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Cinéma : Notturno, l’élégie pour le Moyen-Orient à voir d’urgence

Notturno

© IMDB

Louise Alméras - Publié le 27/09/21

Après le documentaire très remarqué Fuocoammare (2016) sur les migrants de Lampedusa, Gianfranco Rosi pose sa caméra au Moyen-Orient et révèle une situation fragmentée où la guerre a meurtri de nombreuses âmes.

Notturno a été tourné au cours des trois dernières années le long des frontières de l’Irak, du Kurdistan, de la Syrie et du Liban. On ne sait jamais précisément de quel côté l’on se trouve, et les hommes armés s’y ressemblent tous. Tout autour, des signes de violence et de destruction. Au premier plan, l’humanité qui se réveille chaque jour d’une nuit qui paraît infinie. Le réalisateur part en totale immersion dans ces pays meurtris par les guerres intestines, celles menées par l’Occident, l’affrontement entre sunnites et chiites et la monstruosité de l’État islamique.

Dans ce documentaire, le réalisateur nous montre le quotidien des vivants où les sourires et les joies se font rares. Car derrière les images de cartes postales, magnifiquement mises en valeur dans le film, se cache une vie quotidienne difficile.

Un nocturne au cœur de la nuit du Moyen-Orient

Avec ce film, Gianfranco Rosi souhaitait réaliser ce qui n’avait jamais été fait auparavant. Et il y est parvenu, avec brio. Aucun film n’a jamais aussi bien montré, avec autant de délicatesse et de vérité, la vie d’un peuple après l’horreur. Le silence est d’ailleurs la plus belle musique qu’il pouvait leur offrir. Un long silence face à leur courage, à leur peine et leurs blessures à jamais présentes. Un silence toujours ponctué de bruits de mitraillettes. Un silence dans lequel nombre d’entre eux sont enfermés après avoir traversé l’enfer.

Les couleurs fortes et vives montrent pourtant la victoire de la vie. Le réalisateur suit ainsi les pas de pêcheurs, de chasseurs, de soldats, hommes ou femmes, dans la brume du soir ou du matin, d’un couple ou encore d’une femme seule avec tous ses enfants, dont l’aîné se démène pour apporter de la nourriture à la famille. Filmé le plus souvent en longs plans fixes, le long-métrage nous permet d’être au plus près des protagonistes. Quelques moments de grâce le ponctuent avec justesse. Le plus fabuleux dans tout cela est d’avoir réalisé un tel chef-d’œuvre en étant, à lui tout seul, l’équipe technique (image, son, réalisation). Comme un témoin unique et privilégié fondu dans le décor, dans la vie ténue des survivants. Sans intrusion ni voyeurisme — il ne fallait pas ajouter à la violence —, il capte les corps et les regards comme si c’étaient eux qui lui faisaient le cadeau de les lui offrir.

D’une prison à l’hôpital psychiatrique, le cinéaste italien se pose en observateur et rend compte, toujours, avec la plus belle des photographies. Ici l’entassement des détenus, là l’humanité d’un soignant qui monte une pièce de théâtre avec ses patients sur l’histoire récente de leur peuple. 

La réalité des conséquences de Daesh

Ce film documentaire est à voir rien que pour la scène insoutenable, mais ô combien nécessaire, où des enfants yézidis — communauté victime de génocide par l’État islamique en Irak — montrent à leur maîtresse les dessins sortis de leurs souvenirs, pour ne pas dire leurs cauchemars. Ils racontent à cette femme ce qu’ils ont vu et ce qu’ils ont subi de la part des hommes de Daesh. Aucun d’entre eux ne pleure au fur et à mesure des questions de la maîtresse. C’est sans doute grâce à la bouche de ces enfants que l’on prend doublement conscience, qu’on s’agenouille même, devant l’innommable de ce qui leur a été infligé. Pour murmurer puis crier, comme dans le film : « Il doit bien y avoir un Dieu pour cette patrie. Mais où est-Il ? ». Eux, d’autant plus sans défenses à qui le sadisme devrait être étranger.

Pourtant, s’ils ont vu le Mal en personne, leurs yeux ont miraculeusement gardé le grain de l’innocence et de la pureté. Une autre scène est poignante. Une mère écoute, en larmes, les messages vocaux envoyés par sa fille enlevée par Daesh dans lesquels nous percevons son incroyable courage face à l’ignominie de ses ravisseurs et bourreaux. Dès le début du film, nous sommes immergés dans un entraînement militaire au son des pas et des cris scandés. Nous savons que nous entrons dans un espace où la guerre est partout. Nous savons que nous allons devoir faire face, enfin, à la réalité de ce qui se cache derrière les mots tant de fois relayés par la presse, et encore récemment avec la victoire des Talibans. 

Notturno, de Gianfranco Rosi, 1h40, au cinéma depuis le 22 septembre.

Tags:
CinémaÉtat islamiqueFilmguerre
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