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Pourquoi les chrétiens furent-ils autant persécutés sous l’empire romain ?

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HERITAGE IMAGES / AURIMAGES

Sébastien, martyr, était un capitaine de la garde prétorienne de l'empereur Dioclétien.

Thérèse Puppinck - publié le 26/02/22

Alors que l’empire romain avait coutume d'intégrer aisément au sein de ses structures les religions des peuples qu’il soumettait, pourquoi le christianisme a-t-il subit autant de persécutions pendant les premiers siècles de son existence ?

À la fin du mois de février 303 débute, au sein de l’empire romain, la plus sanglante vague de persécutions. Dernière répression avant l’édit de 311, qui accorde la liberté de culte dans tout l’empire, la persécution de Dioclétien est encadrée par une série de quatre textes juridiques qui révoquent certains droits acquis antérieurement par les chrétiens.

L’historien Michel Rouche explique la contradiction qui semble de prime abord exister entre le développement foudroyant du christianisme autour du bassin méditerranéen, et les nombreuses persécutions subies par les premiers chrétiens. Le christianisme apparaît à un moment où les peuples du monde antique ne peuvent plus se satisfaire de l’indigence spirituelle du paganisme. Cependant, la religion révélée heurte profondément le système de pensée antique, ce qui entraîne régulièrement de virulentes et furieuses oppositions.

Ne pas adorer les dieux révérés par ses ancêtres est un acte d’impiété très grave.

L’une des principales sources de dissension concerne l’existence même du christianisme. En effet, la fidélité aux dieux de ses ancêtres est un des fondements de la société romaine. Ne pas adorer les dieux révérés par ses ancêtres est un acte d’impiété très grave, explique Michel Rouche. De ce fait, la société romaine regarde avec incompréhension et méfiance le christianisme, religion nouvelle, sans racines ni traditions, qui adore un Dieu nouveau.

D’autre part, les chrétiens sont censés s’abstenir de tout ce qui crée du lien dans la société romaine : les jeux et les spectacles, mais aussi les cérémonies religieuses païennes. Ils refusent également de consommer la viande des animaux qui ont été sacrifiés aux dieux. Enfin, leur culte n’est pas ouvert à tous. Cette mise à l’écart volontaire excite les préjugés et attire la calomnie. Autre dissimilitude : le rapport à la violence. L’empire romain est une société intrinsèquement violente, à l’instar de la mythologie qui fonde sa civilisation. En se convertissant au christianisme, les anciens païens renoncent à la violence et deviennent fondamentalement pacifiques, acceptant même la torture et la mort sans se révolter.

Refus de sacrifier à l’empereur

Enfin, les chrétiens refusent de sacrifier à l’empereur, c’est-à-dire qu’ils refusent de déposer quelques grains d’encens sur les braises qui sont placées devant les représentations de l’empereur pour lui rendre un culte. Cet acte, qui pourrait sembler de prime abord anodin, constitue en réalité une apostasie. En effet, l’encens est réservé exclusivement à Dieu, païens et chrétiens sont d’accord sur ce point. Dans la société antique, le culte impérial est la marque de l’unité des citoyens, de leur loyauté à l’empereur. En ne sacrifiant pas, les chrétiens semblent, aux yeux de leurs contemporains, remettre en cause l’équilibre politique de l’empire. Ainsi, le christianisme apparaît pour beaucoup comme une nouveauté extravagante qui sape les fondements de l’empire en proposant une relecture complète de la société.

Au début du IVe siècle, le christianisme est majoritaire au sein de l’empire. La persécution de Dioclétien constitue l’ultime tentative pour l’éradiquer. Elle intervient à un moment particulièrement difficile. En effet, le IIIe siècle est marqué par une crise politique sans précédent, entre défaites militaires, invasions, assassinats politiques, épidémies. Les empereurs exaltent une vision totalisante de la société, et requiert un loyalisme absolu de la part des citoyens. Déjà l’empereur Dèce, en 250, avait exigé la participation de tous au culte impérial. L’administration avait mis en place un certificat de bonne conduite pour ceux qui avaient pris part au sacrifice. Celui qui ne pouvait présenter ce certificat était considéré comme un danger pour la société, emprisonné, torturé et souvent mis à mort. En 303, Dioclétien réitère et met en place une persécution d’État.

Les édits, un crescendo dans la contrainte

Les édits publiés dans le courant de l’année 303 révèle un crescendo dans la contrainte. En février, l’empereur s’attaque à l’exercice du culte : confiscation des livres et des vases sacrés, destruction des églises. Quelques semaines plus tard, un nouvel édit ordonne l’arrestation du clergé. La troisième étape veut contraindre le clergé prisonnier à abjurer. Enfin, Dioclétien reprend la législation de Dèce et ordonne que tous les citoyens sacrifient à l’empereur. Quiconque refuse est condamné à mort.

Alors qu’en Gaule la persécution est quasiment nulle, dans la partie orientale de l’empire, les quatre décrets sont appliqués avec une rigueur extrême. On assiste à des scènes d’une barbarie sans nom. Des milliers de chrétiens sont exécutés, mais on compte aussi de très nombreux apostats, à l’instar des chrétiens d’Antioche qui suivent l’exemple de leur évêque en participant au culte impérial. Le pape Marcellin I lui-même offre d’abord l’encens, avant de se rétracter quelques jours après, et de subir le martyre.

Affaibli par la maladie, Dioclétien abdique en 305, ce qui contribue à une diminution des persécutions dans certaines régions. Les empereurs suivants ne peuvent que constater l’échec de leur politique anti-chrétienne face à une population désormais largement convertie ou acquise à la cause des chrétiens. Et au mois d’avril 311 l’empereur Galère publie un édit qui rétablit la liberté de culte et qui invite les chrétiens à prier leur dieu pour le salut de tous, « afin que l’intégrité de l’État soit rétablie partout ». Désormais, le christianisme est officiellement accepté au sein de l’empire romain ; s’ouvre alors une autre page de son histoire.

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