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« Covid-19 : revenir à une éducation à la responsabilité »

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Hans Lucas via AFP

Bernard Ars - publié le 31/01/22

Président de la Fédération internationale des associations de médecins catholiques, le docteur Bernard Ars déplore les effets déshumanisants de la crise sanitaire. La pandémie ayant évolué, il convient d’adapter selon lui les politiques de santé en recourant à la responsabilité plutôt qu’à la contrainte.

Aleteia : comment interprétez-vous l’évolution de la pandémie de la Covid-19 et de sa prise en charge thérapeutique ? 
Dr Bernard Ars : bien que la maladie Covid-19 soit toujours en phase pandémique aujourd’hui, la propagation du variant Omicron et de ses sous-groupes, plus contagieux, mais peut-être moins virulents, devrait la transformer en une pathologie endémique (comme la grippe) avec laquelle l’humanité peut apprendre à vivre. La principale arme thérapeutique, aisément disponible à ce jour, est l’immunothérapie. Celle-ci comprend deux démarches : l’une par des injections d’anticorps d’humains purifiés en laboratoire, l’autre par une vaccinothérapie régulière. Très récemment, des médicaments inhibiteurs de l’ARN polymérase sont aussi utilisés en clinique.

Le vaccin contient les antigènes contre lesquels l’organisme induit une réponse immunitaire. Dans le vaccin à ARN messager, l’ARN messager est en fait un « plan de montage », contenu dans des bulles non-nocives de particules lipidiques qui facilitent sa pénétration dans les cellules du corps. Ce « plan de montage » est injecté et entre dans les cellules des muscles de notre bras, utilise l’usine cellulaire pour être lu, et lui fait ainsi fabriquer la célèbre protéine S qui recouvre la surface des coronavirus et qui forme la fameuse « couronne » donnant son nom à la famille des coronavirus. Ce « plan » sort de nos cellules sous forme de « faux virus » et trompe notre système immunitaire qui pense que c’est un vrai virus et génère une réaction immunitaire complète avec anticorps, cellules tueuses et cellules mémoire.

Précisons ici que l’ARN messager ne sait pas rentrer dans le noyau de nos cellules où se trouve notre génome (ADN) et dès lors ne sait pas le modifier. L’ARN messager ne circule pas dans notre corps. Il entre seulement dans les cellules des muscles de notre bras et est détruit après très peu de temps. Seuls circulent dans le corps, les anticorps, les cellules tueuses et les cellules mémoire, produits de la réaction immunitaire, prêts à réagir rapidement et efficacement en cas de réelle infection Covid-19. Grand avantage des vaccins à ARN messager et à vecteur viral, comme il s’agit d’un « mode d’emploi », il est facile de le modifier, sans changer la technique vaccinale. Il suffit d’avoir la carte d’identité génétique du nouveau variant pour actualiser le vaccin. Ceci permet une actualisation très rapide du vaccin.

Sommes-nous toujours devant une pandémie ?
Je pense qu’il convient maintenant doucement de ne plus considérer la pandémie de Covid-19 comme telle, mais comme une syndémie, c’est-à-dire la rencontre entre une maladie virale provoquée par le Sars-Cov2 et un ensemble de pathologies chroniques, telles que le cancer, le diabète, les dysfonctionnements cardio-vasculaires, l’hypertension artérielle, l’obésité… En effet, les patients souffrant de troubles graves à la suite de la Covid-19 sont dans leur grande majorité porteurs de ces pathologies associées.

La liberté implique toujours la responsabilité, c’est-à-dire la prise en compte des limites de l’humain, de soi et des autres. Ceci est vrai pour l’individu, la société et les pouvoirs publics.

L’épidémie et la gestion de la crise sanitaire ont-elles influencé les comportements des individus et de la société ?
Derrière un discours sur la prétendue liberté, revendiquée à tout propos, se cache une exacerbation d’un individualisme profond, un véritable « repli sur soi », avec totale perte d’empathie pour les autres. Il s’agit davantage de la notion actuelle d’autonomie qui consisterait en un droit de la personne de se gouverner par ses propres lois. Notre société a persuadé tout le monde que l’idéal humain était l’autonomie. Cela a sans doute permis de grands progrès techniques. Mais, désormais, beaucoup pensent que lorsque nous devenons dépendants, nous devenons infra-humains. Au contraire, dépendre des autres permet une circulation des relations humaines et n’est certainement pas une situation dégradante. La liberté implique toujours la responsabilité, c’est-à-dire la prise en compte des limites de l’humain, de soi et des autres. Ceci est vrai pour l’individu, la société et les pouvoirs publics.

A-t-on bien estimé les conséquences psychologiques et sociales des diverses mesures de contraintes prises pour lutter contre la Covid-19 ? Le recours au confinement, au télétravail, les « distanciations sociales » peuvent-ils avoir des effets à long terme, notamment auprès des jeunes ?
La perturbation de l’enseignement, la formule à distance (le « distanciel ») ou la fermeture des établissements, ont eu des conséquences néfastes chez les enfants, particulièrement en ce qui concerne le surpoids et leurs conditions physiques. D’obèses, ils deviennent sévèrement obèses et le resteront souvent à l’âge adulte, ce qui également coûtera cher au système de soins de santé. Dans les établissements scolaires, le personnel passe plus de temps à la gestion de crises répétées, ainsi qu’à la réponse bureaucratique aux protocoles sanitaires, qu’à l’enseignement proprement dit. Une diminution quantitative et qualitative du niveau d’éducation a été démontrée raccourcir l’espérance de vie. Pour leur maturation humaine, les jeunes ont besoin de relations, ce qui leur a fait grandement défaut et ce qui est urgent de leur assurer.

Les effets des décisions prises dans le cadre de la crise sanitaire s’inscrivent comme un facteur aggravant dans l’évolution de la société. La fracture financière croissante entre les riches et les pauvres, ainsi que l’augmentation des dépendances/addictions à divers produits, spécialement numériques, déshumanisent nos sociétés. L’hyper-connexion remplace la relation humaine saine. Le numérique refaçonne nos cinq sens et les oriente sur la voie du trans-numérique, là où espace et temps n’existent plus. Les effets de la dépression et de l’anxiété, omniprésentes, ainsi que ceux du défaut d’espérance et de projets de vie, détériorent la vie des couples et amplifient la violence avec maltraitance dans les familles.

Devant une société qui a tendance à se numériser à outrance, favorisant l’isolement et le repli sur soi, quelles seraient les mesures à prendre par les gouvernements et les autorités de santé pour rétablir la confiance ? Comment redonner aux relations humaines toute leur place dans l’équilibre commun ?
Premièrement, revenir à une éducation à la responsabilité individuelle et collective, au lieu d’imposer des contraintes ! Ensuite, dans ce chaos informationnel, peut-être créer une haute autorité totalement indépendante qui fournisse une information scientifique objective aux médecins praticiens et ainsi indirectement aux patients ! Ceci est, me semble-t-il, un besoin pressant qui a beaucoup manqué durant la pandémie. Enfin, prendre conscience de la portée de nos choix tant sur les autres malades que sur les soignants et le système de santé : se cacher derrière des modèles algorithmiques n’est pas faire preuve de responsabilité et de courage.

Peut-être est-il temps que les pouvoirs publics prennent de la hauteur de vue pour appréhender la question sanitaire dans sa globalité et tirent des leçons de cette longue et pénible période pour en analyser les causes : la déforestation agressive surtout équatoriale, l’élevage industriel, le commerce d’animaux sauvages exotiques, la destruction de la biodiversité… Revenons à un peu de rationalité et de bon sens, avec pour objectif, le bien commun !

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