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Le dernier caprice de sainte Scholastique

SAINTS SCOLASTIQUE BENOIT

Domaine Public

Anne Bernet - publié le 09/02/22

Un caprice, la dernière rencontre de Scholastique avec son frère Benoît, l’abbé du Mont Cassin ? Alors un divin caprice…

Tout ce que nous savons de saint Benoît, nous le devons à un autre saint, le pape Grégoire le Grand. Celui-ci, à la fin du VIe siècle, brisé de chagrin devant les malheurs de l’Italie et de la catholicité désolées par les invasions lombardes, le poids insupportable de la fiscalité impériale, la peste, décide d’abandonner ce monde qui courait à sa perte, et ses lourdes responsabilités de préfet de Rome ; il se retire dans sa maison familiale, sur le Caelius, là où s’élève aujourd’hui l’église San Gregorio Magno, et la transforme en monastère, puis se place lui-même sous la règle d’un abbé chassé avec ses moines de leur maison qu’il installe chez lui. Les réfugiés ne manquent pas en cette époque terrible et parmi eux se trouvent nombre de prêtres, religieux, religieuses, car les Lombards, convertis à l’hérésie arienne, s’acharnent cruellement sur le clergé catholique. 

Les mémoires de Grégoire

C’est ainsi que Grégoire fait la connaissance de moines échappés à la destruction de leur monastère du Mont Cassin, qui lui parlent de leur saint fondateur Benoît. Passionné par leur récit, le style de vie qu’ils lui décrivent, il prend des notes, et, à quelques années de là, en tire des Dialogues, qui mêlent à des récits de miracles tout ce qu’il a recueilli concernant l’abbé du Mont Cassin. Historiens et spécialistes ont beaucoup discuté de la crédibilité à prêter à l’ouvrage mais, bon gré mal gré, il représente l’unique source à notre disposition concernant saint Benoît et l’on s’accorde en général pour lui accorder une immense valeur.

En adoptant la règle de son frère, elle est à l’origine du premier monastère de bénédictines.

Si c’est au pape Grégoire que nous devons de connaître Benoît, nous lui devons aussi de connaître sa sœur, Scholastique. Sont-ils jumeaux ? Peut-être. Quoiqu’il en soit, tous deux, grandis sans leur mère morte jeune, s’aiment tendrement ; à l’exemple de Benoît, Scholastique a tôt décidé de se consacrer à Dieu, et, bientôt, elle entre au couvent. Cependant, après quelques années, elle apprend que son frère, d’abord retiré dans la solitude, s’est installé au Mont Cassin ; elle a la conviction qu’elle doit le rejoindre afin de fonder près de chez lui un monastère de femmes, ce qu’elle fait, avec la permission de ses supérieures, à cinq kilomètres de chez Benoît. En adoptant la règle de son frère, elle est à l’origine du premier monastère de bénédictines.

Un rendez-vous une fois l’an

Scholastique n’accepte aucun adoucissement ni pour elle ni pour ses filles et, comme elle trouve que les visites, même de personnes pieuses et dévotes, mangent trop de temps au détriment de la prière, de l’oraison et de la méditation, elle renchérit sur les sévérités de son frère en interdisant, ou peu s’en fallait, tout contact entre les moniales et le monde extérieur, affirmant qu’il vaut mieux s’entretenir avec le Créateur qu’avec les créatures.

Elle-même ne déroge pas à ce principe et, bien qu’elle soit maintenant voisine de Benoît et que leur tendresse mutuelle n’a fait que croître, elle prend la décision héroïque de ne plus voir son frère qu’une fois l’an, marquant sur le coucher du soleil l’heure où l’abbé du Mont Cassin doit se retirer. Une métairie, qui se trouve à mi-distance de leurs deux maisons, leur sert de lieu de rendez-vous. Encore, tout le temps que dure cet unique entretien annuel, Benoît et Scholastique ne s’entretiennent-ils que de pénitences et de sacrifices, s’encourageant mutuellement à mieux servir Dieu. Puis ils se séparent pour un an…

Or, début 543, Scholastique a le pressentiment de sa mort et, désireuse de dire adieu à Benoît, sans en indiquer le motif, elle avance la date de leur rencontre au 6 février. Ce jour-là, l’une escortée de quelques religieuses, l’autre de quelques moines, le frère et la sœur se retrouvent. Benoît se met alors, contrairement à ses habitudes, à parler des choses d’En-Haut, du paradis, de la vision béatifique, du bonheur éternel et de la gloire des élus. Il en parle si bien que Scholastique, émerveillée, ne peut se lasser de l’entendre. Les heures filent sans qu’elle s’en rende compte et, soudain, le soir tombant encore tôt en cette fin d’hiver, Benoît se lève et annonce qu’il doit s’en aller. Sa sœur, d’ordinaire si raisonnable, si mortifiée, le conjure de n’en rien faire et de rester jusqu’au matin afin qu’ils puissent parler tout à loisir de leurs fins dernières.

