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Derrière le caractère bien trempé de saint Jérôme, un cœur compatissant

Aliénor Goudet - Publié le 29/09/21

Saint Jérôme (347-420), grand intellectuel et docteur de l’Église, est réputé être un saint qui avait mauvais caractère, à tout le moins assez sanguin. Ses amis comme ses adversaires en ont souvent fait les frais. Pourtant, Jérôme savait s’adoucir face à la souffrance d’autrui.

Rome, 384. La ville éternelle est recouverte de nuages gris. Le ciel pleure aussi en ce triste jour. Pour une fois, Jérôme n’a pas le nez enfoui dans un de ses précieux manuscrits. On n’entend pas non plus le grattement de sa furieuse plume ou des prières récitées à voix haute. Non, aujourd’hui, le secrétaire du pape Damase contemple avec tristesse le parchemin vierge de sa tablette. Blésille, une veuve consacrée, fille de son amie Paula, vient de succomber à une longue maladie. Jérôme a donc décidé d’écrire une lettre à Paula. Mais les mots viennent difficilement. 

Quand il s’agit de défendre ses traductions, la plume fuse, poussée par sa passion. Lorsqu’il faut faire l’éloge de la vertu, les mots lui viennent sans retenue. S’il faut remettre sur le droit chemin des amis égarés, il sera aussi sévère qu’avec les ennemis de la chrétienté. Mais toute l’ardeur dont il est capable se dissout face à la perte de cette belle âme. Alors il joint les mains et prie quelques instants avant de reprendre sa plume. 

Comme le Christ face au tombeau de Lazare

La main tremblante, Jérôme fait d’abord l’éloge de la défunte. Après la mort de son mari, Blésille a tout sacrifié pour le Seigneur. Jérôme loue sa persévérance dans l’apprentissage du grec et de l’hébreu. Elle avait aussi vendu ses biens pour les plus pauvres. Elle passait de longues heures en prière et étudiait sans relâche les textes sacrés. 

– Qui pourrait, sans gémir, parler de son assiduité à la prière, de la grâce avec laquelle elle savait s’exprimer, de la fidélité de sa mémoire, de la vivacité de son esprit ? écrit-il.  

Son courage face à la maladie ne l’a rendue que plus vertueuse. Jérôme ne doute pas qu’elle se soit présentée au Christ sans honte. Alors qu’il continue son éloge, les souvenirs se font plus clairs et une larme coule sur le parchemin. Si lui éprouve cette peine, qu’est-ce que cela doit être pour une mère ? 

– Hélas ! qu’on est peu propre à consoler les autres quand on succombe soi-même sous le poids de sa douleur, et que la voix est entrecoupée par les sanglots et étouffée par les larmes ! Jésus-Christ, que Blésille suit maintenant, et les saints anges avec qui elle se trouve, me sont témoins que je partage avec vous vos peines et vos chagrins.

Il s’arrête un instant. Sa main tremble trop, alors il pose la plume et prie à nouveau. Ce monde imparfait qui a tué le Christ est plein d’injustice. De cupides païens blasphémateurs vivent longtemps et luxueusement. Simultanément, de jeunes chrétiens vertueux périssent. 

Toujours de feu

La peine alourdit la poitrine de Jérôme. En contraste, son estomac le brûle. Son élan naturel le ronge, s’indignant qu’il se laisse aller ainsi à la peine. Paula aussi a cessé de manger et dormir depuis la mort de sa fille. Une passion colérique prend possession de la plume. 

– Vous criez, vous hurlez, et, devenue comme furieuse, vous faites tout ce que vous pouvez pour vous donner la mort. Mais dans l’état où vous êtes, Jésus-Christ s’approche de vous pour vous dire : « Pourquoi pleurez-vous? Votre fille n’est pas morte, elle n’est qu’endormie. » (Mc 5, 39)

Il conjure Paula de prendre part au bonheur de sa fille. Blésille connaît à présent le bonheur éternel près du Christ. Elle est morte vertueuse et gâcher des larmes sur un sort si doux n’est point acceptable. Jérôme s’adoucit à nouveau et rédige ensuite de plates excuses. Il est encore trop tôt pour se faire donneur de leçon devant une mère qui pleure son enfant.

– Je touche votre plaie avec toute sorte de précaution ; mais elle est encore trop récente, et je sens bien que ma main ne sert qu’à irriter le mal, au lieu de le guérir. 

Alors il fait encore l’éloge de Blésille et de sa parfaite vertu. S’ils n’auront plus la joie de côtoyer une si belle âme sur terre, ils peuvent se réjouir d’avoir auprès du Christ une avocate de taille. Jérôme termine sa lettre en promettant que Blésille vivra éternellement dans ses écrits.

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