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Séparation, divorce : comment accompagner les enfants ?

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siro46 | Shutterstock

Claire de Campeau - publié le 17/03/22

Face à un divorce ou une séparation, qu’en est-il du soutien psychologique accordé aux enfants du couple ? Comment les soutenir le plus justement possible ? Nathalie de la Rochefoucauld, psychologue clinicienne et psychothérapeute, fournit à Aleteia des éléments de réponse.

Les contextes de séparations conjugales étant multiples et par définition très hétérogènes, donner des conseils s’avère périlleux. Dans ce type de situation, le travail psychologique s’effectue au cas par cas en prenant très largement en compte le contexte familial. Quelques pistes de soutien peuvent malgré tout être expérimentées.

1Accueillir l’émotion de l’enfant

« Dans l’idéal, si cela est possible, il est bon que les deux parents annoncent ensemble leur séparation à l’enfant, aux enfants, puis que l’enfant puisse avoir un temps avec chacun des parents », explique Nathalie de la Rochefoucauld. « Il s’agit d’accueillir toutes les questions et les émotions spontanées de l’enfant à ce moment-là. Laisser l’enfant réagir très spontanément, accueillir la colère quand elle s’exprime, l’autoriser, la valider. » Si elle peut être difficile à recevoir pour les parents, elle ne doit pas être niée ou tue. Le socle même de la vie de l’enfant se brise. La psychologue insiste sur le fait que « cette indignation et cette colère de l’enfant sont parfaitement compréhensibles et normales. La tristesse, la peur sont des émotions qui peuvent également l’envahir, selon son âge, son tempérament, son vécu de la situation. Si l’enfant croit identifier, à tort ou à raison, des raisons à cette séparation il est important de le laisser dire, ne pas se justifier trop vite, le laisser s’exprimer. »

2Déculpabiliser l’enfant

Il est important de déculpabiliser l’enfant : « Cela n’est pas de ta faute. Tu n’aurais rien pu faire ». L’enfant, jusqu’à six, sept ans, a un fonctionnement égocentré. Il se perçoit comme l’origine et la fin de tout. Tout est « grâce » ou « à cause » de lui, souligne la psychologue. Lors d’un divorce, il va donc se demander : « Qu’est-ce que j’ai fait pour que cela arrive ? » ou encore « Qu’est-ce que j’aurais pu faire pour éviter cela ? » ou bien « Qu’est-ce que je n’ai pas fait ? ».

La fillette s’était imaginée que son père était parti parce qu’elle n’avait pas mis assez souvent de jolies robes. 

Ainsi une petite fille, dont le père était parti de façon soudaine et irréversible, s’est exprimée en séance. La fillette s’était imaginée que son père était parti parce qu’elle n’avait pas mis assez souvent de jolies robes. Cette explication hypothétique, personne n’aurait pu la deviner si on n’avait pas demandé à la fillette ce qu’elle pensait de la situation. Par cet exemple, Nathalie de la Rochefoucauld nous rappelle l’importance de faire parler l’enfant, dans un climat confiant et calme, pour accueillir son ressenti.

En s’imaginant mille raisons, l’enfant se protège contre une impuissance insupportable. Il est plus aisé de donner des raisons aux événements. De là résulte l’importance de rejoindre l’enfant dans la souffrance de son impuissance. Lui dire des paroles réconfortantes : « C’est terrible pour toi de ne pas avoir pu l’empêcher, je te comprends ».  Il s’agit de trouver des mots qui rejoignent ce sentiment d’impuissance pour que l’enfant ne se retrouve plus tout seul avec. On accompagne l’enfant vers cette impuissance en lui faisant comprendre que ce n’était pas de sa faute, qu’il ne pouvait rien faire et que c’est normal que ce soit très douloureux. 

3Rassurer l’enfant

« L’enfant, lors d’un divorce, se sent très souvent personnellement trahi : je faisais confiance, je ne peux plus faire confiance ». Le besoin d’un père et d’une mère est un besoin fondamental intrinsèque à l’humain, rappelle Nathalie de la Rochefoucauld. Quand le fond de leur cellule se brise, la douleur est extrêmement violente pour un enfant même si elle est souvent sous-estimée. Il s’imagine que l’amour, à l’origine de sa conception, est en train de s’arrêter.

“Tu es le fruit d’un acte d’amour”

« Quand la situation le permet, je leur fais prendre conscience de l’amour qui était là quand ils ont été conçus. Cette sorte d’amour là, ce choix mutuel de concevoir un enfant, cet acte d’amour, rien ne peut effacer cela de leur histoire, quoiqu’il se passe aujourd’hui et demain. La plupart du temps, cela soulage l’enfant. Je leur dis d’ailleurs qu’ils sont la preuve vivante de cet amour. »  

4« Plus on dit la vérité, mieux c’est »

Faut-il tout expliquer aux enfants en cas de divorce? La question reste délicate. Les enfants sentent tout : « La vérité émotionnelle des deux parents, il y ont accès. Ils sentent. Nommer au plus près ce qu’ils ont ressenti leur permet de se construire. Les non-dits, le flou, peuvent être sources de conflit interne, d’angoisse. Toute vérité n’est pas bonne à dire mais plus on dit la vérité, mieux c’est quand même », souligne la spécialiste. Dire la vérité à un enfant lui permet de faire le pont entre ce qu’il a perçu et ce qu’on lui a dit. « On doit répondre aux questions des enfants, s’il pose une question, c’est qu’il a besoin d’une réponse et qu’il est aussi capable d’entendre la réponse. Il ne faut pas l’ignorer. »

