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Taïwan : l’Europe doit se positionner

TAIWAN

© structuresxx - shutterstock

Jean-Baptiste Noé - publié le 11/11/21

Conseil en géopolitique, directeur de la revue "Conflits", Jean-Baptiste Noé décrypte tous les jeudis les grands événements de l’actualité internationale. Il porte son regard cette semaine sur Pékin qui ne masque plus son désir de prendre le contrôle de l’île de Taïwan. La Chine isole les entreprises et les États qui ont des relations avec l’ancienne Formose. L’Europe ne peut rester indifférente et, à l’instar des États-Unis, devra prendre position.


Le 22 octobre, répondant aux questions de journalistes, Joe Biden a affirmé que les États-Unis étaient prêts à défendre militairement Taïwan en cas d’attaque de la Chine. Des propos clairs, qui sortent de « l’ambiguïté stratégique » jusque-là développée, visant à laisser planer le doute sur une éventuelle opération militaire. Attaquer Taïwan, ce serait donc aussi, pour Pékin, attaquer Washington. Reste à savoir si les États-Unis ont les moyens d’une telle opération militaire, toute opération navale étant toujours délicate et incertaine. 

Étouffer Taïwan

Pékin joue sur un autre registre que l’attaque directe : l’étouffement. Il s’agit d’isoler les entreprises internationales qui travaillent avec Taïwan en leur fermant le marché chinois. Entre une île de 23 millions d’habitants et un pays de près de 1,5 milliard, le choix économique est vite réalisé. L’étouffement concerne aussi les personnes qui se montrent favorables à Taïwan, en leur fermant les visas nécessaires pour venir en Chine. Début novembre, Pékin a interdit l’entrée sur son territoire aux proches et aux relations d’une liste de personnalités taïwanaises jugées trop indépendantistes. Il est peu probable que Pékin attaque directement Taïwan. Une opération militaire est toujours très hasardeuse et remplie d’imprévus tant logistiques que stratégiques. La stratégie chinoise a toujours consisté à vaincre sans combattre, jusqu’au moment où il est possible de prendre un territoire, comme le Tibet en 1950. Ce n’était pas une conquête à proprement parler puisque le Tibet était déjà dans l’orbite de la Chine. C’est ce qui s’est produit aussi pour Hong Kong en janvier 2021. La conquête finale a été la conséquence d’un long étouffement commencé en 1997. Il en va de même pour Taïwan : d’abord étouffer puis, quand le moment sera venu, occuper un territoire qui sera déjà tombé. 

De plus en plus de Taïwanais se sentent d’abord Taïwanais et non pas Chinois, ce qui est encore plus manifeste chez la jeune génération.

L’indépendance de Taïwan

Mais la chose est plus difficile à réaliser à Taïwan qu’ailleurs. L’insularité contribue à créer une identité propre. La démocratie et le développement économique distinguent ce pays de la Chine continentale ; les modes de vie y sont aussi différents. De plus en plus de Taïwanais se sentent d’abord Taïwanais et non pas Chinois, ce qui est encore plus manifeste chez la jeune génération. Plus le temps passe, plus Taïwan devient taïwanaise et moins elle est pékinoise. Le temps, pour une fois, semble jouer en défaveur de la Chine. Un pays ne peut faire la guerre que s’il est jeune et s’il est prêt à sacrifier une partie de sa jeunesse à une cause plus grande. Or la Chine vieillit et vite. Les jeunes générations se marient moins et limitent leurs enfants et, du fait de l’ancienne politique de l’enfant unique, le pays compte un trop plein d’hommes par rapport aux femmes. Ce déséquilibre démographique, couplé au vieillissement de la population, affaiblit la puissance démographique de la Chine, qui était l’un de ses piliers de puissance. Si Pékin est prêt à faire une intervention militaire, il ne devra pas trop attendre. Pour une fois. 

Où est l’Europe ? 

Les pays d’Europe, s’ils veulent encore compter sur la scène mondiale, devront prendre position. Ne rien dire, c’est se mettre du côté de la Chine. Mais peuvent-ils réellement avoir un avis indépendant ? Pour cela, il faut le pouvoir certes, mais aussi le vouloir. Or beaucoup de pays sont sortis de l’orbite de la réflexion stratégique. Pour pouvoir, il faut aussi être indépendant. Or, là aussi, beaucoup sont tenus par leurs engagements financiers à l’égard de la Chine. La Grèce et le Monténégro ont contracté de nombreuses dettes avec Pékin. L’Italie est de plus en plus liée avec le commerce chinois. Les industries françaises et allemandes sont en grande partie localisées en Chine. Cela crée des liens de dépendance, qui sont aussi à double entrée. Pas si simple donc de s’opposer à Pékin quand on lui doit tant. L’Europe semble donc prise dans une double dépendance : celle de Pékin, par l’économie et le commerce, celle des États-Unis, par la politique, le commerce, le militaire. Dans ce nouveau grand jeu mondial qui est en train de se mettre en place et dont Taïwan est l’épicentre imprévu, les pays d’Europe semblent être réduits à jouer le rôle de spectateurs, ou peut-être de second rôle ? 

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