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La vie est-elle tragique ?

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Photo by Dimitar DILKOFF / AFP

Vincent Morch - publié le 09/04/22

Le visage de la guerre ouvre nos yeux sur le tragique de l’existence. La mort est-elle une fatalité ? Pour le chrétien, rappelle le philosophe Vincent Morch, le destin de l’homme libre est de la Vie à la Vie.

Femmes et enfants fuyant en hâte les combats. Civils tapis dans des abris souterrains. Immeubles éventrés. Carcasses de tanks calcinées. Cadavres gisants dans les rues. France, 1940 ? Ukraine, 2022. Nous pensions qu’avec la fin de la Deuxième Guerre mondiale, ce genre de scène ne se reproduirait plus en Europe. Nous pensions que nous avions compris, que nous avions changé. C’était une erreur. Ce n’est pas que l’Histoire récente, alentour de nous, ait été exempte de conflits sanglants, y compris sur le sol européen, mais nous étions persuadés que, par on ne sait quelle magie, notre petit bout de continent s’était arraché à l’immémoriale condition humaine pétrie de tragédies. Le fil de l’Histoire n’a pas été coupé. Nous restons solidaires de ces générations endeuillées.

Tout est-il joué d’avance ?

Mais soyons plus précis. Car écrire que la condition humaine est tragique ne revient pas simplement à écrire que la vie n’est pas toute pavée de roses. Si l’on se réfère à ses origines grecques, cela suggère que notre existence se déroule sous le joug d’une fatalité qui, quelles que soient nos décisions, nous mène à un terme désigné à l’avance. Ainsi, c’est précisément en voulant fuir le destin qui devait le mener à tuer son père et à épouser sa mère qu’Œdipe l’accomplit. Bien sûr, nous ne croyons plus, comme le faisaient les Grecs anciens, qu’une entité supérieure nous attribue à la naissance notre lot de coups de chance et de revers de fortune, de bonheur et de malheur, mais notre culture moderne y a substitué toute une série de déterminismes — génétiques, culturels ou sociaux — qui, corsetant nos existences de toutes parts, peuvent nous donner l’impression que « tout est joué d’avance ». Il n’est pas jusqu’à la croyance pourtant optimiste en l’existence du Progrès qui ne puisse aboutir au sentiment que l’Histoire au final s’accomplit sans nous, que nous n’en sommes en réalité que les rouages sans âme. Et quand bien même nous récuserions ces formes modernes de fatalité, nous nous heurterions à cette inéluctable évidence : quoi que nous fassions de nos existences, tôt ou tard notre cœur cessera de battre.

Au commencement, il n’en était pas ainsi

Or, c’est précisément sur ce point fondamental que la tradition biblique porte une critique radicale : la mort n’est pas le destin de l’humanité parce qu’à l’origine elle n’était pas mortelle. Ce n’est qu’après qu’Adam et Ève eurent mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal que la mort fit irruption dans le monde – une irruption que Dieu n’avait pas voulue et contre laquelle, par la suite, il ne cessa d’agir, en faisant Alliance avec Abraham, en offrant la Loi à Moïse, en dispensant des Paroles de vie par ses prophètes. En prenant chair de la Vierge Marie puis en se livrant au supplice de la croix, il accomplit cette œuvre de rédemption en détruisant la mort de l’intérieur : sa résurrection restaurait l’état premier de l’humanité, rouvrait la possibilité de vivre d’une vie qui n’avait pas de fin, en dépit de toutes les tribulations de notre condition.

Tant que le livre du temps demeurera ouvert, l’humanité connaîtra des drames et des deuils.

Tant que le livre du temps demeurera ouvert, l’humanité connaîtra des drames et des deuils. Néanmoins la condition humaine ne demeurera tragique stricto sensu qu’aux yeux de ceux pour qui la réalité s’organise autour d’une forme de nécessité impersonnelle, quel que soit le nom qu’on lui donne, cosmique ou historique. Pour ceux, en revanche, qui croient en Jésus Christ, tout ne part pas de la mort pour aboutir à la mort, mais tout part de la Vie pour aboutir à la Vie — même s’il faut encore, pour un temps indéterminé, continuer de passer par la mort. La mort, dans cette perspective, n’est plus ni l’origine ni la fin, mais un terme intermédiaire qui est destiné à s’effacer. Ainsi la mort se trouve-t-elle comme prise à son propre piège, comme frappée du sceau d’un destin qui la condamne à l’anéantissement.

Au bout de la liberté, la vie

Le grand dessein de Dieu est la mort de la mort — non pas à la manière de Google, par l’utopie de la domination technologique de l’esprit, mais par la confiance aimante en ce « premier de cordée » qui l’a passée victorieux. Cette possibilité n’est pas renvoyée à un futur lointain mais s’offre dès maintenant à nous. Et si la mort, d’ores et déjà, est vaincue, qu’est-ce qui peut nous faire peur ? Une liberté immense s’offre à nous. Nous sommes libres, vraiment libres. Aucune force, aucune nécessité, de quelque nature soit-elle, n’est plus en mesure de nous contraindre à subir un destin. Au bout de ce chemin de vraie liberté se trouve le triomphe de la Vie — triomphe acquis d’avance mais pourtant infiniment respectueux de notre conscience et de nos choix. Ainsi, in fine, le chrétien se révèle moins homme tragique que témoin de cette Providence mystérieuse dont l’horizon est un Bien dont nous sommes d’authentiques acteurs et non pas des jouets mécaniques. À nous de saisir cette chance. 

La Force de dire non, petite spiritualité de la résistance, Vincent Morch, Salvator, 2021, 144 pages, 15 €
Tags:
guerrehumanitélibertésensUkraine
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