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La délicate attention de Dorothée, patronne des fleuristes, pour ses bourreaux

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HERITAGE IMAGES / AURIMAGES

Anne Bernet - publié le 05/02/22

Faire livrer des fleurs du Paradis à ses bourreaux, c’est la délicate attention de Dorothée, le jour de son martyre. Une attention que l’histoire des miracles verra maintes fois renouvelée… Dorothée est fêtée par l’Église le 6 février.

Quoique très belle, la Passion, ou récit du martyre, de sainte Dorothée de Césarée de Cappadoce, dans la Turquie actuelle, a manifestement été réécrite, enrichie de passages empruntés à d’autres textes, de sorte qu’il est difficile de retracer son histoire de façon assurée. Néanmoins, tout n’est pas à écarter et il reste possible de reconstituer les grandes lignes du drame. 

La date, au moins, est à peu près sûre : début février 304, alors que la persécution se déchaîne à travers l’Empire romain et que tout chrétien dénoncé ou arrêté est promis à une mort atroce s’il n’apostasie pas. Partout, des magistrats, d’ordinaire plus indulgents, s’acharnent impitoyablement sur les fidèles du Christ. Ils sont conscients d’une volonté politique implacable d’éradiquer le christianisme, également dans l’espoir d’écarter de la pourpre le césar Constance, rival brillant, donc dangereux, dont on sait qu’il a longtemps vécu maritalement avec une chrétienne, Hélène, et qu’il tient toujours le fils né de cette union, Constantin, pour son héritier légitime. Le zèle des magistrats est un excellent moyen d’être bien vus du futur empereur… C’est dans ce contexte et cette période que périront, entre autres, Vincent à Saragosse, Sébastien et Agnès à Rome, et beaucoup d’autres, moins célèbres mais tout aussi méritants.

Toutes les normes du droit sont bafouées

Dorothée, prénom de baptême signifiant « cadeau de Dieu », vit à Césarée de Cappadoce, ville où la persécution prend des proportions horribles et où toutes les normes du droit sont bafouées puisque l’on condamne, en toute illégalité, une jeune veuve, Juliette, qui demandait réparation contre l’homme qui l’a dépouillée de sa fortune, la sommant, pour obtenir justice, d’apostasier au préalable… Cela donne une idée de l’ambiance. 

Une vierge chrétienne qui refuse d’abjurer et se marier voit ses biens confisqués au profit de son délateur… Cela peut susciter d’assez vilaines vocations.

Dorothée est chrétienne, et ne s’en est jamais cachée. Elle a voué sa virginité au Christ et, les couvents n’existant pas encore, vit chez elle, seule, consacrant ses journées à la prière, l’aumône et au soin des malades. Elle est encore jeune, sans doute fortunée, et très jolie, ce qui attire maintes convoitises masculines. La loi étant ce qu’elle est alors, une vierge chrétienne qui refuse d’abjurer et se marier voit ses biens confisqués au profit de son délateur… Cela peut susciter d’assez vilaines vocations de dénonciateurs, gagnants à tous coups puisque certains d’avoir l’argent, à défaut de la fille.

Il semble qu’une procédure de ce genre ait conduit à l’arrestation de Dorothée et à sa comparution devant le juge. Quant à l’identité du coupable, un nom concentre les soupçons, celui d’un certain Théophile, présenté tantôt comme un étudiant en droit, ou un avocat stagiaire, dépité d’avoir été rebuté par cette belle chrétienne, tantôt comme un homme plus âgé, tenant auprès du procurateur de Cappadoce le rôle d’accusateur public. Dans tous les cas, le personnage n’est pas sympathique. 

Le Jardin des délices

Arrêtée, menacée, étendue sur le chevalet, Dorothée n’apostasie pas et les supplices qui l’attendent ne font pas plier « cette fille orgueilleuse ». Même, elle se met à parler de son Époux, le Christ, qui « l’invite au jardin des délices où en toutes saisons, les arbres portent fleurs et fruits, les lis demeurent toujours immaculés, les roses toujours dans la gloire de leur floraison, les prairies verdoyantes, les collines doucement ombragées, les fontaines intarissables ». Le paradis comme un jardin, n’est-ce pas sous cet aspect que, dans une vision décrite dans son Journal de captivité,Perpétue, martyrisée à Carthage en 204, l’a visité ? N’est-ce pas ainsi que, bien plus tard, Dominique Savio le montrera à Jean Bosco dans une apparition, non sans préciser que c’est le seul moyen d’appréhender une réalité trop belle pour nous qui sommes encore de ce côté-ci ?

Dis donc, belle épouse du Christ, quand tu seras dans le jardin des délices de ton mari, n’oublie surtout pas de m’en faire envoyer des fleurs et des fruits !

