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En Afrique, Grégoire Ahongbonon brise les chaînes de la maladie mentale

Originaire du Bénin, Grégoire Ahongbonon, 70 ans, sillonne l’Afrique de l’Ouest depuis maintenant une trentaine d’années afin de venir en aide aux "oubliés des oubliés", les personnes atteintes de maladies mentales. Rencontre.

6 min de lecture

Source: EL / ALETEIA

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Sourire généreux, visage profond et démarche paisible, Grégoire Ahongbonon porte sur ce qui l’entoure un regard doux et curieux. Un regard qu’il a appris à ralentir, à tempérer et qu’il pousse sans cesse à voir au-delà des simples apparences. Ce béninois de 70 ans pourrait passer inaperçu avec son gilet aux multiples poches et ses lunettes rectangulaires. Pourtant, il fait partie de ces personnes qui œuvrent, jour après jour, à construire un monde meilleur, plus juste et plus fraternel. En un mot, "à bâtir ici et maintenant le Royaume de Dieu", explique-t-il avec toute l’humilité qui le caractérise. Depuis une trentaine d’années, Grégoire Ahongbonon parcourt l’Afrique de l’ouest afin de venir en aide aux personnes souffrant de troubles et maladies mentales.

Quand on plonge ses yeux dans les siens, on pourrait presque y voir les visages de ces 2.000 personnes, ces "oubliés des oubliés", qu’il est allé chercher avec son association Saint-Camille-de-Lellis fondée en 1994 afin de les accueillir dans ses centres fondés au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Burkina et au Togo. On y verrait le visage de Janvier, un jeune homme qui a passé sept ans attaché, enchaîné par ses parents avant d’être libéré par Grégoire Ahongbonon et des membres de l’association. On y verrait aussi le visage d’un autre jeune homme qu’il a découvert la veille du dimanche des Rameaux, en 1994. Une femme était allée le chercher ayant entendu qu’il s’occupait des malades mentaux afin qu’il vienne en aide à son frère. Mais alors qu’il pénètre dans la maison, il découvre dans la pénombre un homme enchaîné au niveau des bras et des jambes à même le sol sur une terre humide. Quand il se remémore ce souvenir, le regard de Grégoire Ahongbonon se voile. Sans haine mais avec une profonde tristesse. "Sa chair grouillait d’asticots", se remémore-t-il. Libéré puis soigné, il décède quelques jours plus tard. "Mais il est mort dignement, debout et non enchaîné", reprend-t-il.