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COP26 : l’accord sur les forêts, la revanche des enracinés

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CARL DE SOUZA / AFP

Un incendie dans la forêt de la réserve de Novo Progresso, au Brésil, en août 2021.

Tugdual Derville - publié le 12/11/21

Tous les jeudis, Tugdual Derville, co-fondateur du Courant pour une écologie humaine, décrypte les grands enjeux de société à la lumière de Laudato Si’. Ce qui est le plus encourageant dans l’accord sur les forêts obtenu à la COP26, observe-t-il, c’est le rôle enfin reconnu aux communautés pour préserver le lieu où elles vivent.

Le 2 novembre 2021, à la COP 26 de Glasgow, a été annoncé un premier accord sur « la gouvernance mondiale des forêts ». Les dirigeants de plus de cent pays où poussent 85% des forêts de la planète, se sont engagés à inverser le processus de déforestation d’ici à 2030. La place des « peuples autochtones » dans la mise en œuvre concrète et la surveillance de cet accord se révèle centrale. Cet accord « historique » sur les forêts va-t-il transformer notre « peur en espérance » selon le vœu inaugural de Sir Richard Attenborough ? Le célèbre naturaliste, âgé de 95 ans, a prononcé un vibrant plaidoyer au début de la conférence mondiale qui s’achève ce 12 novembre. Soulagement pour ceux qu’atterrent les images récurrentes d’incendies géants, comme celles vues par l’astronaute Thomas Pesquet pendant l’été 2021, en Turquie et ailleurs. Leur fréquence accrue est attribuée au dérèglement climatique, autant qu’à des entreprises crapuleuses.

Biodiversité et humanité

La déforestation est un drame planétaire. Les immenses forêts — d’Amazonie et du bassin du Congo, mais aussi du Canada, de Russie et d’Indonésie — sont nos « poumons verts » : elles captent et retiennent le carbone. A contrario, leur destruction accélérée serait responsable de 8% des émissions de CO2 dans l’atmosphère, selon l’ONG Global Forest Watch. Par ailleurs, les forêts tropicales sont également d’extraordinaires réserves de biodiversité, en termes de flore et de faune… mais aussi d’humanité !

Ce tout dernier point est central. C’est d’ailleurs à la demande des peuples indigènes, que, le 10 septembre 2021, à Marseille, les membres de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ont adopté une résolution pour la protection de 80% de l’Amazonie d’ici à 2025. Leur objectif ? « Éviter un point de non-retour » écologique, mais aussi respecter les droits des peuples qui vivent dans cette méga-forêt tropicale, dont 3 millions d’hectares ont été incendiés ces deux dernières années. 

Les habitants de la forêt se savent spontanément partie de la nature, dont les Occidentaux sont de plus en plus coupés.

« En détruisant les forêts, nous portons atteinte à la biodiversité et à nos vies », a lancé Richard Attenborough dans son discours de Glasgow. « Les forêts fournissent de l’eau douce, purifient l’air que nous respirons, nous inspirent des valeurs spirituelles et nous pourvoient en nourriture… ». Sa référence à la spiritualité a le mérite de dépasser le matérialisme ambiant qui promeut des solutions seulement techniques aux problèmes causés par la démesure technique. Comme l’a en effet montré l’anthropologue Philippe Descola, les peuples autochtones, qui partagent de vastes espaces avec le reste des êtres vivants, expérimentent depuis des millénaires leur symbiose avec la biodiversité, à la préservation de laquelle leur mode de vie de chasseur-cueilleur contribue. Cinq pour cent de la population de la planète occupent 25% des espaces, où s’épanouit 80% des espèces vivantes. La cosmologie de ces peuples n’est pas dualiste (d’un côté la nature, de l’autre l’humanité). Les habitants de la forêt se savent spontanément partie de la nature, dont les Occidentaux sont de plus en plus coupés.

L’action des populations locales est plus efficace

Ce qui est le plus encourageant dans l’accord sur les forêts, c’est le rôle enfin reconnu aux communautés pour préserver — en notre nom à tous — le lieu où elles vivent. Même si des ONG estiment ces promesses insuffisantes, 1,5 milliard d’euros issus de donateurs publics et privés auront pour but de « soutenir la promotion des droits des peuples autochtones et des communautés locales relatifs aux régimes fonciers applicables aux forêts, ainsi que de reconnaître et de récompenser leurs rôles de gardiens des forêts et de la nature ». Le territoire que connaissent intimement ces peuples est devenu patrimoine commun de l’humanité. Et, il ne s’agit plus seulement d’honorer leurs droits — qu’ils n’auraient pas la force de faire valoir sans soutien extérieur — mais surtout de reconnaître leur compétence.

