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L’aventure spirituelle des écrivains catholiques en terre anglicane

Photo by Haywood Magee/Picture Post/Getty Images

JRR Tolkien.

Jean-Baptiste Noé - published on 23/10/21

L’Angleterre aussi est une terre de littérature où les catholiques y ont joué un rôle majeur. Partagés, à partir du schisme anglican, entre la fidélité à leur foi et à leur patrie, ils ont su développer des courants originaux qui ont marqué autant les Britanniques que les Européens. Parmi eux, Shakespeare, Oscar Wilde, Tolkien…

Dès les premiers siècles de l’époque médiévale, le monde anglo-saxon voit apparaître des auteurs spirituels, pour la plupart laïcs, qui développent et renouvellent le genre littéraire des textes mystiques. Cette littérature influence le continent et contribue à la naissance de la littérature propre au monde britannique. Loin d’être uniquement une langue de marchands et de commerçants, comme continue à le penser parfois un certain dédain français, l’anglais se révèle une langue adaptée à la littérature, capable d’exprimer une grande variété de sentiments et de produire poésie, théâtre et roman.

Un dictionnaire dense et complet vient de paraître, sous la direction de Gérard Hocmard, qui recense un grand nombre de ces écrivains catholiques de langue anglaise. Ce Dictionnaire des auteurs catholiques des îles britanniques (Le Cerf, 2021), auquel ont participé plusieurs spécialistes du monde britannique catholique, comme Jean Duchesne, chroniqueur hebdomadaire chez Aleteia, présente une série de près de 500 auteurs allant du Moyen-Âge jusqu’à aujourd’hui.  

La conversion d’Oscar Wilde 

Avec le schisme anglican et les guerres religieuses qui fracturent le monde britannique, la position des écrivains catholiques se fait plus délicate. Privés d’expression publique, certains doivent se cacher ou bien ne pas parler ouvertement de leur foi. C’est le cas notamment de William Shakespeare, dont les recherches récentes ont démontré sa catholicité, notamment dans le fait de parsemer ses pièces de citations de la Bible issue d’une bible catholique prohibée. Avant lui, le chancelier Thomas More a payé de sa vie le fait d’être resté fidèle à l’Église. 

On connaît Oscar Wilde dramaturge de talent, auteur de pièces à succès, dandy flamboyant dans un siècle victorien. Notre Dictionnaire revient sur sa conversion à la foi catholique après sa chute, son procès et son emprisonnement. Dans la prison de Reading, Wilde écrit une longue lettre de remords et d’introspection à son ami Alfred Douglas, qui est aussi une lettre de conversion et d’amour pour le Christ. C’est en prison qu’il redécouvre le Christ, à l’occasion de cette retraite forcée de deux ans, enfermé dans une cellule. À sa libération, en 1897, il conserve sa passion pour la foi, même s’il mène une vie dissolue à Paris, où il décède en 1900. Son chemin de conversion est long, tortueux, chaotique, fait de nombreuses chutes mais aussi d’une rédemption finale quand il reçoit les derniers sacrements avant de décéder. 

Né et baptisé dans la foi anglicane, Tolkien se rapproche du catholicisme au moment de la conversion de sa mère.

Si Wilde n’est pas à proprement parlé un auteur catholique, sa conversion n’intervenant qu’à la fin de sa vie et après sa grande période littéraire, on trouve toutefois chez lui toute une série de poèmes défendant la foi et le christianisme, dans la lignée des poètes romantiques. D’autres écrivains ont connu après Wilde un cheminement similaire de conversion et d’entrée dans le catholicisme, mais de façon plus policée et moins dramatique.      

Les Inklings et le retour à Rome  

Ainsi, le groupe des Inklings, qui représente un mouvement littéraire et spirituel de grande importance dans l’Angleterre des années 1930-1940. Leur nom est un jeu de mots entre encre (ink) et soupçon. Ses deux principaux piliers en sont John Renald Tolkien et Clive Staple Lewis. Les Inklings sont pour l’essentiel des professeurs d’Oxford qui se retrouvent chaque mardi dans un pub du campus, The Eagle and Child (L’Aigle et l’Enfant). Là, ils discutent littérature et présentent l’avancée de leurs travaux écrits. Tolkien enseigne la linguistique, Lewis la littérature médiévale et les deux élaborent une œuvre profane à destination des enfants, le Seigneur des anneaux pour l’un, le Monde de Narnia pour l’autre. Mais les Inklings sont également une aventure spirituelle. Né et baptisé dans la foi anglicane, Tolkien se rapproche du catholicisme au moment de la conversion de sa mère. Il est frappé par le rejet qu’elle subit de la part de sa famille et décide finalement de rejoindre la confession catholique. Il contribue grandement à la conversion de son ami Lewis, qui abandonne ainsi l’athéisme pour le christianisme, tout en regrettant que celui-ci opte pour l’anglicanisme et non pour le catholicisme, même s’il demeure très proche de la foi romaine. Lewis se fait un propagandiste doué de la religion chrétienne, réalisant même des émissions apologétiques sur la BBC qui lui valent un grand succès. Décédé prématurément à l’âge de 64 ans, celui-ci n’a pu achever son chemin spirituel qui aurait pu le conduire à rejoindre son ami Tolkien sur la route de Rome.  

Parce qu’ils ont vécu dans un pays où ils étaient minoritaires, parce qu’ils ont défendu leur foi par la culture et par les lettres, les écrivains catholiques anglais présentent une œuvre originale en Europe. Par les échanges réguliers avec les auteurs français, leur influence fut grande de leur vivant et même bien après leur mort.  

dictionnaire des auteurs catholiques britanniques

Dictionnaire des auteurs catholiques des îles britanniques, par Gérard Hocmard, Le Cerf, 2021.

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