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Ukraine : les gréco-catholiques, une Église des Catacombes

UKRAINE

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Denis Lensel - publié le 21/03/22

Chef spirituel de l’Église gréco-catholique d’Ukraine, le métropolite Sviatoslav Chevtchouk s’est associé à la protestation unanime des Églises chrétiennes de ce pays, catholiques et orthodoxes, contre l’offensive russe. Véritable Église des Catacombes.

Le jeune archevêque Sviatoslav Chevtchouk s’abrite au sous-sol de sa cathédrale à Kiev où il héberge plusieurs familles des bombardements. « Chaque religieux doit garder son église ouverte en Ukraine, même pendant la guerre en cours, pour accueillir toute personne dans le besoin », a-t-il déclaré dès le début de l’offensive russe. Mgr Chevtchouk rappelle que ses bâtiments « étaient déjà devenus des hôpitaux de campagne » lors de la révolution de 2014… Son Église essaie d’organiser une aide humanitaire surtout autour de Lviv, berceau historique des gréco-catholiques, appelés aussi uniates (unis à Rome), 2000 kilomètres plus à l’Ouest : des paroisses y accueillent les nombreux réfugiés du reste du pays avant leur passage en pays voisin.

Interdite par Staline dès la soviétisation de l’Ukraine occidentale en 1946, l’Église gréco-catholique a traversé une période de clandestinité jusqu’à la chute du communisme en 1990-91… Sur 4 millions de fidèles, le KGB en a déporté 750.000 en Sibérie et en Asie centrale. Dans l’Ukraine d’aujourd’hui, sous la menace de la récente offensive militaire de Poutine, l’Église gréco-catholique représente environ 5 millions de fidèles, surtout regroupés dans trois diocèses de l’Ouest du pays, la Galicie, à Lviv, Ivano-Frankivsk et Ternopil, ou à l’Ouest des Carpathes, près de la Slovaquie et de la Hongrie. À Lviv, ville d’un million d’habitants, les gréco-catholiques ont rouvert en 2002 l’Université catholique d’Ukraine créée en 1929. Elle accueille aujourd’hui 1200 étudiants dans une Faculté de théologie et de philosophie et dans une Faculté de sciences humaines.

Après le faux « synode » de Lviv

En septembre 1939, lors du partage de la Pologne entre Hitler et Staline, puis en 1944, Moscou envahit l’Ouest de l’Ukraine. En mars 1945, une directive secrète ordonne la « séparation de l’Église gréco-catholique en URSS d’avec le Vatican et sa future intégration à l’Église orthodoxe russe ». Un faux synode est organisé à Lviv en mars 1946 par la police soviétique, pour une « réunification » forcée des gréco-catholiques avec les orthodoxes, eux-mêmes noyautés. Ce « synode » truqué « a décidé de liquider l’Union de Brest de 1596 et de rompre avec Rome »… 

Le métropolite de Lviv Yosyf Slipyi et les évêques sont arrêtés une nuit d’avril 1945. Le régime stalinien les condamne, ainsi que de nombreux membres du clergé gréco-catholique, à des peines de 4 à 25 ans de Goulag pour « trahison et menées antisoviétiques ». À partir de 1946, des familles de prêtres et des laïcs sont déportés en Sibérie ou au Kazakhstan. L’un d’eux, Vasyl Sitchko, totalisera avec ses parents et son frère jusqu’à 60 ans de Goulag. En 1947, un évêque de 36 ans, Teodor Romja, victime d’un attentat, est achevé sur son lit d’hôpital. Consacré secrètement par lui évêque en 1945, Oleksandr Khira est arrêté en 1949 et condamné à 25 ans de Goulag. Le métropolite Slipyi ordonne des prêtres en cachette dans son « camp pour les croyants », avant son départ en exil à Rome en 1963.

Une Église des Catacombes

Cependant, l’Église gréco-catholique a survécu, avec des messes dites sur des petits autels cachés derrière des doubles cloisons, dans des maisons particulières, des entrepôts ou des cimetières, et des séminaires clandestins. Les prêtres exercent les métiers les plus variés pour survivre : l’un a été caissier, comptable, terrassier, chauffagiste, puis fumeur de poissons… Un Groupe d’initiative pour la défense des droits des croyants est créé en 1982 avec le soutien de Mgr Slipyj. Après la manifestation de six évêques venus à Moscou sur la Place Rouge en juin 1989, 100.000 personnes défilent à Lviv le 17 septembre pour la légalisation de l’Église gréco-catholique. Un droit obtenu après la rencontre entre Jean-Paul II et Gorbatchev le 1er décembre à Rome. En 1990, les gréco-catholiques récupèrent la cathédrale Saint-Georges de Lviv, puis de nombreuses églises confisquées en 1946.

En 2001, Jean-Paul II se rend à Kiev pour une rencontre avec les orthodoxes ignorée par le Patriarcat de Moscou mais saluée par d’autres, puis à Lviv, pour un hommage aux gréco-catholiques, « exemple de fidélité à l’Évangile » en cette « terre d’Ukraine, irriguée par le sang des martyrs ». C’était l’heure d’une lente reconstruction. Mais après la Révolution orange de 2004 et celle du « Maïdan » de 2014, de nouvelles épreuves sont venues…

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CatholiqueÉgliseUkraine
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