En attendant, cette description fait beaucoup rire dans le prétoire, à commencer par Théophile. Et, lorsque Dorothée est condamnée à mort, il ne peut s’empêcher de se moquer d’elle. Se plantant sur son chemin, il lui lance, hilare : « Dis donc, belle épouse du Christ, quand tu seras dans le jardin des délices de ton mari, n’oublie surtout pas de m’en faire envoyer des fleurs et des fruits ! » Dorothée, défigurée par les coups qu’elle a reçus, contemple longuement ce garçon qui porte indignement son prénom d’Ami de Dieu et, en dépit du mal qu’il lui a fait, éprouve envers lui une immense compassion. Avec un sourire, elle réplique : « Je m’y engage bien volontiers, Théophile ! »

Trois roses pourpres

Alors que les bourreaux entraînent la jeune fille vers le lieu du supplice, un petit garçon de quatre ou cinq ans apparaît soudain près d’elle ; il tient dans ses mains un panier contenant trois roses pourpres d’une invraisemblable splendeur, et trois fruits d’une beauté sans pareille disposés parmi des feuillages magnifiques qu’il tend à Dorothée. « Cher Ange, dit la martyre, aie la bonté de porter cela de ma part à Théophile et dis-lui que ce sont les fleurs et les fruits que je lui envoie du jardin de mon Époux. » Puis, s’agenouillant, elle tend sa nuque au bourreau et meurt. 

Au même instant, devant le tribunal, Théophile, assez content de lui, est en train de rire aux larmes en racontant à ses amis l’extravagante promesse de cette pauvre folle qui a cru jusqu’au bout à son rêve éveillé. Et voilà qu’il sent une main tirer le pan de sa tunique. Il baisse les yeux, voit un tout petit garçon d’une grâce exquise qui, d’une voix étonnamment assurée pour son âge, dit en lui tendant la corbeille : « Voici ce que, sur ta demande, Dorothée, vierge très pure et très sainte, t’avait promis. Elle te les envoie du beau jardin de son Époux. » Et, posant le panier au pied du jeune homme, l’ange gardien disparaît, laissant Théophile sidéré. 

Début février, en Cappadoce, l’hiver sévit dans toute sa rigueur, terrible. Le vent glacial souffle sur Césarée, il neige, le froid est intense. Les jardins sont désolés, morts. Inutile d’y chercher même la promesse d’un bourgeon… Alors, d’où peuvent venir ces fleurs, ces feuillages et ces fruits, sinon du « beau jardin » de Dorothée ? En larmes, Théophile tombe à genoux ; il crie : « Le Christ est le seul vrai Dieu et il n’est pas de mensonge en Lui ! Heureux ceux qui croient en Lui et qui meurent pour son Nom ! » Pour mettre un terme à ce dérangeant scandale, on s’empresse de l’expédier au bourreau à son tour. 

De multiples « miracles des fleurs »

Voilà pourquoi Dorothée est devenue la patronne des fleuristes et des fruitiers, mais comment croire à cette histoire qui relève fatalement de la pieuse légende ? Tout simplement en constatant que ce miracle n’a rien d’unique dans l’histoire. Des saints et des saintes qui, surpris à faire trop généreusement l’aumône par un père ou un époux mécontent, sommés d’ouvrir leurs tabliers pour reconnaître leur larcin virent à la place du pain attendu une brassée de fleurs, il en existe des dizaines. Pour sainte Rita, mourante, qui désire « des figues et une rose », Dieu fait pousser, en plein mois de janvier, dans le jardin du couvent des Augustines de Cascia, les fruits et la fleur réclamés.

À Mexico, lorsque Juan Diego déploie devant l’évêque son manteau, sur lequel s’est miraculeusement fixée l’image de Notre-Dame de Guadalupe, la première chose, et l’affaire est bien attestée, que voient les assistants, c’est une pluie de roses rouges, ces « roses de Castille » que le prélat espagnol regrettait amèrement car elles n’étaient pas encore acclimatées au Nouveau Monde. Beaucoup plus près de nous, dans les années 1900, lorsque, étonnés et méfiants devant les gerbes de fleurs et les corbeilles de fruits qui, hors saison, se matérialisent dans la chambre de sainte Gemma Galgani, son confesseur, à la demande de l’évêque, et le médecin, veillent à ce que la stigmatisée soit enfermée à double tour et n’ait aucun contact avec l’extérieur, fruits et fleurs continuent inexplicablement d’apparaître à son chevet… Le phénomène a été scientifiquement observé et vérifié.

Quant à l’ange gardien de Dorothée, il ressemble comme un frère à celui de Catherine Labouré qui, la nuit du 19 juillet 1830, vint, sous les traits d’un enfant de quatre ans, la réveiller pour lui annoncer que la Sainte Vierge l’attendait à la chapelle, et lui parla « comme l’homme le plus fort et avec les paroles les plus fortes ». Alors, pourquoi vouloir à tout prix refuser à Dieu le droit de faire les miracles qu’Il veut et d’envoyer, parfois, à celles qui l’aiment des fruits et des fleurs cueillis au paradis ?

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