L’imminence de la catastrophe annoncée est un classique des campagnes électorales. Le chrétien sait qu’une élection, même présidentielle, n’est pas un absolu, rappelle l’écrivain Henri Quantin, et que nul n’est maître du temps.
"C’est le dernier mandat pour le climat", dit l’un. "Nous sommes à un tournant de notre histoire", dit l’autre. "L’heure est venue de la grande bifurcation", assure un troisième, tandis qu’un quatrième nous affirme que notre avenir est entre nos mains. La suite des événements nous dira peut-être si les discours aux accents apocalyptiques des candidats à l’élection présidentielle étaient gesticulations politiciennes sans fondements ou mises en garde ignorées par inconscience, "jeu sur les peurs" ou courage de la lucidité. Les candidats sont-ils plus proches de Philippulus le prophète dans un cauchemar de Tintin, de Cassandre face à l’imminence du meurtre d’Agamemnon ou de Jonas voulant sauver Ninive de la destruction ? Les plus désabusés penseront peut-être seulement à des publicitaires vantant la dernière station d’essence avant la panne.
Nombreux sont en tout cas ceux qui laissent entendre que cette élection pourrait être la dernière avant la fin : avant la fin de la France menacée dans son identité pour les uns, avant la fin de la planète détruite et souillée pour les autres, avant la fin de la démocratie en danger pour les troisièmes. On peut bien sûr s’amuser de cette rhétorique. On peut même tenter à son tour de forger un slogan : avant la fin du monde, pensez aux faims du monde. Faim de pain, faim de justice, faim de paroles de Vie. Il est aussi tentant de penser au nombre de fois où l’adjectif "dernier" est employé à tort. On se souvient que la Première Guerre mondiale fut surnommée "la der des der", pour signaler qu’elle allait nécessairement servir de leçon. Mauriac dressa cinquante plus tard l’amer bilan de cette "dernière" guerre de l’Histoire des hommes : "Les garçons nés en 1918 ont eu juste le temps de devenir des soldats." Au plan individuel, les "dernières fois" ne valent guère mieux. Même quand "c’est promis", le dernier verre ou le dernier épisode de la série est souvent suivi de quelques autres.




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