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Jésus aime nous prendre à l’écart

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Brooklyn Museum

Apparition du Christ sur les bords du lac de Tibériade, aquarelle de James Tissot, Brooklyn Museum.

Mickaël Le Nezet - publié le 30/04/22

Curé de la paroisse de Rochefort, le père Mickaël Le Nézet commente l’évangile du 3e dimanche de Pâques (Jn 21, 1-19). Comme avec Pierre, Jésus aime nous prendre à l’écart pour nous faire sentir cet amour de préférence qu’il nous porte, au cœur même de ce que nous sommes.

Il lui dit : « Suis-moi ». C’est la parole que Jésus adresse à l’apôtre Pierre dans la finale de l’évangile de ce troisième dimanche de Pâques. Il y avait eu déjà dans la vie de Pierre un premier appel à suivre Jésus. C’est André qui avait présenté Pierre à Jésus. Et en répondant positivement à cet appel, la vie de Pierre avait déjà été transformée. Pierre durant trois ans va marcher au côté de Jésus, écouter son enseignement, se laisser toucher par ce que Jésus laisse voir de l’amour de son Père pour tous les hommes. Jésus va prendre une grande place dans sa vie.

Jusqu’à ce jour où Pierre, la peur au ventre de ce qui pourrait lui arriver, renie son ami et après sa mort, retourne à son premier métier de marin pêcheur. On a l’impression que Pierre et les apôtres sont revenus à la case départ. De fait, par confort ou par peur devant le mystère insondable qu’ils ont vécu, ils sont retournés à leur vie d’avant. La Résurrection n’a pas encore pénétré leur vie. 

Il me semble que cette histoire de Pierre ressemble beaucoup à la nôtre. Nous aussi, nous avons un jour rencontré le Christ Jésus. Notre éducation chrétienne, l’enseignement catéchétique reçu, tout cela nous a fait découvrir quelque chose de Jésus et quelque chose de Dieu, Père de toute bonté pour tous les hommes. Et sans doute cette découverte a permis à notre vie de s’épanouir, de trouver quelques repères, quelques valeurs pour bien vivre, pour mieux vivre avec les autres. Mais les années passant l’élan des premiers temps s’est peut-être un peu essoufflé, le rythme de la vie nous a rattrapés nous contentant alors du minimum requis pour nous dire encore chrétien. Les épreuves nous ont peut-être aussi éloignés du Christ, fait douter de lui et de sa capacité à nous sauver. Combien d’hommes et de femmes en effet, après une première rencontre avec le Christ, se laissent reprendre par leurs habitudes plutôt que d’aller plus loin dans la découverte du mystère ? Combien de fois, comme les disciples, revenons-nous vers nos habitudes de vie ?

Jésus plein de miséricorde veut reconquérir le cœur de Pierre et le mène pour cela à l’écart. Si le Ressuscité passe du temps avec Pierre, le prenant à part après le déjeuner improvisé, c’est d’abord pour reconquérir son cœur et le soigner de ses blessures. Pierre n’oublie pas en effet cette nuit où il a renié son maître. Il a pris conscience de ses faiblesses, de son infidélité, de ses pauvretés. Il en a même pleuré ! Il a eu honte d’avoir été si faible, si lâche. Et même vis-à-vis de ses compagnons, lui qui en était un peu le porte-parole. Jésus veut le soigner de ses blessures en l’invitant à s’aimer dans ce qu’il est, à accepter cette humanité complexe qu’est la sienne. Lui, Jésus, ne le condamne pas, ne le juge pas, ne l’exclut pas. Jésus continue de l’aimer, de croire en lui puisqu’il lui confie la mission de conduire son Église.

Nous avons nous aussi besoin souvent de réentendre l’amour que Jésus nous porte, sa confiance, son espérance, sa foi en nous qui souvent sommes rattrapés par nos blessures, nos failles, nos doutes sur nous-mêmes et sur les autres.

Bernanos écrivait : « Il est plus facile que l’on croit de se haïr. La grâce est de s’oublier. Mais si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces serait de s’aimer humblement soi-même, comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus-Christ. » Résonne ici pour moi ce passage dans le livre d’Osée : « C’est pourquoi je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur. » Tel est le désir de Jésus pour nous tous encore aujourd’hui. Nous avons nous aussi besoin de laisser le Seigneur reconquérir notre cœur et le soigner de ses blessures. Nous avons nous aussi besoin souvent de réentendre l’amour que Jésus nous porte, sa confiance, son espérance, sa foi en nous qui souvent sommes rattrapés par nos blessures, nos failles, nos doutes sur nous-mêmes et sur les autres. Nous avons besoin de nous laisser conduire à l’écart pour sentir cet amour de préférence que Jésus nous porte, au cœur même de ce que nous sommes. C’est l’amour fou de Dieu qui se laisse encore voir aujourd’hui dans cette page d’Évangile. Jésus ne recule devant rien, il ne renoncera jamais. Et c’est ainsi qu’à la suite de Pierre nous pouvons dire: « Je sais tout, je sais que tu m’aimes Seigneur. »

Une guérison du cœur

Jésus a conduit à Pierre à l’écart mais pour lui confier la charge de guider le troupeau en connaissance de cause. C’est une guérison du cœur de Pierre pour une mission qui consistera à étendre la miséricorde sur tous les peuples. La « blessure d’amour » de Pierre lui permettra avec humilité de témoigner de cette miséricorde de Dieu qui ne se lasse jamais de revenir vers l’homme pour le sauver. Le psalmiste a raison de chanter ainsi : « Fêtez le Seigneur, vous ses fidèles, rendez-grâce en rappelant son nom très saint. Sa colère ne dure qu’un instant, sa bonté toute la vie. Que mon cœur ne se taise pas, qu’il soit en fête pour toi et que sans fin Seigneur mon Dieu je te rende grâce » (Ps 29). Que la miséricorde reçue devienne pour nous aussi un souffle missionnaire.

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