Victor Hugo vénérait la République, mais il lui reconnaissait une loi supérieure. Pour notre chroniqueur Henri Quantin, le gouvernement ferait bien de s’en souvenir…
Pro jure contra legem ("Pour le droit, contre la loi"). En 1875, quand Victor Hugo écrivit que c’était là "une des formules de sa vie publique", il avait connu bien des régimes et bien des débats parlementaires. Il était né sous un consulat, avait vu naître le premier et le second Empire, aussi bien que la IIe et la IIIe République, sans oublier deux monarchies constitutionnelles. Dans ce va-et-vient chaotique des régimes politiques, il avait fait de cette brève formule latine sa boussole : Pro jure contra legem.
Monarchiste devenu Républicain, homme de droite ayant viré à gauche, catholique réactionnaire transformé en progressiste illuminé sans autre religion que celle de l’Humanité, il épousa son siècle en rêvant de le faire accoucher d’un monde meilleur. Moins lucide que Balzac ou Baudelaire sur les impasses et les naïvetés du XIXe siècle, il eut souvent tendance à faire du Progrès une divinité et de la République une idole. Pourtant, il ne leur sacrifia jamais ce garde-fou divin, la conscience. Parlant de l’homme politique qu’il fut, il écrivit : "Sa conscience lui a imposé, dans ses fonctions de législateur, une confrontation permanente et perpétuelle de la loi que les hommes font avec le droit qui fait les hommes."












