King qui disait qu’un avenir positif passerait par le fait de réveiller l’indifférence des bons.

Quel avenir peut-on offrir aux générations futures ?
Changer de paradigme nécessitera de sortir de nos égoïsmes et de partager, de prendre soin de la planète. La génération qui arrive à une pleine conscience de l’état de notre pays. Elle est globalement plus solidaire et environnementale que ma génération. Notre responsabilité majeure est de leur préparer un terreau fertile afin que ce soit eux qui écrivent demain, qui sèment les graines nouvelles qui vont fleurir. Pour le réussir, il faut remettre l’essentiel avant l’important. Arrêtons d’être blasés, de râler pour retrouver le sens de l’émerveillement, de la sobriété heureuse, de la gratitude, de la simplicité et de l’équilibre. Appuyons-nous sur notre identité profonde, nos racines chrétiennes et humanistes sans sombrer dans l’identitarisme et la peur de l’autre. En effet, c’est dans une identité assumée et nourrie de l’altérité que nous trouverons les moyens de réconcilier les Français. Déployons cette société du bien commun porteuse d’espérance pour la France, notre beau pays, et pour tous en veillant à ne pas sacrifier les générations futures. Je fais mienne l’idée de Martin Luther King qui disait qu’un avenir positif passerait par le fait de réveiller l’indifférence des bons. 

S’engager pour le bien commun, Un dirigeant partage son espérance, Philippe Royer, Éditions de l’Emmanuel, 2022, 192 pages, 19 euros.

Propos recueillis par Philippe de Saint-Germain

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