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Le temps n’est plus aux fidèles, le temps est aux disciples

PRAY

Joseph Thomas Photography | Shutterstock

Père Pierre Vivarès - publié le 17/10/21

Lire les signes des temps, c’est découvrir un monde marqué par le relativisme et l’individualisme. Devant cette réalité nouvelle, les chrétiens ne peuvent plus être seulement des fidèles, explique le père Pierre Vivarès, auteur de "Notre Église est au bout de la rue" (Presse de la renaissance). Il leur faut devenir des disciples, capables de rencontrer, d’écouter et de discerner.

La Providence travaille toujours sans que l’on ne s’en rende compte et le chrétien en cherche les signes et les appels au cours des événements qui se déroulent sous nos yeux. Il y a une lecture chrétienne de l’histoire qui veut voir plus loin et plus profondément qu’une lecture économique, sociologique ou géopolitique des faits. « L’Église a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques » (concile Vatican II, Gaudium et Spes, 4). 

Cette expression « scruter les signes des temps » vient de l’Évangile lui-même lorsque Jésus dit : « Quand vient le soir, vous dites : “Voici le beau temps, car le ciel est rouge.” Et le matin, vous dites : “Aujourd’hui, il fera mauvais, car le ciel est d’un rouge menaçant.” Ainsi l’aspect du ciel, vous savez en juger ; mais pour les signes des temps, vous n’en êtes pas capables » (Mt 16, 4). 

Dieu travaille dans notre histoire

Pris que nous sommes dans un flot médiatique qui chaque jour déverse ses téraoctets d’information sur nos écrans d’une part, et dans l’agitation personnelle quotidienne qui nous empêche de méditer d’autre part, nous ne discernons plus les signes des temps. Lorsque nous le faisons, nous sommes toujours tentés par un passéisme stérile qui nous fait croire que c’était mieux avant ou par un pessimisme catastrophique qui nous fait croire que l’avenir est sans issue. Je ne pense pas qu’un chrétien accueillant la vertu théologale d’espérance puisse raisonner ainsi. Ce serait comme dire qu’il est impossible de croire ou impossible d’aimer. 

Méditer seul sur ces signes est nécessaire, partager entre chrétiens sur ces signes est indispensable lorsque l’on veut conduire une communauté chrétienne, un diocèse ou l’Église. C’est ce que font les papes en réunissant régulièrement des synodes à Rome sur des thèmes divers comme “La mission de la famille dans l’Église et dans le monde” (2015), “La vie consacrée et sa mission dans l’Église et dans le monde” (1994), “La nouvelle Évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne” (2012). Mais c’est aussi ce que font les communautés avec un « conseil pastoral paroissial » ou une « équipe d’animation paroissiale ». Ces rencontres partent du principe que le temps n’est pas qu’un facteur d’usure, comme si nous étions confrontés à une lente érosion qui conduira fatalement à une disparition. Dieu travaille dans notre histoire. Elles partent aussi du principe que « l’expérience des siècles passés, le progrès des sciences, les richesses cachées dans les diverses cultures, qui permettent de mieux connaître l’homme lui-même et ouvrent de nouvelles voies à la vérité, sont également utiles à l’Église » (Gaudium et Spes, 44, 2). 

Rencontrer, écouter, discerner

Lors de l’ouverture du dernier synode à Rome (sur la synodalité) le 10 octobre dernier, le pape François a livré les trois verbes nécessaires pour scruter les signes des temps : rencontrer, écouter, discerner. La vie et l’annonce de l’Évangile ne peuvent pas reposer que sur un corpus dogmatique et moral que l’on dépose aux pieds des personnes en leur disant : « Voilà notre foi, prends ou laisse. » La vie chrétienne est une mystique de la relation avec le Seigneur, et qui dit relation dit rencontre, écoute, partage et discernement. Que ce soit dans une rencontre individuelle ou dans une annonce collective de l’Évangile, la première démarche est de rencontrer et d’écouter ce que l’autre ou la société nous disent.

Seul le disciple peut de l’intérieur approfondir sa tradition, la confronter avec d’autres et en tirer tout ce qu’il y a de bon pour faire grandir son propre héritage. 

Bien souvent nous sommes arrivés dépositaires de certitudes à prendre ou à laisser ou de jugements rapides afin de cocher les cases de nos catégories morales inclusives ou exclusives. L’histoire nous parle, les changements de nos sociétés nous parlent. Bien sûr, tout n’est pas bon à prendre, des structures de péché lourdes sont à l’œuvre, des violences et des injustices s’accroissent, mais ce n’est pas en restant dans la nostalgie d’un catholicisme soi-disant triomphant ou dans un repli communautariste qui juge le monde impur que nous serons fidèles à l’Évangile. 

Fidèle ou disciple ?

Il nous faut passer du statut de fidèle à celui de disciple. Ne pas être juste un fidèle qui acquiesce au donné de la foi et pratique les rites d’une religion, mais un disciple qui se laisse instruire par son maître et qui est envoyé dans le monde pour le rencontrer, l’écouter et discerner. Or nos contemporains sont rétifs à l’idée d’être des fidèles. Les signes des temps depuis un siècle, au moins dans le monde occidental, nous montrent trois réalités : le premier est la mondialisation des échanges économiques, sociaux et culturels, avec le relativisme qui en découle pour toute approche qui ne serait que dogmatique (« Je ne suis que l’héritier d’une tradition particulière alors qu’il y en a tant d’autres toutes aussi belles »). La mondialisation critique toutes les traditions reçues et on ne se contente plus d’être le fidèle héritier d’une tradition. Seul le disciple peut de l’intérieur approfondir sa tradition, la confronter avec d’autres et en tirer tout ce qu’il y a de bon pour faire grandir son propre héritage. 

Le deuxième point est la liberté avec le même relativisme qui en découle (« Je fais ce que je veux et suis seul maître de ma vie »). Une obéissance morale qui n’est pas intérieurement comprise et acceptée n’est plus supportable et seul un disciple accepte l’obéissance là où le fidèle aura toujours la tentation d’être infidèle parce qu’il n’est pas intérieurement entré dans le chemin proposé. Le troisième point est l’individualisme des décisions avec un rejet de tout esprit de corps, familial, religieux, national (« Je ne suis plus tenu par un groupe qui m’impose ses règles »). On ne peut plus être le fidèle d’une Église ou d’une paroisse si on n’est pas d’abord intérieurement disciple du Christ et de son Église. L’empreinte sociale des rites chrétiens a disparu et on ne va plus à la messe par habitude ou parce que « ça se fait ». On va à la messe parce qu’on vient se faire instruire par le Christ et le recevoir pour aimer comme le Christ aime.

Favoriser la rencontre

Aucun de ces signes et de ces évolutions des temps ne sont contraires à la foi chrétienne qui appelle à une adhésion personnelle et libre du cœur, une rencontre avec le monde qui informe la foi et une annonce de l’Évangile qui respecte chaque personne. Nous ne pouvons plus nous appuyer sur les acquis d’une « masse de fidèles » mais favoriser la rencontre de chaque personne telle qu’elle est et que le Christ appelle à être son disciple, « pour qu’il ait la vie et qu’il l’ait en abondance » (Jn 10, 10).

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