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De la neige des JO à l’âge du président, questions impertinentes

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Ludovic MARIN / POOL / AFP

Emmanuel Macron, le 9 décembre 2021.

Jean Duchesne - publié le 03/03/22

De la neige des Jeux Olympiques d’hiver en attendant la pluie dans le désert du Mondial de football, du dogmatisme anticlérical à l’âge du président en passant par la personnalité de Vladimir Poutine, notre chroniqueur, Jean Duchesne, pose des questions intempestives… et impertinentes.

Début 2022, les Jeux olympiques d’hiver à Pékin se sont déroulés entièrement sur neige artificielle. Ce n’est pas qu’il ne ferait pas assez froid dans la région. C’est qu’il n’y tombe pas assez d’eau. Les Chinois ne se sont pas vantés de faire appel aux canons d’une entreprise italienne, Technoalpin, dont le siège est au Tyrol du Sud, autrichien jusqu’en 1919. À la fin de l’année au Qatar, la Coupe du monde de football aura lieu dans huit stades en plein air, intégralement climatisés, du terrain jusqu’en haut des tribunes. Les températures sont en effet si élevées là-bas (même en hiver) que non seulement les joueurs défailliraient, mais aussi les spectateurs présents — dont les journalistes et techniciens contribuant à la popularité de l’événement et donc au prestige des organisateurs. Tout ceci laisse soupçonner une désinvolture joliment symbolique dans le gaspillage d’énergies et de matériaux. On attend de pouvoir partager l’indignation des protecteurs de la nature et autres sociétés de bienfaisance.

Anticléricalisme clérical

La nomination d’un nouveau président du Conseil supérieur des programmes (scolaires) a scandalisé dans les sacristies d’un certain laïcisme. Cet ancien doyen de l’Inspection générale de philosophie aurait laissé entendre que l’école républicaine avait fait fond sur la pédagogie chrétienne et que le rationalisme est une croyance qui ne peut raisonnablement pas exclure toutes les autres du champ des connaissances répondant aux besoins de l’humanité. Ce sont là des hérésies pour la doctrine qui veut que le religieux soit une survivance d’un passé révolu et reste cantonné dans la sphère des opinions privées jusqu’à ce qu’il disparaisse de lui-même.

On se demande si l’anticléricalisme ne pratiquerait pas précisément ce qu’il dénonce, à savoir le dogmatisme.

On se demande si l’anticléricalisme ne pratiquerait pas précisément ce qu’il dénonce, à savoir le dogmatisme. L’appellation même qu’il se donne est instructive : il s’en prend aux membres du clergé, par impuissance à identifier et nommer ce qu’ils incarnent et qui gêne son système de croyance. Et en un temps où l’islam, l’hindouisme, le bouddhisme, etc. n’ont pas l’air de se précipiter dans les poubelles de l’histoire, on peut se demander de surcroît si le christianisme ne serait pas le meilleur garant de l’autonomie du temporel, puisque c’est uniquement là où la Bible et l’Évangile ont été reçus que le politique peut être désacralisé.

L’horizon 2032 ? Ou 2047 ?

Puisque l’actuel président de la République française a, d’après les sondages et selon toutes les prédictions, les meilleures chances d’être réélu au printemps prochain, la question à se poser est de savoir ce que deviendra cet hyperactif dans soixante et quelques petits mois. Déjà, en 2000, la durée du mandat présidentiel a été réduite de sept à cinq ans, à la suite d’un référendum national. Et en 2008, il a été précisé par un vote du Congrès (députés et sénateurs réunis) que « nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs ». À quoi pourra donc bien s’occuper à partir du printemps 2027 celui qui aura passé dix ans à l’Élysée ? Il n’aura 50 ans qu’à la fin de cette année-là. Il risque de ne jamais retrouver un poste aussi « jupitérien »…

