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« Ce monde est tellement beau, cependant »

everst | Shutterstock

Henri Quantin - published on 27/10/21

Comme pour le héros du dernier roman de Sébastien Lapaque, « l’Immonde » désigne tout ce qui nous empêche de dire que le monde réel est beau. Notre chroniqueur Henri Quantin fait le parallèle avec l’Église : malgré l’Immonde et nos aveuglements, l’Église est belle.

« Ce monde est tellement beau, cependant. » Ainsi commence le roman de Sébastien Lapaque, qui raconte le retour à la foi, et plus encore à la vie — à moins que Lapaque ne suggère que c’est la même chose — de son héros Lazare. L’histoire d’une résurrection, en somme, ce qui est bien le moins, quand on porte un tel prénom. De cette première phrase, Lapaque a tiré son titre, Ce monde est tellement beau (Actes Sud). Pourtant, l’essentiel nous semble dans le mot « cependant » et dans la virgule qui le précède pour le faire résonner.

L’histoire d’une action de grâce

Car ce roman, comme aussi toute vie spirituelle, est l’histoire d’une action de grâce arrachée à la pente du désenchantement. Qu’il soit vécu comme une pose avantageuse de dandy ou comme une lassitude de vivre, le désenchantement muselle l’émerveillement. Il bande les yeux ou il les brouille. La beauté de la phrase de Lapaque tient tout entière à l’impression qu’elle répond à mille objections, à mille contre-exemples et à mille ricanements. Il est vrai qu’il y a bien des raisons d’ironiser devant les ravis de la beauté du monde. En incomparable bernanosien, Lapaque n’ignore rien des pièges de la confiserie pieuse, de la lâcheté qui cache sa misère à l’homme, du confort qui prive l’âme de l’ouverture au Créateur et les cinq sens de l’ouverture à la Création. Il peut y avoir bien des aveuglements et bien des mensonges rassurants dans l’affirmation de la beauté du monde.
Lapaque sait aussi, toutefois, que le désespoir est une autre sucrerie, tout aussi dangereuse et sans doute plus sournoise. À la même source bernanosienne, sous la plume du curé d’Ambricourt, on peut puiser une mise en garde pleine d’acuité : « Le péché contre l’espérance — le plus mortel de tous, et peut-être le mieux accueilli, le plus caressé. Il faut beaucoup de temps pour le reconnaître, et la tristesse qui l’annonce, le précède, est si douce ! C’est le plus riche des élixirs du démon, son ambroisie. » Ainsi, on peut prendre goût au dégoût et savourer le spectacle d’un monde sans saveur. On peut jouir du vide ou s’enivrer de ne plus avoir soif. On peut trouver fort doux d’avoir laissé mourir en soi, violemment ou à petit feu, l’enfant qui voulait être un saint. On peut même, plein de fierté, appeler « maturité » ce qui n’est souvent qu’un pourrissement ou un dessèchement intérieur.

Le nom des arbres ou le cortège des saints

Dans son roman, Lapaque appelle « l’Immonde » tout ce qui, dans la modernité, décervelle, enlaidit et se substitue au réel. De la zone commerciale posée en pleine nature à la cabine aseptisée d’un prélèvement de sperme pour une PMA, l’Immonde désigne tout ce qui, au fond, nous empêche de dire que le monde est beau. Face à l’Immonde, le héros de Lapaque se contente parfois d’antidotes minuscules. Pour ne pas laisser tout à fait l’Immonde le couper de la beauté du monde réel, il tient par exemple à connaître avec précision le nom des arbres. Détail apparemment insignifiant, mais signe d’un combat pour habiter la terre sans la mépriser ni la diviniser.

Il est peut-être bon d’appliquer cette méthode à l’histoire de l’Église, en remplaçant les arbres par les saints. Bernanos notait qu’on pouvait regretter parfois qu’un saint, contrairement à un cardinal, ne se distingue par aucun détail vestimentaire. Ne laissons pas l’immonde visible de certains clercs brouiller notre regard, au point d’en oublier le cortège des saints. Car, une fois qu’ils sont canonisés, nous n’avons plus d’excuses pour ne pas les voir. L’Église est tellement belle, cependant.

ce monde est tellement beau

Sébastien Lapaque, Ce monde est tellement beau, Actes Sud, 2021.

Tags:
beautéÉglise
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