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Ce que des membres de l’Académie catholique reprochent au rapport de la Ciase

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THOMAS COEX / AFP

Agnès Pinard Legry - publié le 29/11/21

Huit membres de l'Académie catholique de France ont adressé au pape François une analyse critique du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase) publié début octobre.

Nouveau débat autour du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase). Huit membres de l’Académie catholique de France ont envoyé au pape François une analyse critique d’une quinzaine de pages du rapport de la Ciase. Les signataires, Jean-Robert Armogathe, directeur de la revue de théologie Communio, Philippe Capelle-Dumont, professeur de philosophie à la faculté de théologie de Strasbourg, l’avocat Jean-Luc Chartier, l’historien Jean-Dominique Durand, la juriste Yvonne Flour, le philosophe Pierre Manent, Hugues Portelli, président de l’Académie catholique et doyen de la faculté de sciences sociales et économique de l’Institut catholique de Paris, et Emmanuel Tawil, maître de conférences à Paris-II, y dénoncent les faiblesses méthodologiques, théologiques et juridiques du rapport de la Ciase ainsi que « ses analyses parfois hasardeuses ».

Une méthodologie « défaillante et contradictoire »

« L’Académie catholique de France est une instance d’analyse et de réflexion. Son propos n’est pas d’être dans la polémique », préviennent-ils. « Bien au contraire, il s’agit de soumettre le rapport de la Ciase à un examen attentif comme seule peut le faire une Académie, sans passion, avec toute la rigueur voulue. » Reconnaissant que le rapport de la Ciase « est né d’une démarche courageuse et justifiée », ils affirment néanmoins que « la Commission, par une périodisation discutable de son analyse, a sous-estimé le travail d’éradication de ces fléaux entrepris par l’Église catholique à tous ses niveaux ». Mais les défauts les plus graves du rapport de la Ciase portent selon eux, « outre une méthodologie défaillante et contradictoire et des carences sérieuses dans les domaines théologiques, philosophiques et juridiques », sur les recommandations « qui sont discutables dès lors que leurs prémisses le sont ». « Les recommandations d’une Commission sans autorité ecclésiale ni civile ne peuvent être qu’indicatives pour guider l’action de l’Église et de ses fidèles », résument-ils.

Une analyse à laquelle s’oppose Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France (CEF) et membre de l’Académie catholique de France. « Si des experts et des scientifiques peuvent toujours discuter de leurs méthodes et de leurs résultats, nous, évêques, avons reçu les conclusions de la Ciase pour ce qu’elles sont : un travail que nous devons prendre au sérieux et qui désigne des chemins de renouvellement possibles pour notre Église », a-t-il défendu dans une tribune publiée dans La Croix.

Ils remettent d’abord en cause la méthodologie ayant abouti à l’estimation de 330.000 victimes de prêtres ou de laïcs en mission dans l’Église entre 1950 et 2020. « Un gouffre sépare le nombre de témoignages reçus par la Ciase (2.738), le chiffrage des victimes relevées par l’étude de l’EPHE (Ecole Pratique des Hautes Etudes) diligentée par la Ciase (4.832) […] et les estimations faites à partir d’un sondage conduit par l’Ifop », détaillent-ils. Si les chiffres issus des archives et des témoignages ne permettent de facto qu’une approche incomplète de la réalité « on est en droit de s’interroger sur la méthodologie de l’enquête quantitative qui a conduit à lancer à l’opinion le chiffre de 330.000 victimes, le seul chiffre retenu par les médias ».

Les auteurs de cette note s’interrogent également sur la dimension théologique et philosophique du rapport de la Ciase. Deux dimensions particulièrement présentent dans la partie « recommandations » du rapport qui exigent de l’Église des « changements pastoraux et doctrinaux ». À quatre reprise, par exemple, « la Commission invite à « passer au crible », autrement dit « soumettre à une sélection, une critique impitoyable » : les modes d’exercice du ministère sacerdotal et épiscopal, les énoncés du Catéchisme de l’Église catholique, la morale catholique sur les questions sexuelles, la constitution hiérarchique de l’Église catholique. » On lit au paragraphe 877 que « La Commission n’entend nullement remettre en cause les fondements du sacrement de l’ordre, ni la doctrine catholique de l’Eucharistie », notent les auteurs. Néanmoins « en appelant à passer au crible « le discours qui soutient » les modes d’exercice du ministère sacerdotal et épiscopal, elle invite à remettre en cause cet exercice ».

Faisant référence au climat favorable à la pédophilie dans les années 1950-1970 au sein de la société, les membres de l’Académie catholique à l’origine de cette note considèrent que « l’Église catholique vit dans un corps social aux frontières inévitablement perméables », et que « la responsabilité de certains de ses membres doit prendre en compte un contexte sociologique, psychologique, philosophique et théologique. Ce qui n’enlève rien à l’horreur des crimes commis. Il ne les relativise pas, mais il permet de mieux les évaluer. »

Le travail de la Commission étant achevé, le travail d’évaluation de son rapport étant à peine amorcé, c’est à l’Église catholique seule, […] d’entreprendre les réformes nécessaires. »

Un autre point porte sur la dimension juridique et financière. « La mise en œuvre de la responsabilité civile en vue d’assurer l’indemnisation des victimes d’agression sexuelle dans l’Église se heurte à un obstacle, à première vue peut-être déconcertant, mais cependant difficile à écarter. Il tient à ce que l’Église n’est pas une personne juridique », soulignent-ils. « Or, la responsabilité implique une personne responsable, à laquelle le dommage peut être imputé en raison de son comportement et apte à assumer la dette de réparation. De plus, si l’Église n’est pas une personne, cela signifie aussi qu’elle ne peut pas être dotée d’un patrimoine. »

« Le travail de la Commission étant achevé, le travail d’évaluation de son rapport étant à peine amorcé, c’est à l’Église catholique seule, dans sa synodalité, qu’il revient d’entreprendre librement et dans l’esprit des actions lancées depuis vingt ans, les réformes nécessaires pour retrouver son honneur et sa légitimité », concluent les auteurs du document.

Reconnaissant que la critique du rapport est « légitime », Jean-Marc Sauvé, président de la Ciase, a néanmoins fait part de sa « tristesse » et de son « affliction » dans un entretien accordé à La Croix. « Je travaille en ce moment avec mes collègues à une réfutation aussi complète et précise que possible du document de l’Académie catholique », a-t-il également indiqué, invitant l’Académie « à entreprendre sans délai, avec toutes les garanties scientifiques requises, une étude sur les violences sexuelles dans notre société et dans l’Église catholique en particulier ».

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Abus sexuelsCiaseEric de Moulins-Beaufort
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