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Les véritables enjeux du synode sur la synodalité

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MAVRITSINA IRINA | Shutterstock

I.Media - Publié le 09/10/21

Le pape François inaugure solennellement, dimanche 10 octobre, le synode sur la synodalité. Un événement inédit par de nombreux aspects.

Inauguré par le pape François ce dimanche, le synode sur la synodalité est un processus inédit de deux ans censé redonner la parole au Peuple de Dieu. Tous les diocèses du monde sont appelés à participer. Décryptage des grands enjeux d’un synode “nouvelle génération” qui s’inscrit dans la grande réforme de François initiée en 2013 pour décentraliser la gouvernance de l’Église catholique.

1Pourquoi le synode sur la synodalité est-il inédit dans sa forme ?

La phase locale doit durer six mois, mobiliser tous les diocèses et toutes les paroisses (jusqu’en mars 2022) et aboutir à la rédaction d’une synthèse de dix pages. Elles seront ensuite envoyées aux conférences épiscopales nationales qui en feront une synthèse globale. Envoyés à Rome, ces documents serviront ensuite de base, dès septembre 2022,  à de nouvelles discussions au niveau continental. Elles aboutiront à l’élaboration de nouvelles synthèses qui nourriront enfin la phase synodale finale à Rome en octobre 2023. 

Ce vaste processus a été bien accueilli par la plupart des évêques. Il vient cependant s’ajouter selon eux à un calendrier serré déjà occupé en 2021 par deux célébrations romaines : l’année saint Joseph et l’année Amoris Laetitia. Mgr François Kalist, archevêque de Clermont-Ferrand, a par exemple regretté une « disparité entre l’ambition et les moyens », considérant que le court délai entre l’annonce du synode et son lancement, tout comme les seuls six mois de phase synodale à l’échelon diocésain laissaient « à peine le temps » de lancer le processus.

2Le synode sur la synodalité est-il l’aboutissement de la réforme du pape François ?

« Le chemin de la synodalité est justement celui que Dieu attend de l’Église du troisième millénaire ». Ces mots, le pape François les a prononcés en 2015 à Rome à l’occasion du 50e anniversaire de l’institution du Synode des évêques. Quels sont les ennemis de cet aggiornamento demandé par le pontife ? L’esprit du « cléricalisme« , un maux qu’il ne cesse de dénoncer et qui consiste à surévaluer le pouvoir spirituel du pape, de l’évêque et du prêtre, mais aussi du fondateur ou du responsable d’une entité de l’Église. 

Mais le pape François en a aussi contre la « rigidité », qui refuse tout changement par principe, alors que selon lui l’Église est humaine et donc constitutivement appelée à être en mouvement – retrouvant en cela la définition du mot synode, « marcher ensemble ». « Il a été élu pour cela », confiait récemment Mgr Joseph Ha, évêque auxiliaire de Hong Kong. Le prélat chinois se souvenait d’ailleurs que le pontife argentin avait inauguré son pontificat en créant un conseil des cardinaux chargés de l’entourer, un « signal fort ».  

Seule la présence de l’Esprit saint fait la différence.

Le Pape, qui n’a jamais caché son scepticisme vis-à-vis de l’esprit centralisateur de la Curie romaine, a souvent cherché, par ses nominations, ses déclarations ou par son style de gouvernance, à déconcentrer le pouvoir de l’administration romaine. Il a déjà lancé trois synodes depuis 2013 – sur la Famille, la Jeunesse, puis sur l’Amazonie. Mais à l’issue du dernier, il a regretté les polémiques qui ont voulu transformer la question synodale en un combat politique.

Comme il le déclarait dans son discours de Noël à la Curie en 2020, l’Église « est un corps toujours en crise justement parce qu’il est vivant, mais elle ne doit jamais devenir un corps en conflit avec des vainqueurs et des vaincus ». Entre les deux situations, martelait-il alors, « seule la présence de l’Esprit saint fait la différence ». Et le cardinal Mario Grech, secrétaire du Synode des évêques, n’a fait que répéter ces mots : si ce synode n’apprend pas à mieux discerner, c’est-à-dire à écouter la volonté de Dieu individuellement et collectivement, « il sera un échec ».

