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Don d’organes : « Ton corps aussi est recyclable ! »

don d'organes

© Robert Kneschke - Shutterstock

Christine Pellen - Gènéthique - publié le 20/10/21

Une campagne pour le don d’organes en Suisse interroge sur le respect du corps, même dans la mort.

« Ton corps aussi est recyclable ! » Quand Julie a vu cette campagne pour le don d’organes sur un tramway de Genève, elle a failli en tomber de sa bicyclette d’« émotion ». « Ainsi donc, nous sommes comme les pommes, les sachets de thé, les arêtes de poisson ou la peau de banane qui ont fait les beaux jours de la campagne pour le recyclage des aliments dans nos petites poubelles vertes », s’offusque-t-elle. « En Suisse, deux personnes décèdent par semaine faute de don d’organes », se désole la fondation Reload, « une fondation basée à Genève qui a pour objectif de sensibiliser les Suisses aux dons d’organes », à l’origine de cette campagne.

La Suisse vient d’ailleurs d’entériner le principe du « consentement présumé » pour augmenter le nombre de candidats au don, même si c’est par défaut, le « consentement présumé et silencieux » n’étant « pas un consentement du tout » (Sylviane Agacinski). Toute personne majeure est à présent considérée « comme un donneur potentiel, sauf si elle s’y est opposée de son vivant ». Un consentement « présumé et silencieux » qui « n’est pas un consentement du tout », estimait la philosophe Sylviane Agacinski.

Une pratique ambivalente

Le « don d’organes » se veut un geste altruiste. Un « don » pourrait-il ne pas l’être ? Mais sa philosophie est celle d’une vision mécaniste de l’homme, réduit à l’état d’une machine dont il faudrait changer les pièces défaillantes. Et bien que de nombreuses vies soient sauvées chaque année par les greffes, la pratique est ambivalente. Car la demande appelle l’offre, une offre à laquelle il faut répondre. Les dons peuvent-ils y suffire ? À l’évidence non, puisque des pays comme la Suisse ont recours au consentement présumé. « Et le geste du don disparaît », pointe Sylviane Agacinski.

Le corps n’est-il qu’un vulgaire produit de consommation qu’il faudrait jeter dans la bonne poubelle une fois périmé ?

Avec sa campagne, Reload met en relief cette ambivalence. Le corps n’est-il qu’un vulgaire produit de consommation qu’il faudrait jeter dans la bonne poubelle une fois périmé ? Un corps qui, dans la mort, devrait être recyclé dans une logique d’« économie circulaire » et de préférence en « circuit court » ? Avec un processus d’autant mieux maîtrisé que le moment de la mort serait décidé, comme au Canada où l’on a relevé des collusions entre euthanasie et don d’organes ? La boucle serait bouclée.

« La personne n’est pas seulement le corps »

« Dans la réalité et pour le droit, le corps est un aspect de la personne. Il n’est pas le tout de la personne parce que la personne n’est pas seulement le corps », rappelle la juriste Aude Mirkovic. Et pour la personne, « le corps ne relève pas de l’avoir, mais de l’être », précise-t-elle. Ainsi, « les principes d’inviolabilité et d’indisponibilité qui président aux questions qui touchent le corps, ont pour objectif de protéger la personne dans son corps ». Des principes qui protègent également contre autrui : « Si mon propre corps est indisponible, le corps de l’autre l’est aussi. Autrui ne peut pas appréhender mon corps comme un bien disponible », explique la juriste. Dès lors, la campagne de Reload s’inscrit en contradiction avec le principe d’indisponibilité du corps humain. Or « le respect de l’autre passe logiquement par la nécessité de se respecter soi-même », rappelle Aude Mirkovic. 

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corpsdignitésociété
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