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Ma douleur de prêtre

Pascal Deloche / Godong

Père Pierre Vivarès - Publié le 10/10/21

Découvrir le poids des péchés atroces commis au sein de l’Église, c’est une grande douleur pour un prêtre, confie notre chroniqueur, le père Vivarès, curé de la paroisse Saint-Paul à Paris. Accepter de porter cette croix, c’est aussi croire que l’Église n’existe pas par elle-même.

Ce mardi 5 octobre, j’ai pris le temps de regarder sur KTO la remise du rapport de la Ciase. Ensuite j’ai pris soin de lire ce rapport, comme un malade se prépare à affronter une opération douloureuse mais nécessaire, comme on va chez le dentiste pour se faire arracher une dent pourrie en connaissant déjà la douleur qui nous attend. Cette douleur, je l’avais vécue en Irlande lorsque j’étais étudiant en théologie en 1996 et que, comme des avalanches successives, chaque semaine, des histoires plus atroces les unes que les autres se succédaient dans les médias sans qu’il fût possible de détourner le regard. 

Cette douleur je l’avais vécue en 2000 avec l’affaire de Mgr Pican, ayant juste déplacé un prêtre reconnaissant lui-même des crimes pédophiles pendant des années avant d’être condamné à dix-huit ans de réclusion. Cette douleur, je l’avais vécue avec les plaignants de l’affaire Preynat de 2016 à 2020 où l’on apprit que trois cardinaux archevêques de Lyon, excepté Mgr Barbarin, n’avaient rien fait pendant quinze ans. Et il y eut aussi les affaires internationales au Chili, avec les légionnaires du Christ, et tant d’autres.

Ma simple place d’homme

Certains trouveront peut-être inconvenant que je partage ma douleur de prêtre, de fidèle du Christ et que je ne devrais juste parler que de la douleur des victimes, des vies brisées, des suicides de ces enfants devenus adultes et qui portent un fardeau que nul ne pourra ôter. Cependant je n’ai guère envie de faire dans le politiquement ou le médiatiquement correct, je n’ai pas envie de présumer ce qu’il convient de dire ou de ne pas dire et je laisse bien volontiers ce soir ma place de chroniqueur régulier pour Aleteia à ma simple place d’homme.

Avant d’être honorés, admirés, imités ou récompensés, nous souhaiterions juste être respectés. Quel que soit notre métier, notre place dans la société, notre fonction familiale ou sociale, nous aspirons avant toute chose au respect que notre simple condition humaine devrait inspirer, au respect que la simple moralité de nos actes quotidiens devrait imposer. Ce dont j’ai eu peur, pendant vingt-cinq ans et encore plus aujourd’hui, c’est de ne plus être respecté comme homme simplement parce que je suis prêtre. J’ai eu peur que mon état sacerdotal emportât ma dignité d’homme qui n’est redevable que de ce que j’ai pu faire. « Jésus lui répliqua : “Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal ! Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ?” » (Jn 18, 23). Or le disciple n’est pas plus grand que le maître et si le respect dû au Christ en tant qu’homme fut bafoué alors même qu’il est Dieu, qu’ai-je à exiger un respect, moi qui ne suis que pécheur ? 

Tout accepter

Cependant ce regard dans la rue sur mon col romain, ce regard à la messe lors de l’exercice de mes fonctions sacerdotales, ces pensées à la lecture de ma signature à la fin de mes mails : « Père Pierre Vivarès, curé de Saint-Paul – Paris IV » me font craindre l’irrespect. Oui, j’ai peur que mon état sacerdotal, accepté et vécu librement, se confonde avec la légitime condamnation de ceux qui, partageant le même état sacerdotal que moi, ont commis des crimes. 

Aucune institution humaine, qu’elle soit politique comme la République ou la monarchie, qu’elle soit philosophique comme des écoles de pensées ou de sciences, qu’elle soit familiale ou associative, aucune institution humaine ne contient en elle-même le poids du péché de ceux qui la composent et en même temps la libération de ce qui nous accable. 

Il me serait intellectuellement facile de me dire : « C’est eux, ce n’est pas moi », mais lorsque l’on appartient à un corps, l’intellect ne peut suppléer à l’affect de décennies de solidarité. Il me serait facile de dire que nos hiérarchies furent défaillantes et prôner des réformes que je n’ai ni la mission ni la capacité de mener à bien. Ce serait lâche de tuer d’une balle dans la nuque l’Église qui est aussi une institution humaine mais qui est ma mère et à laquelle je dois ma vie, ma croissance et mon être aujourd’hui. Je dois tout accepter. 

Dans cet état de crucifié

C’est peut-être cela le mystère de l’Église. Aucune institution humaine, qu’elle soit politique comme la République ou la monarchie, qu’elle soit philosophique comme des écoles de pensées ou de sciences, qu’elle soit familiale ou associative, aucune institution humaine ne contient en elle-même le poids du péché de ceux qui la composent et en même temps la libération de ce qui nous accable. 

Il est facile de quitter une institution humaine qui ne possède qu’en elle-même le principe de son existence. Ce n’est pas le cas de l’Église qui vient de Dieu et qui conduit à Dieu. « À qui irions-nous, tu as les paroles de la Vie éternelle » (Jn 6, 68). C’est crucifiant et parce que c’est crucifiant, je reconnais ici le geste éternel de Celui qui nous a sauvé, le Christ, trahi par les hommes, sauvé par Dieu et c’est dans cet état de crucifié que tout cela me met. Mais c’est dans l’Espérance que je veux vivre et mourir en portant le poids de cette croix et si cette croix peut soulager la souffrance des victimes, je leur offre volontiers.  

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