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Biélorussie : la manipulation migratoire

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biélorusse pologne

Viktor Tolochko / Sputnik / Sputnik via AFP

Des migrants dans un hébergement temporaire situé au poste frontière de Bruzgi-Kuznica Bialostocka, à la frontière biélorusse-polonaise.

Jean-Baptiste Noé - publié le 18/11/21

Historien et géopoliticien, Jean-Baptiste Noé décrypte tous les jeudis les grands événements de l’actualité internationale. Celle-ci est dominée cette semaine en Europe par le chantage aux migrants orchestré par la Biélorussie sur la frontière polonaise.

Comme le rappelle le procès en cours des attentats du 13 novembre 2015, des djihadistes se sont infiltrés dans les flux de migrants de l’été 2015 afin de venir en Europe pour y provoquer leurs méfaits. Là, ils ont pu compter sur des réseaux infiltrés et des diasporas complaisantes. Les flux migratoires qui arrivent de Libye ou du Proche-Orient doivent beaucoup à la volonté de déstabilisation de l’Europe conduite par certains pays. C’était déjà le cas en 2015, ce l’est toujours aujourd’hui, comme l’illustre l’exemple biélorusse. 

Déstabiliser la Pologne

Pays peu connu, secret, opaque, la Biélorussie est la dernière grande dictature communiste en Europe ayant survécu à l’effondrement du monde soviétique. Les dernières élections présidentielles ont été l’occasion d’une fraude massive doublée d’une répression des opposants au pouvoir en place. Une répression condamnée par l’Union européenne et les voisins de la Biélorussie, dont la Pologne, avec laquelle les relations sont très tendues. Comme réponse, Alexandre Loukachenko a décidé de déstabiliser ses voisins en utilisant l’arme migratoire. Depuis l’été, de nombreux avions ont été affrétés du Liban, de l’Irak et du Yémen, transportant des candidats au départ vers Minsk. De là, ils sont conduits vers la frontière polonaise par la police biélorusse puis poussés à entrer dans le territoire voisin. La pression s’est accentuée depuis septembre, obligeant la Pologne à renforcer la protection de sa frontière. Près de 15.000 militaires et gardes-frontières ont d’ores et déjà été déployés sur une ligne de 400 km, pour empêcher l’arrivée de plusieurs milliers de migrants. 

Rien n’est spontané dans ces flux, tout répond à une logique politique de déstabilisation. Des campagnes de recrutement sont organisées au Proche-Orient afin de faire miroiter un avenir heureux et facile. Moyennant paiement d’une somme de plusieurs milliers d’euros, les candidats au départ obtiennent un billet d’avion, un visa pour la Biélorussie et une chambre à l’hôtel. Cet appel d’air est sciemment provoqué par la Biélorussie, qui organise ensuite le départ des migrants vers la frontière polonaise afin de déstabiliser le pays et le punir des sanctions prises à son encontre. La Russie et la Turquie ont certes démenti participer à ce chantage et ont affirmé n’avoir aucun lien avec le gouvernement biélorusse dans cette affaire. S’ils n’y participent pas de façon directe, ils ne sont guère mécontents de cette situation. Il est vrai que les voyageurs qui utilisent la compagnie Turkish airlines pour venir en Biélorussie font tout de façon légale : billet et visa sont obtenus dans le respect des règles de droit. La compagnie ne peut donc rien leur reprocher ni éviter leur départ. La police aux frontières de leur pays les laisse partir et celle de la Biélorussie les laisse arriver. 

Comme Erdogan en 2015-2017 qui avait fait usage du chantage migratoire pour faire pression sur l’Allemagne, organisant le passage des flux à travers son pays vers les Balkans, la Biélorussie utilise à son tour cette arme terrible, qui conjugue drame humanitaire, tensions sociales et déstabilisations politiques.

Ensuite, c’est le chantage à l’émotion : les photos d’enfants perclus de froid, les camps et la désolation pour annihiler la défense politique de la Pologne. Comme Erdogan en 2015-2017 qui avait fait usage du chantage migratoire pour faire pression sur l’Allemagne, organisant le passage des flux à travers son pays vers les Balkans, la Biélorussie utilise à son tour cette arme terrible, qui conjugue drame humanitaire, tensions sociales et déstabilisations politiques. La Pologne est désarmée, ne pouvant faire usage de la force pour repousser les masses humaines qui tentent de passer, mais ne pouvant non plus rester sans rien faire, au risque d’intensifier les flux migratoires. 

L’impuissance de l’Union européenne 

Un mur de barbelés est en cours de construction pour tenter de dresser une digue bien fragile et loin de résoudre le problème de fond. L’Union européenne se montre une nouvelle fois isolée et incapable d’agir de concert sur un sujet pourtant essentiel. Frontex, la police européenne des frontières, est inaudible. Ce sont finalement les Anglais, pourtant en dehors de l’UE qui ont apporté une aide à la Pologne en dépêchant une dizaine de soldats pour soutenir techniquement l’armée polonaise. Aide symbolique plus que réellement utile face au drame qui se joue, mais révélatrice de l’incapacité de l’UE. Au moment où la Pologne est empêtrée dans un conflit juridique avec l’UE, cet abandon sur le sujet migratoire risque de creuser davantage encore le fossé entre les pays d’Europe de l’Est et Bruxelles. 

Pour l’instant, la Biélorussie réussit parfaitement son coup : l’Europe centrale est déstabilisée et l’Union européenne une nouvelle fois fragilisée. Russie et Turquie ont beau dire qu’ils n’interviennent pas dans le dossier, c’est pour eux aussi, pour l’instant, une bonne opération. Entre drame humanitaire, impuissance étatique et cynisme politique, cette nouvelle crise révèle encore davantage les fractures de l’Union européenne. 

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BiélorussiePolitiquePologne
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