5Veiller à la sécurité du lien d’attachement

Un enfant a fondamentalement besoin de savoir qu’on l’aimera toujours et quoiqu’il arrive. Nathalie de la Rochefoucauld insiste sur l’importance de rassurer l’enfant, qu’il ne puisse pas en douter, au moins avec un des deux parents : « Il arrive qu’un des deux parents n’aille pas bien et soit trop abîmé pour être entièrement apte à la parentalité. Dans ces cas là on peut expliquer à l’enfant que ce n’est pas de sa faute et que simplement le parent en question a peut-être eu trop de bobos dans son cœur quand il était enfant et que c’est difficile pour lui de toujours répondre présent mais que dans tous les cas ce n’est pas de la faute de l’enfant. » L’essentiel est de rappeler à l’enfant que tout sera fait pour qu’il soit bien protégé et qu’il reçoive tout ce dont il a besoin pour continuer à bien grandir tranquillement. « Si un seul des deux parents peut assurer ce rôle, on le valorise pour le mieux et on rassure l’enfant : Ce n’est pas de ta faute. Ce n’est jamais de la faute de l’enfant. »

6Entrer dans la réalité de l’enfant

Une fillette d’une dizaine d’années vient d’apprendre que ses parents se séparaient et que sa mère s’installait avec quelqu’un d’autre : « On imagine l’état de colère de cette petite fille. Les parents ont offert à cette enfant une heure entière à son écoute et pendant une heure elle a pu dire à quel point elle en voulait à sa mère. C’est tout. Cette maman a été en mesure de l’entendre, de le valider, de lui dire qu’il entendait et comprenait sa colère. Elle lui a même demandé pardon de cette situation parce qu’elle se rendait compte que pour elle, c’était extrêmement douloureux. » Cette prise en compte de l’enfant, de sa souffrance et de la réalité du bouleversement qu’il vit à cause de ses parents est fondamentale et peut être attendue des années.

Une heure d’écoute attentive et d’accueil de ses émotions peut permettre de libérer beaucoup de nœuds.

Si on souhaite accompagner au mieux des enfants vivant ce tsunami familial, une heure d’écoute attentive et d’accueil de ses émotions peut permettre de libérer beaucoup de nœuds, même si on ne peut les dénouer. Il s’agit d’accueillir l’émotion, même si le problème n’a pas forcément de solution : « On n’a pas d’autres solutions, on ne peut faire autrement mais en attendant on peut reconnaître que c’est dur pour un jeune de devoir changer de maison toutes les semaines. On ne va rien pouvoir changer mais il a droit d’être entendu et d’être compris, pris en compte. »

7Nommer ses propres émotions

Qu’en est-il des émotions des parents? Faut-il les exprimer devant l’enfant ou est-il préférable de les dissimuler au maximum pour le rassurer et ne rien lui transmettre ? Nathalie de la Rochefoucauld rappelle que l’enfant sent, sait les émotions du parent, même inconsciemment : « Un papa ou une maman triste croit qu’il arrive à le cacher mais l’enfant le sait. Il est important de pouvoir dire : c’est vrai que je suis triste ou que je suis très en colère, de pouvoir nommer les émotions qu’on ressent à l’enfant mais de lui dire après : je gère. Cela libère l’enfant de ses tentatives à lui d’aspirer les émotions, d’être une éponge, d’essayer de les porter à la place du parent. Il est nécessaire de faire passer le message à l’enfant que l’adulte se prend en charge et gère ses difficultés. »

La psychologue distingue ces phrases rassurantes de la confession-confidence des confidences des états d’âme parentaux : « Prenons l’exemple d’une mère qui se confie à sa fille en critiquant son père, là c’est prendre à partie l’enfant dans l’émotion du parent pour que l’enfant ressente la même émotion. A contrario, il faut pouvoir accueillir le vécu propre de l’enfant, un sentiment de trahison par exemple, sans croire que forcément c’est généré par un des deux parents. »

8Ne pas présumer des conséquences sur l’enfant

S’il est légitime de s’inquiéter de la représentation du modèle familial que l’on donne à un enfant lors d’un divorce, il n’y a pas lieu de faire des généralités en condamnant d’avance l’enfant à ne pas avoir confiance dans ses futures relations amoureuses à l’âge adulte :

« Prenons le cas d’une petite fille au moment de l’Œdipe. Son papa s’en va. Elle peut confondre le lien papa-maman et le lien d’attachement de son père avec elle et vivra le départ de son père comme une trahison personnelle. Elle se construit donc avec un schéma : d’abord on m’aime et après on s’en va. Elle risque ainsi d’avoir une espèce de représentation inconsciente selon laquelle on ne peut pas faire confiance en l’amour d’un homme. Mais l’inverse se rencontre également : des enfants de parents divorcés qui ont gagné en maturité en traversant cette épreuve et qui font peut-être un choix de conjoint plus réfléchi et créent une cellule familiale très solide. On peut dire le tout et son contraire ! Cela dépendra tellement de la résilience, de l’expérience de vie, du contexte, du lien d’attachement. Ce qui est sûr, rappelle Nathalie de la Rochefoucauld, c’est qu’il y a une blessure qui aura des conséquences totalement différentes et multiples selon les histoires. »

L’accompagnement de l’enfant lors d’une séparation demande de l’écoute, de l’empathie, de l’indulgence et de la communication. Si une histoire familiale ne peut être rembobinée et recommencée, elle pourrait être pansée grâce à des paroles réconfortantes, des oreilles attentives et des cœurs aimants. Si le couple parental vient à se séparer, le lien parental subsiste, voire est renforcé et sublimé au cœur de l’épreuve conjugale vécue par les deux parents.   

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