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Pierrot a quitté sa coloc’ solidaire pour emménager dans un studio « à lui »

Pierrot

LVK / Aleteia

Si Pierrot a maintenant son propre appartement, il aime passer à Valgiros pour retrouver "la chaleur de la vie en communauté.

Lauriane Vofo Kana - publié le 25/10/21

Pierrot a vécu près de trente ans dans la rue avant d'être accueilli au Valgiros, un centre d'hébergement parisien. C'est là, avec une dizaine d'autres colocataires, qu'il s'est reconstruit. Aujourd'hui, il habite dans un studio "à lui".

Quand il passe, on l’interpelle. « Il connaît du monde vous savez », fait remarquer une voix. Lui, c’est Pierrot, moustache en fer à cheval avec des yeux qui pétillent. À 64 ans, il en a passé presque trente « dans la rue ». La rue à Bruxelles, Paris – où il a vécu longtemps – mais aussi à Carcassonne ou Toulouse.

« J’ai été dans tous les départements de France », confie-t-il. Alors, les noms de ville ou de communes, Pierrot les retient bien. Il a aussi une bonne mémoire pour la musique. Il pourrait en parler pendant des heures. C’est justement pour discuter et rejoindre des amis que le sexagénaire est à Valgiros ce midi. Dans ce centre d’hébergement situé à Paris où bénévoles et personnes ayant connu la rue vivent en colocation, Pierrot connaît tout le monde. Il faut dire qu’il a vécu ces six dernières années dans ce centre créé à l’initiative de l’association Aux Captifs la Libération.

Mais depuis le mois de juin, il a quitté la vie de coloc. Il occupe un « 21 m2« , précise-t-il pas peu fier. Le mélomane prévoit encore d’ajouter « quelques touches personnelles à la déco » histoire de se sentir vraiment chez lui. S’il continue à venir à Valgiros, c’est parce que le lieu lui a permis de prendre un nouveau départ : « Là-bas, j’ai réappris à vivre ».

« Je cherche la vie »

Des départs, cet aîné d’une fratrie de trois en a connus plusieurs. Ils l’ont amené du Luxembourg à la Belgique où sa famille s’est installée. Puis de son village d’Aubange jusqu’à Bruxelles où il va vivre quelques années avec sa compagne et leur fils. « Je voulais devenir ingénieur du son et quand j’ai déménagé avec Chantal, j’ai pris ce que j’ai trouvé. Un boulot ridiculement mal payé mais un boulot quand même ». Le quotidien partagé entre plusieurs jobs et une vie de famille compliquée devient de plus en plus difficile à porter. « Un matin, j’ai fait la bise à mon fils qui devait avoir six ou sept ans. Ensuite, j’ai pris un sac militaire et je suis parti ». C’est ainsi que son errance débute. Pierrot va rencontrer sur son chemin celui qui deviendra un copain, Norbert. Ils rejoignent la France ensemble en 1985.

Rester vivant dans la rue, c’est déjà dur. Et puis il faut pouvoir dire non à tout un tas de choses qui pourrissent la vie comme les addictions.

Quand il ne s’est pas fait embaucher pour un petit boulot, il parcourt les rues. « Avec Norbert, on a fait les poubelles, on a ramassé du pain et, je n’en suis pas fier, on a volé des voitures ». Certains hivers, il trouve refuge dans des églises pour se chauffer et prendre le petit déjeuner. D’un tempérament communicatif, Pierrot aime s’entourer. Ainsi, il fait volontiers de nombreuses rencontres. « Je parlais un jour avec un monsieur près d’une poubelle. Il m’a dit “je cherche la vie”. Je suis resté bouche bée, il n’était pas saoul. Il y a des paroles comme ça, qui vous marquent ». Lorsqu’il fait la connaissance de Robert, il trouve en lui un autre passionné de musique mais surtout « un ami ». « C’est grâce à lui que j’ai connu le père Patrick Giros, le fondateur des Captifs. Robert m’a amené à l’église Saint-Leu [antenne parisienne de l’association Aux Captifs la libération, ndlr]. » 

Retrouver une communauté

Les années passent durant lesquelles il faut se débrouiller, « se battre pour trouver ce dont on a besoin et garder le respect pour autrui ». Pierrot voit régulièrement des bénévoles qui viennent les mains chargées ou le cœur ouvert. Des liens se créent, les visages lui deviennent familiers. « Je m’en foutais du café j’en avais du meilleur, les rasoirs ne m’intéressaient pas, j’aimais ma barbe. Pouvoir parler avec quelqu’un et être vraiment écouté, voilà ce que j’aimais. Et sœur Solange, elle m’écoutait ». Un matin, cette religieuse qui le visite depuis des années à l’occasion d’une maraude va lui annoncer une bonne nouvelle : une place dans un hébergement se libère. « Sœur Solange a téléphoné au directeur des Captifs à l’époque puis elle a contacté le directeur du Valgiros ». Le 15 janvier 2015, le Valgiros devient son chez lui. « Si je n’étais pas venu, je serais mort dans la rue. »

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Chaque semaine, bénévoles chrétiens et anciens sans-abri se retrouvent pour la traditionnelle table ouverte du mardi. Pierrot en profite pour revoir ses amis et anciens colocataires.

Dans ce centre de réhabilitation et de stabilisation, le Belge est accompagné par une assistante sociale. En plus des rendez-vous avec une psychologue et les réunions obligatoires, les temps libres et chaleureux sont nombreux. « Au début il fallait se réhabituer à être en communauté. Même si ça ne passe pas bien avec tout le monde, on ne peut plus être solitaire ». Alors il s’adapte, à son rythme pour « se refaire à la vie normale » . Ce chemin est jalonné d’expériences fortes : un voyage à Lourdes, un autre à Rome où il croise le Pape.

Les yeux scintillants, Pierrot est intarissable sur ses années Valgiros tant il y est attaché. Il fait partie des anciens résidents, et ils sont rares, à revenir aussi régulièrement à Valgiros. « On garde des liens avec ceux qui le souhaitent. Certains n’en ont pas l’envie ni le besoin », explique Véronique Lévêque, la directrice du centre. La personnalité solaire du sexagénaire et son parcours l’ont également marquée : « Au contact du collectif, Pierrot a repris confiance en lui, il s’est relevé en gardant ses fragilités. Il a vécu de nombreux moments de fraternité et lié de vraies amitiés » . Et ce sont ces moments simples du quotidien que Pierrot vient partager pour se ressourcer. Alors le rendez-vous est pris, il repassera dans quelques jours.

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