Le grand comédien Michel Bouquet est mort le 13 avril à l’âge de 96 ans. L’écrivain Henri Quantin rend hommage à ce « mystique de la scène », pour qui le théâtre était une école de vérité. Son secret : apprendre et s’effacer.
Recevant son prix Nobel de littérature en 1960, le poète Saint-John Perse fit tout de suite une mise au point. Plus que lui-même, c’était l’art dont il maintenait la tradition vivante qui devait être honoré : « J’ai accepté pour la poésie l’hommage qui lui est ici rendu, et que j’ai hâte de lui restituer. » Remplacez la poésie par le théâtre et vous avez sans doute le résumé des soixante-quinze ans de scène de Michel Bouquet. Devant les grands auteurs, devant les personnages inépuisables qu’ils avaient inventés, l’essentiel tenait pour Bouquet en deux mots : apprendre et s’effacer.
Apprendre à s’effacer, aussi. Michel Bouquet ne visa jamais rien d’autre et il savait que cet effacement est un très long travail, qui ne supporte aucun relâchement. Sans doute appliquait-il aux textes les conseils du laboureur à ses enfants, dans sa fable de La Fontaine préférée : « Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place/ Où la main ne passe et repasse. » Aussi se voyait-il avant tout comme un artisan, un besogneux, depuis le jour où il était entré au Conservatoire national supérieur d’art dramatique juste derrière Gérard Philipe, dont il admirait l’étonnante facilité pour « coller à toutes les circonstances ».