Tout se passe ici comme si on redécouvrait la valeur des communs géographiques et culturels, longtemps méprisés par les tenants de la globalisation.

À ce titre, la revue anglophone Ecology and Society vient de publier une étude titrée : « Le rôle des peuples indigènes et des communautés locales pour la protection effective et équitable des écosystèmes ». L’ambition de l’étude est de déterminer comment et par qui les écosystèmes sont le mieux protégés. Pour l’évaluer, 169 publications sont décryptées, afin de discerner comment les « diverses formes de gouvernance influencent les résultats des programmes de conservation, avec une attention particulière au rôle joué par les peuples autochtones et les communautés locales ». Le bilan est éclatant. L’abstract de l’article souligne le « contraste frappant » entre le faible impact des programmes contrôlés « de l’extérieur » et l’efficacité des programmes « contrôlés localement » : « La plupart des études présentant des résultats positifs pour le bien-être [des habitants] et la conservation [de la biodiversité] proviennent de situations où les peuples autochtones et les communautés locales jouent un rôle central, par exemple lorsqu’ils ont une influence notable sur la prise de décision ou lorsque les institutions locales réglementant les attributions de mandats de gestion font partie intégrante de la gouvernance. En revanche, lorsque les interventions sont contrôlées par des organisations externes et impliquent des stratégies pour changer les pratiques locales et remplacer les institutions coutumières, elles tendent à aboutir à une conservation plutôt inefficace, tout en induisant des impacts sociaux négatifs. »

La valeur des communs culturels

Tout se passe ici comme si on redécouvrait la valeur des communs géographiques et culturels, longtemps méprisés par les tenants de la globalisation. Cette découverte vient en écho des réflexions d’Aquilino Morelle tirées de son essai remarqué L’Opium des élites (Grasset, 2021). L’ancien conseiller de François Hollande reprend la typologie du britannique David Goodhart : les « gens de quelque part » (somewhere) s’opposent aux « gens de partout » (anywhere). Et Aquilino Morelle de réhabiliter « les citoyens enracinés et dotés d’une identité « fixe » ou « assignée », fondée sur l’appartenance à un groupe et un territoire donnés, et, pour cette raison, facilement désemparés par le changement et les changements, pris de haut et moqués par ceux jouissant d’une identité « portative » ou « mobile », liée à leur niveau d’éducation universitaire et à leur réussite professionnelle, appréhendant pour cela la globalisation et ses bouleversements avec tranquillité. »

Pour l’essayiste, ces derniers, quoique minoritaires, « dictent l’agenda politique » ; il fustige alors leur obsession pour les valeurs « progressistes » qui les unissent (on pourrait les synthétiser par l’idéologie de la déconstruction), à rebours du « besoin, partagé par la plupart des hommes de conserver une certaine stabilité à leur vie, d’y disposer de repères afin que leur univers leur reste familier, de préserver une capacité à s’orienter dans le monde ».

La revanche des enracinés

Doit-on saluer la grande revanche paisible des indigènes ? Les communautés autochtones sont les meilleurs gardiens du monde naturel. Le pape François le souligne dans Laudato si’ : « Il est indispensable d’accorder une attention spéciale aux communautés aborigènes et à leurs traditions culturelles. Elles ne constituent pas une simple minorité parmi d’autres, mais elles doivent devenir les principaux interlocuteurs, surtout lorsqu’on développe les grands projets qui affectent leurs espaces. En effet, la terre n’est pas pour ces communautés un bien économique, mais un don de Dieu et des ancêtres qui y reposent, un espace sacré avec lequel elles ont besoin d’interagir pour soutenir leur identité et leurs valeurs. Quand elles restent sur leurs territoires, ce sont précisément elles qui les préservent le mieux » (n. 146).

Les déracinés que nous sommes largement devenus comptent sur le savoir des enracinés pour sauvegarder, en connaissance de cause, l’un des plus précieux commun de l’humanité. Réjouissant.

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