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Carême : pour désirer la croix, il faut vouloir faire plus

ROSARY

Ruslan Grumble | Shutterstock

Jean-Thomas de Beauregard, op - publié le 01/03/22

En temps de carême, ne pas désirer la croix serait une faute. Car c’est pour nous unir à la croix du Christ et participer à sa résurrection que les quarante jours du carême ont été institués. Le frère dominicain Jean-Thomas de Beauregard commente les lectures de la messe des Cendres.

Jésus était-il partisan de la laïcité républicaine qui préconise la discrétion des œuvres de la religion dans l’espace public ? Ne pas se faire remarquer, ne jeûner, faire l’aumône ou prier que dans le secret… Jésus serait-il en outre adepte de la pastorale de l’enfouissement ? Il est vrai qu’en contexte de chrétienté comme dans le judaïsme de l’époque du Christ, il pouvait y avoir quelque tartufferie dans l’exhibition publique de la pénitence personnelle. L’encens des bonnes actions ostentatoires visait peut-être moins à monter jusqu’au Ciel pour y répandre les parfums de la charité qu’à incommoder les voisins en leur faisant sentir sa supériorité.

Désirer la croix

Mais l’époque a changé. La pénitence est devenue tellement discrète qu’elle a finalement disparu de l’horizon chrétien. La pénitence n’est plus seulement discrète pour échapper au regard des hommes, elle a disparu au point que même Dieu, qui voit tout, ne la voit plus. Parce que trop souvent elle n’existe plus. La pénitence a disparu quant aux actes parce qu’elle a disparu du discours. Même dans la prédication, le vocabulaire de l’ascèse et de la mortification est banni comme symptôme d’un christianisme malade heureusement révolu. Et les demi-savants invoquent alors le jansénisme comme repoussoir bien commode pour excuser ce qui n’est qu’un refus radical de la croix, celle du Christ, et celle du chrétien. En supprimant toute pratique pénitentielle, a-t-on vraiment évacué tout risque de vanité ou d’hypocrisie ? Non. La vanité et l’hypocrisie ont simplement changé de terrain de jeu. Elles s’expriment ailleurs. Elles ne disparaîtront qu’après notre mort. Ce qui a disparu, en revanche, c’est la croix. Et la disparition de la croix dans nos vies chrétiennes laisse un vide que rien ne peut combler. Il faut donc l’y planter à nouveau.

En temps normal, désirer la croix ne va pas toujours sans orgueil. D’ailleurs la croix se présente le plus souvent sans qu’on ait eu besoin de la désirer. Il faut alors y consentir, et c’est déjà exigeant.

En temps normal, désirer la croix ne va pas toujours sans orgueil. D’ailleurs la croix se présente le plus souvent sans qu’on ait eu besoin de la désirer. Il faut alors y consentir, et c’est déjà exigeant. Mais en temps de carême, ne pas désirer la croix serait une faute. Car c’est précisément pour nous unir à la croix du Christ et participer à sa résurrection que les quarante jours du Carême ont été institués. Au travers de la prière, de l’aumône et du jeûne, nous entrons dans l’offrande d’amour que le Christ a offert à son Père pour notre salut. Du reste la pénitence ne vaut que par son poids d’amour et par son association à l’œuvre du Christ. Enlevez l’amour, il ne reste qu’une hygiène rigoureuse ou un masochisme morbide. Enlevez l’union au Christ, il ne reste que la sculpture de notre propre perfection. 

Les efforts de carême

Pour les fameux efforts de carême, le père Ranquet o.p. (1920-2014) avait cette fameuse recommandation : « Rien en plus, tout en mieux ! » La formule est séduisante et empreinte d’une vraie sagesse évangélique. Mais elle n’est pas sans ambiguïtés. D’abord parce qu’elle postule que le régime ordinaire de notre vie chrétienne est à peu près satisfaisant. Or notre vie chrétienne ne se maintient le plus souvent qu’à peine au-dessus de la ligne de flottaison, voire carrément 20.000  lieues sous les mers. Le plus souvent, le carême est réussi lorsqu’on a simplement honoré les obligations de notre état négligées en temps ordinaire. En ce sens, il faut déjà du « plus » pour parvenir ne serait-ce qu’à maintenir notre vie chrétienne à flots.

À chacun de discerner en fonction de son état de vie et de ses dispositions personnelles où et comment déployer ce plus qui seul peut aboutir à un mieux.

Ensuite la formule laisse entendre qu’il suffirait d’ajouter un peu de ferveur et d’intensité à ce que nous vivons déjà pour satisfaire aux exigences de notre vocation. Or en matière de vie spirituelle, le mieux ne se prend pas d’un surcroît de ferveur ou d’intensité dont nous serions les auteurs. Ce surcroît de ferveur ou d’intensité de notre part est requis, mais c’est Dieu qui accorde librement sa grâce et opère un mieux qu’il est d’ailleurs le seul à pouvoir adéquatement juger. Enfin l’expérience commune enseigne qu’on n’arrive jamais vraiment à faire mieux si l’on ne fait pas un peu plus. Du reste, le mieux n’est pas garanti car il relève de la libre initiative de Dieu. Tandis que le plus relève de notre responsabilité personnelle. Décidément, pour faire mieux, il faut vouloir faire plus. À chacun de discerner en fonction de son état de vie et de ses dispositions personnelles où et comment déployer ce plus qui seul peut aboutir à un mieux.

Ne pas oublier le corps

En matière de pénitence, il faut justement… ne pas oublier la matière ! Ne pas oublier le corps. Contre une vision éthérée de la conversion, le chrétien sait que le don de sa vie passe par son corps, à l’instar du Christ qui nous a sauvé dans et par sa chair. Le refus de la mortification des sens (jeûne de nourriture, de sexe, de sommeil, etc.) au nom d’une ascèse purement spirituelle est trop souvent l’alibi des paresseux, qui ignorent l’importance du corps au moment-même où ils croient l’exalter. La pénitence qui ignore le corps est une vue de l’esprit. Le père Bouyer (1913-2004) le disait en termes plus fleuris : « L’homme moderne a le postérieur trop bien calé dans son fauteuil pour se mettre à genoux. »

En ce temps de carême, demandons à l’Esprit saint que la croix du Christ vienne nous chatouiller un peu le postérieur pour nous obliger à tomber à genoux devant notre Sauveur. Demandons à l’Esprit saint que nos privations librement consenties libèrent en nos cœurs un espace pour l’amour de nos frères. Par l’ascèse et la mortification du carême, une page de notre vie est débarrassée de ce qui l’encombre inutilement. La page blanche, si elle demeure telle, est source d’angoisse. Mais si Dieu efface, c’est pour écrire. Si Dieu fait de la place dans notre vie, c’est pour qu’il puisse lui-même l’envahir de son amour et nous entraîner avec lui dans sa mort et sa résurrection.

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