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Les enfants d’Emmanuel Macron

EMMANUEL MACRON

Thomas SAMSON / AFP

Henri Quantin - publié le 12/03/22

La lettre de candidature à l’élection présidentielle du chef de l’État sortant diffusée le 3 mars a opposé la France de nos enfants à la France de notre enfance. L’écrivain Henri Quantin lui répond que les vertus de l’enfance pourraient s’avérer plus fécondes que les promesses abstraites du progrès.

Voilà qu’Emmanuel Macron aime les enfants. Voilà qu’il pense à eux. Voilà qu’il se réjouit que les Français en aient. Lui qui excluait tranquillement qu’on puisse avoir une famille nombreuse quand on a fait des études, lui dont le quinquennat, fait autrement plus grave, fut marqué par un projet de loi hallucinant visant à rien moins qu’autoriser l’infanticide (avortement jusqu’à neuf mois pour « détresse psycho-sociale », on voit mal comment appeler ça autrement), le voilà qui prend les enfants comme boussole de sa politique. C’est pour les enfants à venir qu’il agit. Pour « nos » enfants.

On comprend mieux que jamais la formule de Péguy : l’idéologie du Progrès est une philosophie de caisse d’épargne.

L’usage constant par le Président de la première personne du pluriel, dans sa Lettre aux Français, pousse même à se demander si sa propre paternité ne va pas devenir une promesse de campagne. Quand il écrit que « nous avons traversé ensemble nombre d’épreuves », on suppose que cela veut dire lui et nous. S’inclut-il aussi dans le « nous », quand il proclame solennellement : « Je suis candidat pour continuer de préparer l’avenir de nos enfants » ? Quand il ajoute « et de nos petits enfants », se rêve-t-il en grand-père entouré d’une large descendance ? Son slogan de campagne sera-t-il « les enfants, c’est maintenant » ?

La richesse de la France

Car la richesse de la France, qu’on se le dise, est dans la famille et la fécondité : « La force de notre modèle social est là : dans cet investissement dans l’humain tout au long de la vie qui donne confiance aux familles et a fait de la France l’un des pays d’Europe à la plus forte natalité. » Une des plus fortes natalités ? Avec 1,83 enfant — le « s » ne s’impose pas — par femme, la gloire est à peu près aussi grande que de gagner un match de tennis face à un manchot. « Investissement dans l’humain tout au long de la vie » : même quand il s’agit de naissance, Emmanuel Macron parle comme un banquier. On comprend mieux que jamais la formule de Péguy : l’idéologie du Progrès est une philosophie de caisse d’épargne. Plus que des personnes humaines, les enfants sont pour Emmanuel Macron des slogans publicitaires pour vendre l’avenir. Puisqu’il promet aussi de « faire des citoyens », sans doute « la start-up Nation » prévoira-t-elle une crèche pour les bébés-citoyens-éprouvettes de ses employés.

Pour un pays comme pour un homme, l’enfance est autant une exigence qu’une nostalgie.

On sait qu’Emmanuel Macron estime depuis longtemps que le seul clivage politique oppose les progressistes qu’il incarne et les conservateurs repliés sur eux-mêmes, « cultivant la nostalgie ». Il paraît par ailleurs qu’Éric Zemmour est en baisse dans les divins sondages. À lire la lettre du candidat Macron, on a pourtant le sentiment que le chef du parti « Reconquête » est le seul rival à vaincre. Qui ne voit le clin d’œil appuyé au nom du mouvement zemmourien, quand le texte parle de « reconquête productive » ? Qui, surtout, ne perçoit l’allusion en lisant : « L’enjeu est de bâtir la France de nos enfants, pas de ressasser la France de notre enfance » ? Le chargé de communication qui a trouvé la formule a dû gagner une photo dédicacée du Président.

Il faut pourtant refuser cette opposition simpliste entre la nostalgie de l’enfance, vue comme une forme de passéisme, et l’invocation des enfants purement abstraits d’un progressisme ivre de lui-même. Pour un pays comme pour un homme, l’enfance est autant une exigence qu’une nostalgie. À l’homme qui entend se soumettre aux impératifs d’un avenir toujours hypothétique, on suggérera de commencer par être à la hauteur de ce qu’il a été. Celui qui, à 12 ans, désire ardemment être un saint, puis, à 18 ans, est prêt à tout pour réussir une école de commerce aurait tout intérêt à préférer l’appel de son enfance aux chants des sirènes de son avenir. Même s’il s’agit de « bâtir » le monde de demain, les vertus chevaleresques de l’enfance de la France pourraient s’avérer plus fécondes que les prouesses technologiques des enfants biberonnés au numérique.

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