« Qu’avez-vous fait, ma sœur ? »

Benoît est très étonné de ce qu’il prend pour un caprice qui les ferait tous deux manquer à leurs devoirs et déroger à la Règle qu’ils avaient fixée. Tellement étonné même qu’il se met presque en colère et s’écrie : « Que dites-vous là, ma sœur, et ne voyez-vous pas qu’il m’est impossible de vous accorder ce que vous me demandez ? » et, sans discuter davantage, il s’apprête à partir. Voyant qu’elle ne le fléchirait pas, Scholastique, en larmes, alors, s’agenouille et demande à Dieu la grâce de garder Benoît près d’elle cette nuit-là. Elle n’a pas fini cette prière que le ciel, d’un bleu limpide jusque-là, s’obscurcit en quelques secondes et que se déchaîne un orage d’une telle violence qu’il devient impossible de quitter la maison.

Il n’est pas étonnant qu’une femme ait possédé pareil pouvoir, car […] ainsi que le dit saint Jean, Dieu étant amour, il est naturel que celle qui aimait davantage en ait reçu plus de puissance.

Benoît la regarde avec reproche et s’exclame : « Mais qu’avez-vous donc fait, ma sœur ? » et Scholastique, ses larmes taries, lui répond : « Mon frère, je vous ai humblement supplié de passer encore un peu de temps ici avec moi, mais, puisque vous me le refusiez, j’ai demandé cette grâce à mon Seigneur et Époux qui m’a exaucée… » Et, comme pour mieux démontrer que le phénomène n’avait rien de naturel, l’orage dure, dans toute sa force, jusqu’au lendemain matin, et l’heure que Scholastique a proposée pour leur séparation. Soudain, la tempête s’apaise, le soleil revient, et Benoît se retire, songeur, en pensant aux liens que sa sœur a tissés avec Dieu pour se permettre de tels enfantillages… À propos de ce miracle, Grégoire commenterait, admiratif : « Il n’est pas étonnant qu’une femme ait possédé pareil pouvoir, car […] ainsi que le dit saint Jean, Dieu étant amour, il est naturel que celle qui aimait davantage en ait reçu plus de puissance. »

Sous l’apparence d’une colombe

À l’aube du 10 février, Scholastique rend l’âme doucement, sans avoir paru le moins du monde malade. Benoît, qui prie dans sa cellule, voit alors sa sœur s’élever, légère, vers le ciel, sous l’apparence d’une colombe. Il alla réclamer sa dépouille et la fait ensevelir dans le chœur de son abbatiale, où il la rejoignit quatre ans plus tard. Mais en 583, les Lombards brûlèrent et anéantirent l’abbaye du Mont Cassin, que les moines survivants abandonnèrent pour plusieurs siècles.

C’est dans ce contexte qu’à deux cents ans de là, scandalisés de savoir les reliques de leur fondateur laissées en déshérence, les bénédictins de Fleury, aujourd’hui Saint-Benoît-sur-Loire, organisèrent une expédition de sauvetage et retirèrent de l’abbaye en ruines des ossements supposés être ceux de Benoît et Scholastique, puis les ramenèrent en France. Là, leurs routes se séparèrent : le corps de Benoît fut porté à Fleury, celui de sa sœur confié aux bénédictines du Mans, où, miraculeusement échappé aux profanations de la Réforme et de la Révolution, elle repose encore, même si une partie de ses reliques fut offerte aux abbayes de Juvigny au diocèse de Verdun, et, bien plus tard, à Solesmes. Mais ne le dites surtout pas aux Italiens ! Ils vous assureront que les Français, dans leur précipitation, ont emporté on ne sait trop qui et que Benoît et Scholastique n’ont, évidemment, jamais quitté Monte Cassino…

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