3Le synode peut-il mettre à mal l’unité de l’Église ?

C’est « toujours un défi d’aller dans les profondeurs spirituelles », déclarait récemment Mgr Heinrich Timmerevers, évêque de Dresde-Meißen. Le prélat allemand parle d’expérience : s’il est convaincu que la dimension synodale de l’Église est « cruciale » aujourd’hui, il sait aussi que dans son pays, le synode national lancé en 2019 n’a pas été un long fleuve tranquille. 

Cette crainte, son confrère suisse Mgr Jean-Marie Lovey, du diocèse de Sion la comprend. Mais il considère qu’elle est principalement fondée sur des présupposés qui court-circuitent la démarche en elle-même. Le synode n’est pas un parlement politique, insiste-t-il, mais une « marche ensemble », étymologie du terme. C’est en cela, assure le Valaisan, que le synode ne peut pas diviser mais au contraire « apporte une communion plus grande » à une communauté qui peine à se penser comme unie.

Les deux évêques rejoignent en cela le pape François qui distinguait dans son livre Un temps pour changer (2020) l’opposition fructueuse de la « contraposition » à la binarité stérile de la « polarisation ». Autrement dit, pour le Pape, le synode ne doit pas nier les désaccords, les charismes, les sensibilités au sein de l’Église mais au contraire les explorer en tant que différences pour se mettre en quête d’une plus grande cohésion.

Il disait voir par ailleurs dans le processus synodal un moyen de  « révéler les agendas et les idéologies cachés ». Plutôt que d’en avoir peur, il estimait que les pressions idéologiques sont « un bon signe ». Car partout où l’Esprit de Dieu est présent, « les tentations de le faire taire ou de le distraire sont aussi présentes ». Et d’ajouter : « Si l’Esprit n’était pas présent, ces forces ne s’en préoccuperaient pas. » Si la dynamique synodale veut renforcer l’unité au sein de l’Église, elle est également pensée pour renforcer les liens entre l’Église catholique et les autres confessions chrétiennes.

4Le synode veut-il répondre à la crise des abus dans l’Église ?

« Les mots ne peuvent pas suffire, nous sommes tous appelés à nous engager résolument dans la lutte contre les abus comme nous y invite le Document préparatoire du synode ». Posté sur son compte Twitter le 5 octobre dernier, jour de la publication du rapport de la Ciase sur les abus sexuels dans l’Église en France, l’appel de la sous-secrétaire du Synode des évêques, sœur Nathalie Becquart, est un signe qui ne trompe pas. La crise des abus sexuels, parce qu’elle découle notamment d’une notion dévoyée de l’exercice l’autorité dans l’Église, sera au cœur des réflexions synodales – du moins dans les diocèses où les affaires sont sorties.

Une meilleure articulation entre la dimension verticale et la dimension horizontale, c’est-à-dire entre la hiérarchie et la synodalité.

Jean-Marc Sauvé, président de la Ciase, voit d’ailleurs dans ce synode qui s’ouvre une opportunité de réfléchir à la gouvernance de l’Église catholique. « Parmi les orientations qui nous semblent utiles et prioritaires, il y aurait la recherche d’une meilleure articulation entre la dimension verticale et la dimension horizontale, c’est-à-dire entre la hiérarchie et la synodalité », explique-t-il. En clair : « Nous pensons que plus de délibérations protégeraient davantage l’Église catholique et lui permettraient de répondre de manière plus efficace et pertinente au problème des abus ».

Quatre jours avant la publication du rapport de la Ciase, Mgr Éric de Moulins Beaufort, président de la Conférence épiscopale de France, alors à Rome, confiait qu’il n’était pour l’heure pas envisagé de lancer en France un processus synodal national pour répondre à la question des abus – comme ce fut le cas de l’Église en Allemagne ou bien en Irlande. Il laissait pour autant entendre que le synode qui s’ouvrirait le 16 octobre dans tous les diocèses du monde serait l’occasion de « recueillir ce qui viendra » sur ces questions-là.

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