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Comment ne pas épuiser les batteries de l’empathie envers l’Ukraine

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solidarite réfugiés ukrainiens

Hans Lucas via AFP

Marzena Devoud - publié le 06/05/22

Alors que la guerre en Ukraine dure depuis plus de deux mois et les nouvelles dramatiques s’enchaînent, certains parmi ceux qui se sont lancés dès les premiers jours du conflit dans un élan de solidarité envers les réfugiés ukrainiens se sentent « à bout ». Comment faire durer l’empathie ? Six pistes à mettre en pratique facilement.

« Avec la tragédie qui se déroule en Ukraine et la détresse de ses populations, mes angoisses et mes états d’âme semblent des réactions déplacées, voire indécentes », reconnaît Agnès, francilienne, 37 ans. Elle avoue même éprouver de la culpabilité, puisque sa vie quotidienne n’a changé en rien pour l’instant. Difficile pourtant de ne pas admettre qu’elle est à bout. Depuis le début de la guerre, cette institutrice dans une école primaire s’est lancée dans l’aide auprès des réfugiés ukrainiens. Elle participe à des collectes de dons et relaie sur les réseaux sociaux des informations concernant l’hébergement ou les démarches administratives des réfugiés. Aujourd’hui, Agnès sent que l’élan de solidarité du début de la guerre commence à s’essouffler : « J’en ai honte, alors que je vois chaque jour le courage des Ukrainiens. Seulement, voilà, je me sens exténuée psychiquement comme si c’était moi qui subissait les bombes des Russes… Je n’en dors pas et je vois que mon empathie s’amenuise », confie-t-elle à Aleteia.

L’empathie peut-elle continuer ?

Si la guerre affecte la santé mentale de ceux qui la subissent directement, en provoquant notamment des troubles comme dépression, crises d’angoisse, stress post-traumatique (cela serait le cas pour 22% d’une population d’un pays en guerre, selon une étude de l’OMS réalisée en 2019), l’empathie pour ses victimes peut déclencher une forte anxiété des habitants des autres pays, qui se traduit ensuite en épuisement psychologique, comme celui dont souffre Agnès.

Alors que les nouvelles dramatiques s’enchaînent, l’empathie envers les victimes de la guerre peut-elle continuer ? Ou va-t-on revenir au quotidien « d’avant » et que tout s’effacera progressivement ? Interrogé sur France Inter, Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et auteur de nombreux ouvrages, affirme que rien ne s’effacera : « Cet épisode laissera des traces. Chez les Ukrainiens d’abord. Mais chez nous, ça laissera des traces heureuses si on les aide. Et ça laissera des traces honteuses si on ne les aide pas », estime-t-il. Alors, ajoute-t-il, « on essayera de s’arranger, sans pouvoir oublier. Dans ce genre de déni, on en prend conscience, mais on se dit : allez, on passe à autre chose, c’est fini tout ça ! En réalité, non, ce n’est pas fini ! »

Mais comment rester suffisamment fort pour faire durer l’empathie, sans risquer l’épuisement émotionnel et psychologique ? Comment, malgré les circonstances dramatiques, s’accorder des petites joies de vie sans avoir de remords ? Enfin, où chercher des ressources nécessaires pour rester en bonne santé mentale et pouvoir soutenir de façon efficace les personnes touchées directement par la tragédie de la guerre ? Voici quelques pistes simples à mettre en route :

1Limiter le flux constant des actualités

Avoir les notifications en permanence de tous les médias peut être très nocif. En s’inquiétant toute la journée, on ne va pas changer réellement les choses, ni renforcer notre empathie. Au contraire : on perd de vue le sens de l’action. Bien sûr, il est important de s’informer, mais avec bon sens et modération.

2Éviter de lire des messages purement négatifs

Un message purement négatif peut, à long terme, conduire à la panique et ensuite à une sorte de réaction de défense qui se traduira par une forme d’indifférence. Il est donc essentiel d’être concentré sur des messages constructifs, notamment sur les réseaux sociaux. Ils permettront de renforcer le sentiment de sécurité intérieure. C’est la condition de continuer à être dans l’action concrète et positive, et d’être heureux de pouvoir améliorer la vie de ceux qui souffrent. Partager sur les réseaux des belles histoires qui sont des étincelles d’espoir face au drame de la guerre, peut être très bénéfique.

3Manifester sa solidarité de façon symbolique

Il existe de nombreuses formes de soutien : organiser des manifestations, signer des pétitions, mais aussi mettre des drapeaux ukrainiens sur les réseaux sociaux. Pour Christophe André, le célèbre psychiatre, auteur de Consolations publié récemment, toutes ces actions pourraient sembler « complètement dérisoires par rapport à la situation » : Poutine est toujours là avec son armée, le conflit va durer et s’aggraver encore plus… Dans une interview accordée à Aleteia, il poursuit : « pourtant, on a tous l’intuition que pour les Ukrainiens, tous nos signes de soutien sont des signes de consolation. Ils voient qu’on ne les abandonne pas. Même si on ne peut pas empêcher l’adversité, cet élan d’empathie symbolique et de soutien consolateur peut transformer l’espérance des Ukrainiens en confiance et en force. »

4Se donner le droit de vivre des petites joies

Il est également essentiel d’essayer de trouver une formule pour vivre autrement notre vie quotidienne. Il ne s’agit pas de faire semblant que rien ne se passe, et encore moins d’être indifférent, mais de se donner à soi-même et aux autres le droit de vivre ses propres inquiétudes ou ses petites joies, malgré les circonstances dramatiques et sans avoir de remords à cause de ça. Se donner le droit de vivre pleinement des petites joies, comme prendre un verre avec des amis… ou même des grandes joies, comme célébrer le mariage de cousins ou le baptême d’un neveu, aide à apprécier la chance de vivre ces bonheurs en toute liberté et par conséquent à se (re)mobiliser pour rester dans l’empathie envers ceux qui se battent pour la liberté.

5Se ressourcer

Dans la solidarité, et face à une guerre qui va certainement durer, il ne s’agit pas d’un marathon mais d’une course de fond. Selon sœur Malgorzata, la mère Teresa polonaise interrogée par Aleteia qui accueille de nombreux réfugiés ukrainiens, pour tenir, il faut savoir s’accorder des instants de repos, de véritables moments de lâcher-prise. La clé est de « prendre soin de son bien-être : dormir, manger, se promener dans la fôret et ensuite passer à l’action. Cela peut paraître égoïste, mais pour rester dans l’empathie, il est essentiel de garder le calme intérieur », conseille-t-elle.

6Prier pour la paix

Prier pour la paix, pour que l’amour du Christ habite le cœur des hommes, et pour que les divisions soient surmontées, est essentiel. Cela ne signifie pas demander à Dieu d’arrêter la guerre « d’un coup de baguette magique », mais bien de lui demander de changer nos cœurs et de donner à chacune des personnes impliquées dans ce conflit, la force d’amorcer des gestes de paix. Prier pour la paix, c’est se rapprocher du Christ, « Prince de la paix » qui a été jusqu’à donner sa vie afin de prouver que l’amour et la paix l’emportent toujours sur la haine et la violence. « La prière pour la paix est la clé. Essayer de vivre avec le Christ avec cette conscience que c’est Lui qui nous envoie et que notre travail est juste d’être prêt à servir, est un moteur intérieur extraordinaire pour rester toujours dans l’empathie »,
conclut encore sœur Malgorzata.

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