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Les fausses promesses des tests de dépistage prénataux

dépistage pré-natal

SAndrey_Popov / hutterstock

Christine Pellen - Gènéthique - publié le 07/01/22

Proposés par les entreprises de la Silicon Valley, les tests prénataux non-invasifs sont censés détecter de « graves » anomalies génétiques du fœtus avec une précision « remarquable ». Une promesse loin d’être tenue selon une enquête du New York Times.

Pour 15 alertes « justifiées », 85 sont erronées : les tests prénataux non invasifs recherchant des maladies de plus en plus rares induisent les femmes en erreur, dénonce une enquête du New York Times, parue le 1er janvier. Pour en arriver à ces conclusions, le journal a interrogé des chercheurs et combiné les données de plusieurs études concernant les cinq tests de microdélétion les plus courants aux États-Unis. 

Des tests qui veulent « ratisser » toujours plus large

« Promesse de la Silicon Valley aux femmes enceintes », ces tests prénataux sont censés détecter de « graves » anomalies génétiques du fœtus avec une précision « remarquable », dont par exemple le sexe du fœtus. D’abord centrés sur la trisomie 21, ces tests se sont répandus depuis une dizaine d’années. Cherchant à se démarquer les unes des autres, les entreprises commercialisant ces tests ont petit à petit proposé d’élargir le nombre de maladies dépistées. Se tournant vers des maladies de plus en plus rares. Or selon le New York Times, ces prédictions se révèlent fausses dans la plupart des cas. Sans oser remettre en question le dépistage des trisomies 21 et 18.

Et en France, les données publiées dans le dernier rapport de l’Agence de la biomédecine indiquent que dans près de 15% des cas, le DPNI s’est avéré être un « faux positif ».

Pourtant, pour la trisomie également, la fiabilité de ces tests est discutable. Trois cliniques britanniques avaient été rappelées à l’ordre en 2019, en raison de leur publicité mensongère : elles affichaient un taux de fiabilité de 99%, quand seuls 82% des bébés pour lesquels le dépistage prénatal non-invasif (DPNI) identifiait une trisomie en étaient effectivement porteurs. Et en France, les données publiées dans le dernier rapport de l’Agence de la biomédecine indiquent que dans près de 15% des cas, le DPNI s’est avéré être un « faux positif ».

Des erreurs, des angoisses, des avortements…

L’alerte avait déjà été lancée en 2019 par des experts en génétique médicale : aucun des dix laboratoires commercialisant un test prénatal non invasif aux États-Unis ne respecte pleinement les recommandations de l’American College of Medical Genetics and Genomics. Des recommandations pourtant essentielles afin de permettre aux futurs parents d’évaluer la fiabilité du dépistage entrepris

La conséquence : des résultats anxiogènes pour la femme enceinte qui poussent à l’avortement. Une étude réalisée en 2014 montrait déjà que dans 6% des cas, les femmes n’attendaient pas la confirmation des résultats du test de dépistage (comme une amniocentèse) pour avorter.

Médecins et femmes enceintes sont induits en erreur, estime le New York Times, par des brochures présentant les tests comme « fiables », « extrêmement précis ». Certaines entreprises vont jusqu’à proposer des tests sans publier de données sur leurs performances, ou n’indiquent que les chiffres pour leurs meilleurs dépistages. D’autres fondent leurs affirmations sur des études incluant seulement une ou deux grossesses présentant la maladie en question. Ces tests échappent en effet au contrôle de la Food and Drug Administration (FDA), qui ne les règlemente pas.

… et des profits

Mais les gains financiers sont énormes : les estimations des analystes sur la taille du marché du dépistage prénatal vont de 600 millions de dollars à des milliards de dollars, et le nombre de femmes passant ces tests devrait encore doubler d’ici 2025. En 2020, une bataille juridique et financière de plus de trois ans autour d’un brevet relatif au DPNI avait trouvé un terme. Avec des actions en hausse à la clé. Suite à l’enquête du New York Times, un cabinet d’avocats a annoncé le lancement d’une enquête. Pour le compte des patientes ? Non. Des investisseurs.

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