Il est peu probable qu’il révèle une passion jusque-là contrariée pour la pêche à la ligne ou la pétanque. Comme Jimmy Carter, Bill Clinton, Tony Blair ou Barack Obama, il pourrait faire de lucratives conférences et du conseil à des banques et grandes entreprises, publier des livres, créer une fondation humanitaire et se poser en « sage » désormais désintéressé, exerçant une autorité morale. À moins qu’à la manière de Vladimir Poutine en 2008, il n’ »oigne » un successeur qui, comme en 2012 Dmitri Medvedev en Russie, lui laisserait la place en 2032 pour un (voire deux) nouveau(x) mandat(s) qui ne seraient pas consécutifs à ceux de 2017-2027. Peut-être serait-ce alors pour lui — à 65 ans en 2042 — l’âge de la retraite ? Mais, comme l’espérance de vie augmente, une troisième série de deux mandats serait, après un nouvel entracte, envisageable de 2047 à 2057, jusqu’à l’âge de 80 ans (et il y aurait un précédent, puisque l’actuel président américain, élu en 2020, sera octogénaire en novembre prochain).

Ces « grandes personnes qui ne s’intéressent qu’aux chiffres »

Des membres de l’Académie catholique de France ont contesté les chiffres de la Ciase (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église depuis 1950) sur le nombre des victimes, estimé par projection à partir des témoignages recueillis. Le président de la Ciase a vigoureusement défendu la méthode utilisée, validée par des spécialistes reconnus. On peut avouer avoir quelque peine à entrer dans cette querelle — du moins si l’on est resté du côté du petit prince de Saint-Exupéry et n’est donc pas devenu une de ces « grandes personnes qui ne s’intéressent plus qu’aux chiffres ». Tout ce qui est calculé là est déjà de nature assez abjecte pour que la nausée et la révolte aient besoin d’une évaluation quantitative et d’un bouc émissaire commode — en l’occurrence le cléricalisme (coucou, le revoilà !).

Le vrai défi n’est-il pas ce que la bestialité de l’homme le pousse à infliger à ses semblables en piétinant les idéaux dont il s’honore ?

Avec l’innocence de l’enfant qui pose des questions refoulées par les conformismes soi-disant d’adulte, on se demande pourquoi ce qui a pu se passer avant le milieu du XXe siècle a été abandonné. Ce genre d’abus n’a pas dû commencer avec les Trente Glorieuses. Ou alors il faudrait se demander pourquoi c’est à ce moment-là que ce genre de fléau se répand. On dira qu’il reste trop peu de traces d’abus analogues en des temps antérieurs pour autoriser des extrapolations. Mais peut-on s’émouvoir uniquement des maux « scientifiquement » constatables et mesurables ? Est-il vain de compatir avec les disparus oubliés qui ne peuvent plus se plaindre ? Il y en a tant dans l’histoire… Le vrai défi n’est-il pas ce que la bestialité de l’homme le pousse à infliger à ses semblables en piétinant les idéaux dont il s’honore ?

N’importe quoi aussi vrai que l’inverse

Le président russe a un admirateur-en-chef en Occident. Un ex-président des États-Unis, qui n’admet pas avoir échoué à se faire réélire en 2020, a qualifié de « coup de génie » l’invasion de l’Ukraine. Il trouve que son ami du Kremlin — qu’il connaît et aime bien (et ce serait réciproque !) — est « très intelligent », « obtient toujours ce qu’il veut » et va « maintenir la paix » en protégeant les séparatistes du Donbass. En même temps, et sans souci de cohérence, l’ancien chef d’État appelle à soutenir plus énergiquement le gouvernement légitime de Kiev et assure qu’on n’en serait pas là si lui était resté à la Maison blanche…

Ce qui impressionne dans ce discours est que ses outrances contradictoires n’empêchent pas qu’il soit médiatisé. Le critère n’est pas la rationalité, la crédibilité ni la pertinence, mais l’excès qui émoustille d’autant plus qu’il simplifie tout de façon irresponsable. Les commentaires critiques ne font qu’en accroître l’audience. On finirait par se demander si le tsar d’aujourd’hui a vraiment tort de juger décadent l’Occident où la liberté démocratique de parole permet d’affirmer n’importe quoi et l’inverse. Un indice rassurant est que son émule américain a été forcé de retourner jouer plus régulièrement au golf. Mais, à 76 ans seulement en juin prochain, il n’a apparemment pas encore tout à fait abdiqué, et il peut avoir des imitateurs, chez lui et ailleurs (y compris chez nous).

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