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Rapport de la Ciase : la miséricorde en procès ?

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THOMAS COEX / AFP

Alex et Maud Lauriot Prévost - publié le 03/11/21

Comme d’autres laïcs en responsabilité, Alex et Maud Lauriot-Prévost prennent la parole pour apporter leur point de vue sur le rapport de la Ciase examiné par les évêques à Lourdes. Selon eux, l’enquête demandée par les évêques est le procès d’une fausse miséricorde pratiquée au sein de l’Église.

La question est quelque peu provocante, au regard de la réalité historique redoutable à laquelle est confrontée l’Église de France, et au travers elle, l’Église tout entière : l’Église a-t-elle exercé la miséricorde de manière juste et pertinente, en termes évangéliques naturellement ? En effet, la condamnation universelle de la « faute » systémique de l’Église s’appuie a priori sur un double processus ecclésiastique qui s’est révélé criminogène à grande échelle comme la Ciase l’a démontré. Les responsables de l’Église, au moment des faits ont, d’une part, tenté de protéger coûte que coûte la réputation — et en cela l’autorité morale et religieuse — de l’institution, et d’autre part, ont témoigné d’une prétendue miséricorde vis-à-vis des auteurs de ces crimes : cette « miséricorde » s’est pourtant révélée au mieux immature et candide, en réalité sûrement fallacieuse, voire quasi complice des bourreaux et traître vis-à-vis des victimes. Nous pourrions sans doute aller jusqu’à dire, qu’une telle miséricorde est en fait un péché contre l’Esprit. 

Des réflexes de protection corporatistes

Le premier volet de ce processus systémique, comme le souligne clairement le rapport, illustre la volonté, voire la stratégie, d’une certaine gouvernance ecclésiastique de préserver la réputation de l’institution ecclésiale, même si elle était informée du degré abject et répété d’actes perpétrés par des clercs sur des enfants ou des personnes fragiles. Cette volonté ou cette stratégie révèlent également une forme de réflexe corporatiste du monde clérical : certes, nous retrouvons de tels réflexes un peu tribaux dans bon nombre de métiers, mais d’une part, on aurait pu attendre moins de réflexe primaire chez des disciples du Christ et surtout, un tel corporatisme a revêtu un caractère pervers, mortifère, voire criminel dans bien des cas. Sans être juriste, n’y aurait-il pas là une qualification pénale possible de délit de non-assistance à personne en danger et de complicité de mise en danger d’autrui, voire d’une qualification plus grave encore, sachant que certaines agressions sexuelles sont bien d’ordre criminel ? Nous comprenons que la clameur de colère soit grande dans et en dehors de l’Église, nous comprenons que les victimes et leurs proches soient outrés par de tels agissements et attitudes de la part de soi-disant disciples du Christ. Le jugement des reins et des cœurs n’appartient qu’à Dieu, mais résonnent aujourd’hui en nous ces paroles bibliques où Dieu répond par sa colère face aux cris de son peuple écrasé par l’injustice ou l’infamie, ou ces paroles fort tranchées du Christ face à ceux qui scandalisent les plus petits ou qui pèchent contre l’Esprit.

Une prétendue miséricorde

Le second pilier de ce système perverti est l’exercice d’une prétendue miséricorde évangélique des évêques ou des supérieurs vis-à-vis des abuseurs, mais qui, en ces cas, fut totalement dévoyée, voire pervertie dans les faits et les intentions. Face à tant d’actes abjects, bien des clercs — mais aussi des laïcs — ont fortement minimisé le caractère peccamineux de ces actes odieux, ont fait preuve d’une tolérance « miséricordieuse » facile ou vite expédiée, et de plus, sans réparation à la hauteur de la gravité morale voire mortifère de ces actes. Pire peut-être, la miséricorde a souvent été exigée des victimes envers leurs bourreaux, pour mieux passer l’éponge, pour tourner la page au plus vite, solder les comptes à (très) peu de frais, « noyer la faute dans la miséricorde » comme on dit pieusement : dans ces cas, c’est la gravité de la faute du bourreau qui est de la sorte comme dissoute, tandis que le fardeau de la victime est décuplé par la honte et l’injustice, et bien souvent, à vie (pour ne pas dire « à mort » dans certains cas) ! 

Miséricorde et justice divine sont inséparablement associées dans la Bible, y compris dans les Évangiles

Certes, l’Évangile témoigne de l’immense miséricorde et de la tendresse constante de Jésus vis-à-vis des pécheurs, et jusqu’aux criminels comme le bon larron, dans la mesure où ils se repentent sincèrement à la mesure de leur péché, mais Jésus témoigne tout autant d’une grande exigence : il a des propos parfois très durs vis-à-vis de certains pêcheurs qui restent enfermés dans leur péché, dans leur aveuglement ou leur hypocrisie pharisienne. Miséricorde et justice divine sont inséparablement associées dans la Bible, y compris dans les Évangiles : la Ciase témoigne de ce tragique oubli pastoral, voire théologique et spirituel dans la vie ecclésiale de terrain.

L’effet d’un climat libertaire

Il est vrai que la société, et donc l’Église, ont été bercées — et de ce fait comme progressivement anesthésiées depuis le courant des années cinquante — par une douce idéologie libertaire : « la culpabilité est mortifère », « il est interdit d’interdire », « libérez-vous sexuellement », « à bas l’autorité »… La morale sociale est devenue de plus en plus basée sur les droits et non plus les devoirs des personnes ; elle a généré une sorte de victimisation générale qui dédouane les individus de leur responsabilité : chacun est victime, chacun est donc quasi-irresponsable et donc d’emblée excusé par la société et « pardonné », dira-t-on dans l’Église. De fait, par démagogie ou conformisme, la théologie morale et les pratiques pastorales de l’Église se sont souvent laissées portées par ce courant idéologique dominant, le confortant même par la doctrine chrétienne de la miséricorde, certes parfaitement légitime et nécessaire, mais qui peut conduire à de graves errements et injustices lorsque cette théologie et ces pratiques passent de fait sous silence ou minimisent fortement des doctrines tout aussi importantes comme celles de la Justice et de la Vérité. L’Église a fait preuve en la matière, au minimum d’une grande légèreté et naïveté, mais sans doute bien plus encore : d’une faute et d’un aveuglement très grave, d’un manque de courage et de lucidité. De cela, il serait bon qu’elle le reconnaisse et qu’elle s’en repente.

L’équilibre de la miséricorde et de la justice

Un nouvel équilibre doctrinal, spirituel et pastoral dans la vie Église doit nécessairement être trouvé entre la justice et la miséricorde : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » dit le Psaume 85. Telle est la loi immuable de la révélation judéo-chrétienne, et en cela, de l’exercice équilibré de la justice et de l’amour humain pour tous les hommes.

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