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Sans elle, les Filles de la Charité n’auraient peut-être jamais vu le jour

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Site des Filles de la charité, province Belgique-France-Suisse

Marguerite Naseau.

Raphaëlle Coquebert - publié le 19/12/21

Sans Marguerite Naseau (1594-1633), jeune vachère de Suresnes (Hauts-de-Seine), les Filles de la Charité, œuvre commune des saints Vincent de Paul et Louise de Marillac, n’auraient peut-être pas vu le jour. Très attachés à sa figure, les chrétiens du diocèse de Nanterre se réjouissent de l’ouverture de son procès en canonisation.

Ceux qui prétendent que les femmes n’ont jamais tenu que des rôles de figurantes dans l’histoire de l’Église gagneraient à se pencher sur la vie de l’un de ses saints les plus populaires, Vincent de Paul (1581-1660). Sainte Louise de Marillac, première supérieure de la Compagnie des Filles de la Charité, est en effet loin d’avoir été la seule « influenceuse » de l’illustre apôtre de la charité. Parallèlement aux dames du monde d’alors, une humble paysanne, née aux portes de Paris sur une terre de vignobles, a orienté de manière décisive l’action du petit pâtre devenu aumônier de la reine. 

Treize ans avant leur rencontre, le père Vincent a fondé en 1617 dans sa paroisse de Châtillon-les-Dombes (Ain) les Confréries de la Charité, pour contrer la misère matérielle et spirituelle des campagnes. Des petites équipes de femmes bien nées exerçant la charité auprès des crève-la-faim. Par un effet boule de neige, le mouvement gagne Paris en un peu plus d’une décennie.

À une dizaine de kilomètres de la capitale, Marguerite Nezot – c’est le nom qui figure sur son acte de baptême – est pour sa part préoccupée par le défaut d’instruction des filles pauvres dans le monde rural. Énergique et volontaire, elle a appris à lire et écrire à la force du poignet et parcourt les villages voisins de Suresnes pour partager son savoir avec ses semblables. C’est en 1630, au cours de cette vie itinérante marquée par la précarité -elle dort et se nourrit comme elle peut- qu’elle croise la route du futur saint, alors en mission d’évangélisation avec des prêtres lazaristes.

Frappée par sa détermination au service des plus démunis, il l’exhorte à venir à Paris s’occuper des pauvres malades, pris en charge par la Confrérie de la paroisse Saint-Sauveur (IIe arrondissement actuel). A-t-elle deviné qu’elle avait affaire à un homme d’exception ? Elle se laisse convaincre sans peine, entraînant même à sa suite quelques camarades. 

Une postérité insoupçonnée

Sitôt présentée à Louise de Marillac, elle lui fait faire un pas décisif dans sa réflexion sur la nature de l’œuvre à entreprendre auprès des nécessiteux. Sans palabres, par son seul exemple, Marguerite lui fait mesurer les limites de l’engagement des femmes issues de la haute société auprès des couches populaires. C’est au sein des pauvres eux-mêmes qu’il faut recruter des âmes d’élite prêtes à en découdre avec la misère ! Vincent de Paul se laisse convaincre par ses arguments : la Compagnie des Filles de la Charité naît en novembre 1633 de ce regard croisé entre deux visions complémentaires, l’une masculine, l’autre féminine. Deux cœurs habités par le désir de se faire serviteurs des plus petits.

Marguerite ignora le rôle qu’elle joua dans la création de cette œuvre grosse d’avenir. Après s’être dévouée corps et âme au sein des trois Confréries parisiennes existantes (Saint-Sauveur, Saint-Benoit et Saint-Nicolas-du-Chardonnet), elle meurt de la peste à 39 ans, à l’hôpital Saint-Louis, en février 1633. Elle avait contracté la maladie auprès d’une de ses protégées. 

Lors d’une conférence donnée en juillet 1642 sur les vertus de Marguerite Naseau, saint Vincent de Paul dira d’elle qu’elle a été « la première Fille de la Charité », ajoutant que « tout le monde l’aimait, car il n’y avait rien que d’aimable en elle. »

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Histoire des Filles de la Charité, de Matthieu Brejon de Lavergnée, éditions Fayard, avril 2011, 30,5 euros.

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